Il cogne le bois de la table par superstition d'usage, au moment d'évoquer la sortie d'un Rock'n Roll que la rumeur critique et populaire promet à un destin canon. À 43 ans, Guillaume Canet a déjà tout connu en matière de succès et d'insuccès. Lancé aux côtés de Leonardo DiCaprio dans The Beach en 2000, il subit le naufrage de Vidocq un an plus tard et en profita pour affirmer son désir de passer derrière la caméra. Applaudi pour son premier et remarquable long métrage (Mon idole, en 2002), il a vécu le triomphe du deuxième, Ne le dis à personne, qui lui valut de devenir, en 2006, le plus jeune réalisateur à remporter un César. Vint ensuite en 2010 l'agréable malentendu des Petits mouchoirs, gros carton commercial mais film (très) surestimé. Puis la descente en flammes d'une tentative américaine pourtant pas si nulle que ça. Le four tragique de Blood Ties, voici presque trois ans, Canet l'a pris comme une grande claque. Et ce d'autant plus que s'il fait toujours l'acteur, la réalisation a pris dans son esprit une place prépondérante. Déprimé, il ne pouvait que se remettre en question. Ce processus a engendré le désir d'un film où Guillaume se prendrait lui-même pour cible, et choisirait d'en rire. Une autofiction satirique, poussant le thème de la crise d'image à un paroxysme de délire inventif. Simplement titré Rock'n Roll, le film est une bombe, et un objet de jouissance partagée plus encore que de thérapie. Rodolphe Lauga, vieux complice de Canet et co-auteur du scénario, témoigne de cette dimension "sortie de crise": "Ce que Guillaume a traversé n'était vraiment pas drôle". Et de la libération qu'a constitué un projet "où il s'agissait pour lui de retrouver le plaisir d'écrire, à travers une suite de déconnades, de surenchères dans l'autodérision, où le but était d'aller le plus loin possible, plus encore que dans Mon idole où l'humour était déjà très grinçant. Il fallait des moments de gêne pour qu'il y ait encore plus de plaisir... Guillaume voulait réellement se foutre...

Il cogne le bois de la table par superstition d'usage, au moment d'évoquer la sortie d'un Rock'n Roll que la rumeur critique et populaire promet à un destin canon. À 43 ans, Guillaume Canet a déjà tout connu en matière de succès et d'insuccès. Lancé aux côtés de Leonardo DiCaprio dans The Beach en 2000, il subit le naufrage de Vidocq un an plus tard et en profita pour affirmer son désir de passer derrière la caméra. Applaudi pour son premier et remarquable long métrage (Mon idole, en 2002), il a vécu le triomphe du deuxième, Ne le dis à personne, qui lui valut de devenir, en 2006, le plus jeune réalisateur à remporter un César. Vint ensuite en 2010 l'agréable malentendu des Petits mouchoirs, gros carton commercial mais film (très) surestimé. Puis la descente en flammes d'une tentative américaine pourtant pas si nulle que ça. Le four tragique de Blood Ties, voici presque trois ans, Canet l'a pris comme une grande claque. Et ce d'autant plus que s'il fait toujours l'acteur, la réalisation a pris dans son esprit une place prépondérante. Déprimé, il ne pouvait que se remettre en question. Ce processus a engendré le désir d'un film où Guillaume se prendrait lui-même pour cible, et choisirait d'en rire. Une autofiction satirique, poussant le thème de la crise d'image à un paroxysme de délire inventif. Simplement titré Rock'n Roll, le film est une bombe, et un objet de jouissance partagée plus encore que de thérapie. Rodolphe Lauga, vieux complice de Canet et co-auteur du scénario, témoigne de cette dimension "sortie de crise": "Ce que Guillaume a traversé n'était vraiment pas drôle". Et de la libération qu'a constitué un projet "où il s'agissait pour lui de retrouver le plaisir d'écrire, à travers une suite de déconnades, de surenchères dans l'autodérision, où le but était d'aller le plus loin possible, plus encore que dans Mon idole où l'humour était déjà très grinçant. Il fallait des moments de gêne pour qu'il y ait encore plus de plaisir... Guillaume voulait réellement se foutre de sa propre gueule, au maximum!"Le principal intéressé ne démentira pas, qui avoue avoir voulu pousser les choses vers l'extrême. "Pour cela, explique Canet, il était important d'écrire avec quelqu'un qui me connaît bien et qui entend des choses que moi je n'entends pas. Rodolphe voit des potes qui lui disent: "Toi qui les fréquentes de près, Canet et Cotillard, c'est vrai ce qu'on dit, qu'ils sont comme ceci, comme cela?" Plus j'en apprenais sur l'image que les gens ont de nous, plus j'avais envie de m'en amuser à fond...""J'avais très vite rejeté l'idée de prendre un acteur pour jouer mon personnage, et aussi celle de jouer moi-même un personnage fictif qui aurait pu être moi sans être moi. Ça n'aurait jamais été aussi couillu!" Fort de cette option de départ, le casting carrément régalant de Rock'n Roll était déjà en partie déterminé. "Puisque c'était Canet, il y aurait aussi l'entourage de Canet, ses amis, sa compagne, commente l'acteur et réalisateur. Avec en plus des surprises comme Johnny Hallyday, qui viennent servir le propos en permettant au personnage d'aller au paroxysme de sa quête -parfaitement vaine, d'ailleurs!- d'être rock'n roll. Johnny a accepté tout de suite, malgré la charge d'autodérision. Gilles Lellouche aussi. Et bien sûr Marion (Cotillard, NDLR). Avant même de partir dans cette histoire, je ne pouvais pas ne pas lui en parler. Et obtenir son feu vert. Un feu vert un peu bâtard, en fait, car elle m'a dit "Ben oui... si c'est bien." Bref, fallait que ce soit bien écrit et intelligent, pour répondre à un niveau d'acceptation que je ne pouvais pas quantifier! Alors je n'ai pas pu m'empêcher, chaque soir en revenant de la séance d'écriture, de lui dire "Tiens, aujourd'hui on a écrit telle ou telle scène." Pour voir à sa tête si ça lui plaisait ou pas. Elle était partante au départ sur le thème abordé. Mais j'étais quand même nerveux en lui faisant lire le scénario achevé. Et puis aussi il y a ces moments de tension dans une vie de couple. Quand on s'était engueulés, le lendemain je me demandais si ce film allait réellement se faire... Alors quand on venait d'écrire une scène où elle doit péter au lit, je ne lui disais pas forcément (rire)..."Une des forces de Rock'n Roll est de ne pas se contenter d'exprimer le mal-être de son (anti)héros face à une image qui lui déplaît et veut modifier. Le film ose, jusqu'à un point que nous nous garderons bien de dévoiler ici, faire du physique et du corps de véritables enjeux de comédie, dans la lignée du grand héritage des burlesques d'antan. "Le thème du jeunisme est au coeur du film, clame Guillaume Canet, et une fois que ce type a connu sa grande désillusion, il ne veut pas voir que le problème est bien autre que d'être rock ou pas. Son problème, c'est tout simplement d'être vieux, trop vieux pour cette génération qui arrive. Le jeunisme est devenu la norme. Il y a quelques années, ça pouvait encore passer pour "classe" d'avoir un peu d'embonpoint à 40 ans. C'était normal. On était prospère, on était réconfortant... Aujourd'hui plus. Il faut rentrer dans cette nouvelle norme, rester svelte, conquérant, énergique. Comme si les jeunes qui viennent ne l'étaient de toute façon pas plus! Ce n'est pas limité aux acteurs. On voit fleurir des salles de sport un peu partout, on vous vend des produits pour changer votre aspect physique en quelques semaines... Le jeunisme frappe les gens de ses exclusives alors même que les progrès de la médecine font qu'à 50 ans, 60 ans, on n'est pas forcément vieux. Fameux paradoxe! On peut et veut sauver les apparences à coups de régimes et de crèmes antirides, mais les jeunes sont quand même là pour vous pousser dehors. En gros on nous dit "Fais tout pour rester jeune mais dégage tout de même!" (rire). Alors je fais quoi, moi? J'ai fait du sport, j'ai quitté ma femme, j'ai acheté une Ferrari et un blouson en cuir, et faudrait que je parte à la retraite?!""Guillaume n'est pas lui-même en crise de la quarantaine comme l'est son personnage, intervient Rodolphe Lauga, il sait ce qu'il veut être et aussi ce qu'il ne veut pas être. Personne ne va lui dicter sa conduite, il est libre!" Et Canet de donner sa propre version de ce que signifie "être rock": "Être rock ce n'est pas, comme le personnage le croit au départ, porter du cuir et des chaînes, faire "rockeur" et crâner. C'est plutôt -et il va heureusement le réaliser- avoir le courage d'être ce qu'on a envie d'être. Et donner tout ce qu'on peut pour devenir cela. En se fichant absolument de ce que les gens peuvent en penser!"Pour les acteurs, il y a avait le Botox et la chirurgie esthétique. Maintenant vient l'ère de la 3D. Carrie Fisher a eu le temps, avant de mourir, de se voir jouer dans un nouveau film de la saga Star Wars avec son physique de très jeune femme... "C'est une chose terrifiante qu'on trouve déjà dans beaucoup de contrats d'acteurs américains qui exigent absolument qu'on leur enlève les rides à la palette graphique, qu'on leur ôte les poches sous les yeux, le double menton... La moitié du film faisant l'objet de retouches numériques pour satisfaire les obligations contractuelles de tel ou telle. C'est flippant... Peut-être fera-t-on un jour, en réaction à tout ça, des films façon "Dogme" (1) avec des acteurs complètement naturels", sourit Guillaume Canet. "Vous vous rendez compte? Des films où les acteurs ne sont pas retouchés, où ils apparaissent tels qu'ils sont réellement?"Y aura-t-il pour lui un avant et un après Rock'n Roll? Canet le pense: "Plus j'en parle, plus je me rends compte que ce film a changé quelque chose en moi. J'aurais pu, encore pendant des années, être touché par ce que les gens pensent de moi, par le fait qu'ils aient telle ou telle image réductrice. Je suis en train de lâcher prise, je ne vais plus me battre contre tout ça. Il y aura de toute façon toujours des gens pour dire des choses méchantes, pour prétendre que ce qui est vrai est faux, et que ce qui est faux est vrai. J'en ai souffert par le passé, mais je commence réellement à m'en foutre!" (1) ALLUSION AU DOGME95, MOUVEMENT PURISTE LANCÉ AU MILIEU DES ANNÉES 90 PAR DES CINÉASTES DANOIS AUTOUR DE LARS VON TRIER ET THOMAS VINTERBERG.