"Nous nous sommes vite rendu compte que ce film serait quelque chose de spécial, une espèce d'ovni, un truc un peu à part, et c'était excitant!" Cécile de France et ses deux partenaires de Rebelles, Yolande Moreau et Audrey Lamy, n'ont pas pour autant vu le tournage virer à la partie de plaisir. "Les conditions de travail étaient un peu difficiles à cause du grand froid. Nous devions tourner entre les averses de neige. Une grande complicité s'est heureusement installée entre nous, entre tous les acteurs. Nous étions studieux, car la comédie ce n'est pas aussi facile que ce que les gens croient souvent. Il faut beaucoup réfléchir au rythme, surtout, car il est essentiel. Et jouer au premier degré, sérieusement, pour ne pas tomber dans la parodie ni dans la satire. Il y avait bien de la place pour la fantaisie, pour délirer un peu, mais le cadre tracé par le scénario et les dialogues était précis, serré. Allan Mauduit, le réalisateur, n'est pas dans la complaisance. Il a par exemple beaucoup coupé, au montage, même des scènes géniales mais qui ne pouvaient pas trouver leur place dans le rythme du film et de l'intrigue."

Polar centré sur trois ouvrières se révoltant contre le machisme et que poursuivent tout à la fois police et truands, Rebelles n'en est pas pour autant porteur d'idéologie selon l'actrice belge. "Ce n'est pas un film féministe, pas non plus un film politique, affirme-t-elle d'emblée. C'est un film rock, déjanté, atypique, osé, inventif, mais pas militant. Quand des gens nous disent que c'est un film qui surfe sur la vague #metoo, ils se trompent. Ça fait des années qu'Allan l'a écrit, bien avant tout ça. #metoo va dans le bon sens, on est très heureux que ça existe, mais Rebelles n'est pas l'avocat d'une cause. Ce film est un hommage aux femmes, le cadeau par Allan de trois rôles d'héroïnes, de personnages qui prennent les commandes de l'histoire, qui revendiquent leur liberté, leur féminité. Mais sans discours, sans morale. C'est juste bien que tirer, donner des coups et prendre le pognon ne soient plus réservés aux hommes dans le cinéma!"

À rebrousse-poil

"Il fallait capter immédiatement l'attention du spectateur, l'emmener dans l'aventure, explique Cécile de France. Ça commence comme un film social, et puis il y a la scène de bite coupée (1) devant laquelle il faut qu'on rigole au lieu d'être écoeuré, puis encore d'autres scènes où on rit en se demandant pourquoi ça nous fait rire alors que dans l'absolu ça n'a rien de drôle. On joue tout le temps à prendre le spectateur à contre-pied, à rebrousse-poil. Il faut qu'il ait à la fin l'impression d'avoir participé à l'histoire, d'avoir fait un tour de manège, en plus de s'être marré." Rebelles accomplit cela en tout point, proposant un spectacle des plus jubilatoires. L'audace paie! "Même moi qui ai fait beaucoup de films, qui connaît la mécanique du cinéma, je m'étonne en tant que spectatrice d'autant rire à des scènes qui devraient normalement me faire ressentir autre chose", poursuit l'actrice.

Le personnage de Sandra devait être crédible et affirmé dès son entrée dans le film. C'est-à-dire tout de suite. Pour camper idéalement l'ex-Miss Nord-Pas-de-Calais revenant à regret dans sa région natale pour y mettre des sardines en boîte à la chaîne dans une usine, Cécile de France s'est livrée à "un gros travail de collaboration avec Pierre Canitrot le costumier, Laura Ozier la maquilleuse, et Marine Tesson la coiffeuse". "Ce fut pour moi la partie la plus jouissive du processus! Composer le look du personnage en même temps que j'apprivoisais la personne qu'elle était."

Le plaisir pris à redécouvrir la comédienne sous une nouvelle et flamboyante identité (look mais aussi démarche, manière de parler, de mâcher un chewing-gum) est grand. À la mesure du job accompli par celle qui n'aime rien plus que se réinventer. "Il n'y a rien de plus plaisant que de devenir, l'espace d'un film, quelqu'un d'on ne peut plus différent de soi-même", s'exclame-t-elle avant de préciser: "C'est comme un sculpteur ou un peintre qui façonne une oeuvre. Mon rapport au personnage, c'est de le créer, avec la complicité d'un réalisateur, d'une histoire. Tout ne vient pas de moi mais il y a déjà mon corps, ma voix, ma peau. C'est déjà beaucoup!"

(1) Un moment très "tarantinien", et une technique anti-violeur certes radicale mais qui donne envie d'applaudir dans le contexte du film.

Rebelles

Comédie d'Allan Mauduit. Avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy. 1h27. Sortie: 27/03. ***(*)

Vous avez aimé Louise-Michel de Kervern et Delépine? Vous aimerez aussi Rebelles! Yolande Moreau est des deux films, ouvrière chaque fois, chasseuse de patron félon dans le premier et voleuse de magot mafieux dans le second. Avec des collègues devenues complices dans les deux cas. Cécile de France et Audrey Lamy sont cette fois-ci de la folle équipée, qui voit trois travailleuses d'une conserverie de sardines du Nord-Pas-de-Calais récupérer le butin d'un contremaître violeur, auquel l'ouvrière jouée par Cécile de France a coupé (littéralement) le sifflet, provoquant une hémorragie mortelle... Unies contre tous, nos trois lascardes auront fort à faire avec l'apparition des propriétaires de l'argent: une bande de gangsters belges. Allan Mauduit jongle avec entrain entre un humour vachard, une farce libertaire et une violence tarantinienne, le tout cimenté au féminisme carabiné et sublimé par trois comédiennes en état de grâce.