Quel nouvel horizon se donner après avoir réussi un incroyable film-somme, littéralement touché par la grâce? Cette question, Céline Sciamma a dû beaucoup se la poser après la stupéfiante réussite de son Portrait de la jeune fille en feu. Aujourd'hui, elle y répond en toute simplicité, et même en toute modestie, avec Petite maman, nouveau long métrage qui la voit arpenter la forêt de son enfance à bord d'une intrigue aux accents fantastiques fonctionnant à la manière d'une machine à remonter le temps. Austère, assez plat et prévisible, en déficit patent de vertige, le film, hélas, ne convainc pas totalement. Peut-être aussi parce qu'il laisse tellement de place au spectateur (ses propres souvenirs, sa propre enfance) qu'il semble en oublier parfois d'avoir lui-même réellement quelque chose à proposer. Reste que Céline Sciamma, sans doute meilleure théoricienne que cinéaste pour le coup, en parle merveilleusement bien. Durant la dernière Berlinale, elle s'est prêtée au jeu de la conférence de presse virtuelle. Morceaux choisis.
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Quel nouvel horizon se donner après avoir réussi un incroyable film-somme, littéralement touché par la grâce? Cette question, Céline Sciamma a dû beaucoup se la poser après la stupéfiante réussite de son Portrait de la jeune fille en feu. Aujourd'hui, elle y répond en toute simplicité, et même en toute modestie, avec Petite maman, nouveau long métrage qui la voit arpenter la forêt de son enfance à bord d'une intrigue aux accents fantastiques fonctionnant à la manière d'une machine à remonter le temps. Austère, assez plat et prévisible, en déficit patent de vertige, le film, hélas, ne convainc pas totalement. Peut-être aussi parce qu'il laisse tellement de place au spectateur (ses propres souvenirs, sa propre enfance) qu'il semble en oublier parfois d'avoir lui-même réellement quelque chose à proposer. Reste que Céline Sciamma, sans doute meilleure théoricienne que cinéaste pour le coup, en parle merveilleusement bien. Durant la dernière Berlinale, elle s'est prêtée au jeu de la conférence de presse virtuelle. Morceaux choisis. "L'histoire de Petite maman m'est simplement apparue telle quelle. C'est la première fois qu'une intrigue s'impose à moi, juste comme ça. Un peu à la manière d'un rêve en plein jour. J'ai eu cette image de deux enfants du même âge construisant une cabane dans les bois, avec l'idée que l'une serait en fait la mère de l'autre. Plus tard, j'ai commencé à développer le projet en travaillant cette question sous-jacente: comment est-ce que ce serait de pouvoir rencontrer l'un de ses parents alors qu'il est encore enfant? Je voyais ça comme un mythe ou une fable. Avec une dimension très personnelle. Il me tenait aussi à coeur de représenter les enfants comme des êtres humains dont les questions et les préoccupations valent les nôtres. Je voulais vraiment les prendre au sérieux et les traiter avec le plus grand des respects." "C'est un film qui traite de la question de la transmission, de ce qui passe d'une génération à l'autre. C'est aussi un film qui parle de la perte, bien sûr, et de la mort, mais je le vois davantage comme une expérience qui fait cohabiter le passé et le présent, qui remet de l'horizontalité dans quelque chose qui, par définition, est très vertical: à savoir, justement, la transmission, la généalogie... Petite maman est vraiment un objet conçu pour durer plus longtemps que le simple temps de la projection, pour gagner en ampleur, pour rester dans un coin de votre tête, pour accompagner le spectateur dans les heures qui suivent, susciter des questions, réactiver des souvenirs, des sensations très spécifiques... Je pense qu'il s'agit de mon film le plus collaboratif, mais aussi le plus inclusif par rapport au spectateur." "Avec Petite maman, j'avais envie que le spectateur puisse injecter sa propre histoire dans le film, sa propre généalogie intime, qu'il puisse vraiment s'amuser à se projeter dans cette abolition de hiérarchie entre les âges, les générations et les corps. Je voulais aussi que les enfants puissent se l'approprier. C'est pour ça qu'il est court, et pas trop spécifique dans certains détails, pour qu'il fonctionne à la manière d'un espace de jeu ouvert à tous. Ma philosophie, en gros, sur ce film, c'est de dire que le personnage n'est pas le héros du film, il est le héros de l'histoire. C'est le spectateur qui est le héros du film. J'ai senti que je pouvais me montrer plus radicale dans ma démarche de toujours laisser un espace ouvert pour l'expérience du regardant. C'est vraiment l'idée de proposer un voyage émotionnel au spectateur." "J'ai tourné Petite maman dans ma ville natale, à Cergy-Pontoise. Sa forêt est la forêt aux abords de laquelle j'ai moi-même grandi et dans laquelle j'ai joué lorsque j'étais enfant. Quant aux intérieurs, nous les avons tournés en studio, avec des agencements qui renvoient expressément à différents lieux clés de ma propre existence, comme la maison de ma grand-mère par exemple. J'aime l'idée d'une maison qui fonctionne comme un espace mental pour moi. La magie du film réside moins, je crois, dans son histoire que dans la manière dont il est découpé et monté. C'est donc moins un conte de fées qu'une célébration du cinéma en tant que conte de fées, en un sens. Durant son élaboration, j'avais souvent des atmosphères de films d'animation japonais en tête, comme ceux de Hayao Miyazaki ou Mamoru Hosoda par exemple." "Petite maman est un film de voyage dans le temps sans machine à remonter le temps. Puisque le film lui-même est cette machine. Je tenais à ce que le voyage temporel soit avant tout une affaire de création d'un espace commun. Bien sûr, un classique comme Retour vers le futur reste une matrice incontournable à ce genre d'histoire, mais je voulais éviter ces ressorts capitalistes hérités des années 80 où le personnage finit par obtenir une vie meilleure quand il revient dans le présent, avec des parents riches et une petite amie sexy. Chez moi, le voyage dans le temps n'est pas non plus une forme de tourisme dans le passé, mais une opportunité de partager quelque chose de fort. Pourquoi le voyage temporel ne pourrait-il pas avoir un objectif intime? En un sens, c'est déjà un peu ce que proposait Penny Marshall dans Big, avec Tom Hanks."