Un retour à l'essentiel

Le MAD Musée (Musée des Arts différenciés), qui était installé au coeur du Parc d'Avroy à Liège revient après 12 ans de rénovation avec un nouveau nom : le Trinkhall. Un hommage à son histoire, assure-t-on du côté du musée, puisque c'est le nom du bâtiment "sorti de terre" en 1880. Carl Havelange confie: "nous avons pensé le lieu comme le fil tendu qui lie les temps. De la fin XIXe à aujourd'hui".
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Le MAD Musée (Musée des Arts différenciés), qui était installé au coeur du Parc d'Avroy à Liège revient après 12 ans de rénovation avec un nouveau nom : le Trinkhall. Un hommage à son histoire, assure-t-on du côté du musée, puisque c'est le nom du bâtiment "sorti de terre" en 1880. Carl Havelange confie: "nous avons pensé le lieu comme le fil tendu qui lie les temps. De la fin XIXe à aujourd'hui". La bâtisse a perdu sa silhouette d'antan pour une couverture moderne, réalisée par le bureau d'architectes liégeois, Beguin-Massart.Carl Havelange donne rapidement des clés pour la visite même si "la scénographie a été pensée pour des visites autonomes". C'est donc, brochure à la main que les visiteurs sont amenés à comprendre l'histoire du lieu, le "musée idéal" d'Alain Meert, l'espace "Monographiques", l'exposition "Visage-Frontières" et la salle Tassini à l'étage.Une fois la porte du musée poussée, on entre dans le vif du sujet. Un navire, en carton, voilé où sont exposés des dessins, peintures et sculptures est la représentation du musée idéal qu'a réalisé Alain Meert, artiste bien connu du Créahm. Le conservateur, tout sourire, explique : "nous avons été éblouis par sa réponse. Pour nous, il s'agit d'un accord étroit entre le musée et l'atelier (Créahm)". À côté de cette oeuvre, un espace, "Monographiques", est réservé à l''exposition d'artistes créant en atelier, en Belgique et à l'étranger, pour une durée de 6 mois. Cette partie du musée "sert d'instrument aux jeunes artistes pour les pousser sur la scène internationale", indique Carl Havelange. Ce sont les oeuvres de Jean-Michel Wuilbeaux qu'on peut découvrir pour le moment. L'artiste crée à la Pommeraie, une association socioculturelle proche des missions du Créahm (Créativité et Handicap mental). Selon le directeur du Trinkhall, "son oeuvre mêle à la fois le jubilatoire et l'invention lexicale. On ne sait plus où se trouve la frontière entre le texte qui fait l'image et l'image qui fait le texte".D'autres surprises attendent le visiteur comme lorsqu'on se rend vers la mini-salle de projection, où des oeuvres d'artistes partenaires entrent en dialogue avec la thématique de l'exposition. "Il y a une volonté de maillage. La matrice est notre collection, mais nous invitons des partenaires qui répondent au travail des artistes qu'on expose", explique le directeur.Il faut ensuite monter les marches vers l'étage pour entrer dans l'univers de l'exposition "Visages-Frontières". Pour Carl Havelange, "il ne s'agit pas de faire une exposition de portrait dans un sens affirmatif, mais bien de montrer les différentes palettes de visages : celui qui s'inquiète, qui écoute, qui se parle et qui interpelle". L'historien confie, une fois dans la salle d'exposition, avoir profité de la période de confinement pour se retrouver en méditation avec ses oeuvres, puisqu'il a été, trois mois durant, le concierge du bâtiment et a placé chacune des oeuvres - peintures, photographies, sculptures - sur leur socle.La salle Tassini qui rend hommage à l'artiste plasticien du même nom. Pascal Tassini a créé dans les ateliers du Créahm, une cabane élaborée à base de textiles, matériau qu'il utilise dans la plupart de ses compositions. Un hommage totalement immersif dans son travail de création. "Nous ne sommes pas une vitrine du Créahm, qui fait un travail d'éducation permanente. Ici, c'est l'artistique qui prime", prône Carl Havelange. "La volonté du musée est de sortir des deux clichés du grand écueil de l'essentialisme (l'art pour tous) et de l'euphémisme (tout le monde peut être un artiste, même les personnes porteuses de handicaps mentaux)", explique-t-il.Selon lui, l'essence du MAD reste inchangée : "on suspend le jugement en utilisant les termes 'arts situés'. Nous ne faisons pas d'arts bruts. On a une position qui nous est propre. Et selon nous, c'est celle qui sert le mieux le handicap.", insiste-t-il. "Nous montrons la fragilité de l'artiste. Pas dans un rôle infantilisant, mais dans la puissance expressive des mondes fragiles."