C'est sur un portrait dessiné de Jiraya, le personnage de Naruto, que s'ouvre le compte Instagram de Lydie Bonhomme. Nous sommes le 4 mars 2013. La photographe a 22 ans et -c'est aussi touchant que salutaire- elle n'a pas encore congédié son adolescence. Quelques jours plus tard, elle se représente en princesse à la faveur d'un autoportrait au crayon. S'ensuivront selfies, clichés glanés dan...

C'est sur un portrait dessiné de Jiraya, le personnage de Naruto, que s'ouvre le compte Instagram de Lydie Bonhomme. Nous sommes le 4 mars 2013. La photographe a 22 ans et -c'est aussi touchant que salutaire- elle n'a pas encore congédié son adolescence. Quelques jours plus tard, elle se représente en princesse à la faveur d'un autoportrait au crayon. S'ensuivront selfies, clichés glanés dans des concerts et autres portraits en pied prévisibles. Parallèlement, la jeune femme anime un blog de mode, Le Bazar de Lyloutte, qui la fait connaître. Remonter le fil des images permet de mieux mesurer le chemin accompli. Il y a d'abord la petite notoriété, puis le succès qui s'étoffe. Notamment à travers des marques en vue qui font toucher à l'intéressée le graal des réseaux sociaux, les "collabs", cette vie remplie de présents et de voyages. Puis, petit à petit, quelque chose d'autre se dessine. La fameuse "horror vacui" qui inonde tout se retire sur la pointe des pieds. Le 23 juillet 2018 à Annecy, Lydie Bonhomme dirige son objectif vers les flots du lac -il y avait déjà eu des tentatives de fixer lumières et merveilleux nuages mais ce cliché de flots multiples est celui qui nous semble décisif. Ça n'a l'air de rien mais ce micro-évènement témoigne d'une conversion du regard. Bien sûr, celle qui a fêté ses 30 ans ce 24 août 2021 continue à alimenter la machine scopique (31.000 abonnés pour 365 publications), elle qui se spécialise dans la street-photography de mode dont témoignent des images à l'esthétique publicitaire impeccablement construite. Il reste qu'elle distille çà et là des atmosphères emplies de nostalgie. Une chambre désertée dans laquelle agonise un rayon de soleil, une plante verte prise à contre-jour, une main qui cherche à se saisir d'un impalpable pan de crépuscule, une ombre projetée sur un mur rappelant les tableaux de Giorgio Morandi... Lydie Bonhomme a beau être un pur produit d'Instagram, sa pratique limitrophe nous touche.