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À Berlin, alors qu'on est occupé à tailler le bout de gras avec l'éternel tandem de réalisateurs grolandais et anars formé par Gustave Kervern et Benoît Delépine, elle se tient volontairement en retrait. C'est à peine si, à l'occasion, elle se fend d'une de ces petites interventions pince-sans-rire dont elle a le secret. Quand on évoque, par exemple, les formidables chansons de pop lo-fi, massivement utilisées dans leur nouveau film, signées par l'outsider bipolaire absolument culte qu'était Daniel Johnston, Delépine commente: "On dirait des Beatles déchirants." Et Blanche Gardin de préciser, sourire en coin: "C'est plutôt les Beatles sous prozac, je dirais. Enfin sous prozac qui ne marche pas." Barres de rire pour tout le monde. Plus loin, Kervern lui jette des fleurs: "Blanche, elle nous a fait le cadeau d'être là sur le tournage. Parce que Blanche, c'est une fille extraordinaire." Et l'intéressée, stoïque, d'opiner: "Oui, c'est vrai que je suis une fille extraordinaire." Extraordinaire, elle l'est en tout cas à plus d'un titre dans Effacer l'historique, où elle incarne une quadra fauchée végétant dans un lotissement de province avant d'être victime d'un chantage à la sextape, enregistrée à son insu un soir de cuite monumentale. Avec deux amis plus ou moins logés à la même enseigne, elle décide alors de partir en guerre contre les géants d'Internet et leurs sacro-saints data centers. Airbnb, Deliveroo, Amazon, Facebook, YouPorn, réalité virtuelle, avions low cost, obsolescence programmée de l'électroménager, ubérisation de la société, addiction maladive aux séries télé... Tout, absolument tout, y passe, dans cette revigorante caricature vacharde de la société de consommation imbécile à l'ère déshumanisante des nouveaux médias. Traités avec une drôlerie et une pertinence rares, ces thèmes font d'ailleurs bien souvent écho à ceux abordés dans les propres spectacles humoristiques de Blanche Gardin, reine incontestée du stand-up hexagonal. Soudain plus sérieuse, elle réagit: "On nous a déjà reproché le fait que les personnages du film manquaient de relief, qu'ils pouvaient apparaître très indifférenciés. Parce qu'ils font face à des problèmes fort similaires. Mais, pour moi, ces similitudes entre les différents protagonistes sont une énorme qualité du film, parce qu'ils reflètent ce que nous sommes aujourd'hui: des individus confrontés à une massive standardisation des problèmes au quotidien. Pour le dire très simplement: on est tous dans le même bateau. Et il y a quelque chose de terriblement effrayant là-dedans. Le film ne fait rien d'autre que de traduire à l'écran cette situation de fait." Désopilante comédie tragique post-Gilets jaunes, Effacer l'historique déboulera sur les écrans belges le 29 avril prochain. Courez-y, c'est bonheur!