Si la littérature consacrée à l'âge d'or des studios hollywoodiens abonde, il n'existait curieusement aucun ouvrage de référence s'employant à raconter de manière détaillée le parcours des actrices ayant évolué au sein de l'"usine à rêves" de la généralisation du parlant, à la fin des années 20, au déclin des "majors", au milieu des années 50. C'est aujourd'hui chose faite grâce à Hollywood, la cité des femmes, dictionnaire érudit et amoureux que l'on doit à Antoine Sire, fils du scénariste de Jean Yanne, Gérard Sire, et par ailleurs cinéphile passionné ayant aussi connu une brève expérience d'acteur, puisqu'il n'était autre que le fils de Jean-Louis Trintignant dans... Un homme et une femme.
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Si la littérature consacrée à l'âge d'or des studios hollywoodiens abonde, il n'existait curieusement aucun ouvrage de référence s'employant à raconter de manière détaillée le parcours des actrices ayant évolué au sein de l'"usine à rêves" de la généralisation du parlant, à la fin des années 20, au déclin des "majors", au milieu des années 50. C'est aujourd'hui chose faite grâce à Hollywood, la cité des femmes, dictionnaire érudit et amoureux que l'on doit à Antoine Sire, fils du scénariste de Jean Yanne, Gérard Sire, et par ailleurs cinéphile passionné ayant aussi connu une brève expérience d'acteur, puisqu'il n'était autre que le fils de Jean-Louis Trintignant dans... Un homme et une femme. Le sujet est vaste, et l'ouvrage qu'il inspire s'avère aussi imposant qu'élégant. Sire brosse ainsi le portrait d'une centaine de comédiennes, illustres pour les unes -Barbara Stanwyck, Gene Tierney, Ava Gardner, Greta Garbo, Grace Kelly...-, quelque peu oubliées pour les autres (Myrna Loy, Francis Kay, Jeannette MacDonald et même l'étincelante Carole Lombard, tragiquement disparue au lendemain de To Be or Not to Be, de Lubitsch). Voire, patine du temps aidant, rendues à l'obscurité, comme Dorothy Malone, la pourtant inoubliable interprète de The Tarnished Angels, de Douglas Sirk, ou encore la voluptueuse Rhonda Fleming, sur laquelle Fritz Lang dirigeait une caméra concupiscente dans While the City Sleeps, et dont l'on apprend qu'elle se détourna du cinéma pour s'engager... "dans une vaste campagne en faveur de la prière à l'école". S'intéressant à leurs parcours professionnel et artistique plutôt qu'à leurs destinées sentimentales comme le font d'ordinaire les magazines, l'encyclopédie inscrit leurs portraits bio-filmographiques fouillés dans une perspective d'ensemble en effet, où à la réalité mouvante de l'époque répond celle d'une industrie du cinéma dirigée par les hommes, mais devant beaucoup aux femmes, comme se plaît à le rappeler l'auteur: "Entre 1930 et 1955, Hollywood est dominé par les hommes, mais dans les films, ce sont souvent les actrices qui imposent leur présence indélébile et façonnent le mythe." Un mythe dont l'ouvrage offre une vision inédite, célébrant ses héroïnes tout en relatant leur combat pour s'émanciper du rôle auquel les studios, rarement à court de stéréotypes, voudraient les cantonner. "A la fin des années 20, la triple révolution du parlant, de la crise économique et de la censure bouleverse la donne pour le cinéma et pour les rôles que joue la femme dans les films, expose encore l'auteur. Celle-ci se retrouve au centre d'un jeu où se rencontrent pêle-mêle le mythe de l'éternel féminin, le génie des artistes, les nécessités du commerce, les forces réactionnaires et l'aspiration à une égalité des sexes..." La suite à l'écran, ou plutôt au gré des quelque 1250 pages d'un ouvrage somptueux s'ouvrant sur les "Etoiles de la MGM" pour se refermer sur les "Beautés glacées (ou pas) de Hitchcock", et s'intéressant dans l'intervalle à l'"Amérique de Frank Capra", aux "Femmes" de George Cukor, ou encore aux "Dames de pique" du film noir. Et l'on en passe, "Danseuses magiques" comme Ginger Rogers, "Belles en détresse" comme Fay Wray, ou arpentant le "Chemin de croix des femmes noires de Hollywood", de Hattie McDaniel, interdite de première mais oscarisée pour Gone with the Wind, à Dorothy Dandridge, la Carmen Jones d'Otto Preminger, dont François Chalais devait dire qu'elle n'avait "qu'à paraître pour que tout ait l'air de disparaître autour d'elle". Le lyrisme dont l'on tisse les légendes, celle de Hollywood trouvant ici un éclairage on ne peut plus passionnant...