En 2017, Bigfoot Junior, inoffensif mais sympathique divertissement tous publics qui réactivait le vieux mythe du Sasquatch en une joyeuse tranche d'animation rythmée, n'avait pas été pensé dans une logique de franchise. Trois ans plus tard, Bigfoot Family vient néanmoins prolonger l'aventure, qui envoie le jeune Adam, ses parents et leurs amis au beau milieu de l'Alaska pour y combattre les méfaits d'une grosse société pétrolière.
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En 2017, Bigfoot Junior, inoffensif mais sympathique divertissement tous publics qui réactivait le vieux mythe du Sasquatch en une joyeuse tranche d'animation rythmée, n'avait pas été pensé dans une logique de franchise. Trois ans plus tard, Bigfoot Family vient néanmoins prolonger l'aventure, qui envoie le jeune Adam, ses parents et leurs amis au beau milieu de l'Alaska pour y combattre les méfaits d'une grosse société pétrolière. Nous ouvrant grand les portes de leur studio nWave Pictures (Fly Me to the Moon, Le Voyage extraordinaire de Samy) basé à Forest, Ben Stassen et Jérémie Degruson, son tandem de réalisateurs, justifient leur démarche: "Ce n'est pas tellement qu'on se disait qu'on n'avait pas fini de raconter notre histoire, mais plutôt qu'on s'était vraiment pris d'affection pour nos personnages. Et puis, soyons honnêtes, techniquement ça nous simplifiait beaucoup les choses. On n'a pas dû remodéliser les personnages, par exemple. Tout était déjà là. Ce n'est pas négligeable quand on sait qu'on travaille pour chaque film avec un budget compris entre 15 et 18 millions d'euros, soit cinq fois moins que pour un long métrage d'animation américain, avec quatre fois moins d'effectifs. Partir d'une base déjà solide nous a permis d'aller plus loin visuellement, de monter encore un peu la barre par rapport à ce que nous avions déjà fait précédemment." Sans compter que leur séquence Bigfoot marche du tonnerre à Bellewaerde et dans de nombreux parcs d'attractions tout autour du globe, et qu'il leur apparaissait sans doute opportun de capitaliser sur ce succès... "Tout à fait. De chacun de nos films, on extrait ou remonte une séquence que l'on vend dans les parcs d'attractions. Ils la diffusent dans des salles 4D, avec des effets physiques, de la fumée, de l'eau, etc. Ça reste une composante déterminante de notre modèle de production. On couvre jusqu'à un tiers du budget d'un film avec la vente de l'attraction." Il est facile d'identifier aujourd'hui la séquence de Bigfoot Family qui finira dans les parcs d'attractions du monde entier. Elle implique un wagonnet lancé à toute vitesse sur les rails d'une mine creusée dans les montagnes. C'est toute la force du studio nWave: enchaîner de manière super divertissante des scènes d'action techniquement très réussies. Bien aidé en cela par un recours à la 3D qui embarque et immerge le spectateur dans son univers. Chez nWave, on pense et on conçoit ainsi les films spécifiquement pour la 3D, même si, à l'arrivée, ils sont désormais également exploités en 2D... "Le marché de la 3D a fortement diminué, hélas. On est donc bien obligés de faire des compromis, même si certains territoires restent très intéressants pour nous en 3D, comme la Russie et la Chine notamment. On ne peut pas obliger les spectateurs à voir nos films en relief bien sûr, mais ils ont vraiment été élaborés en ce sens, c'est donc toujours un plus. Pourquoi va-t-on au cinéma, finalement? Pour se plonger dans un univers. Faire abstraction de tout le reste. Et le relief n'a qu'un seul but: augmenter ce sentiment d'immersion. C'est vraiment l'idée de transporter le public au coeur même de l'espace cinématographique. Le meilleur film de l'Histoire de la 3D? Gravity, sans aucune hésitation. C'est une tout autre expérience avec le relief. C'est génial d'avoir poussé l'immersion et le vertige aussi loin." Action, immersion, vertige... On l'aura compris, les films battant pavillon nWave Pictures cherchent avant tout à proposer une expérience. Et tant pis si le scénario ne brille pas forcément toujours par son originalité ni sa subtilité. C'est à nouveau le cas s'agissant de Bigfoot Family, divertissement familial sans prise de tête et passe-partout qui requiert avant toute chose une bonne capacité de résistance à la soupe pop urticante du groupe Puggy. Mais la paire Stassen-Degruson a tout de même le bon goût de glisser dans son cinéma-montagnes russes quelques considérations de fond. Ainsi, par exemple, du sous-texte écologique et des valeurs positives vantées par Bigfoot Family. "À l'origine, j'étais spécialisé dans les courts métrages au format IMAX, sourit Ben Stassen. Ils devaient être à 100% éducatifs, mais je ne pouvais pas m'empêcher de les rendre les plus excitants possible. Mon premier film en IMAX était sous-titré The Science of Fun. Je crois que ça résume bien mon parcours, l'équilibre que j'essaie toujours de trouver entre le côté éducatif et le pur divertissement." Et ça fonctionne, ça cartonne même... Parlé et titré en anglais, se déroulant aux États-Unis, Bigfoot Family ne cache à nouveau pas les ambitions internationales du studio belge. "La version originale anglaise est cruciale pour nous, poursuit Stassen. Tous nos films doivent impérativement être vendus à l'international. Même si, désormais, on a fait nos preuves. Dès qu'on annonce un nouveau projet, en effet, il est vendu au minimum dans 60 pays. Ça fait néanmoins toujours sens d'avoir un ancrage très américain, connu de tous. Et puis on a grandi avec les productions Amblin dans les années 80. Je pense à un film comme Les Goonies, par exemple. Il y a naturellement des résurgences de cette culture-là dans notre travail, dans les décors et le look de nos personnages notamment."