L'histoire de Johanna Tordjman est faite de liens et d'exil. Ses grands-parents ont débarqué en France en 1961 pendant la guerre d'Algérie. "Pour seul souvenir rapporté, un petit tabouret, fait de bois et de paille", explique l'artiste sur son site. Elle poursuit: "Au moment où je vous parle, et depuis 60 ans, le tabouret occupe une place de choix dans le salon de leur a...

L'histoire de Johanna Tordjman est faite de liens et d'exil. Ses grands-parents ont débarqué en France en 1961 pendant la guerre d'Algérie. "Pour seul souvenir rapporté, un petit tabouret, fait de bois et de paille", explique l'artiste sur son site. Elle poursuit: "Au moment où je vous parle, et depuis 60 ans, le tabouret occupe une place de choix dans le salon de leur appartement à Créteil, où j'ai grandi." Autant dire que l'intéressée porte une attention toute particulière au pouvoir d'évocation des choses. "Nos souvenirs restent vivants grâce à la transmission de tels objets. Parfois désuets, souvent symboles indissociables d'histoires de vie. Les aînés transmettent, les cycles de vie se suivent et chacun de ces différents objets, quelles que soient leurs histoires, nous inscrivent dans le temps et nous font revivre une époque que nous n'avons jamais connue", insiste Tordjman, qui se revendique storyteller. Née en 1990 "avant Google" et ayant grandi dans "un quartier où devenir artiste est impensable même quand on aime rien tant que dessiner", la jeune femme opte pour des études de communication visuelle qui la mènent à exercer le métier de graphiste puis celui de directrice artistique. À 25 ans, une épreuve personnelle douloureuse la pousse inexorablement vers la peinture. Elle présente ses premières oeuvres à Paris début 2016 et, à la manière d'un conte de fées numérique, elle est repérée grâce à Instagram par une galerie de Los Angeles. "Tout s'est enchaîné à une vitesse digitale", commente-t-elle. Sa popularité sur les réseaux, où elle compte 10 600 abonnés (pour un score modeste de publications, 200, entamées en 2016), ne l'a pas éloignée des questions brûlantes de l'immigration forcée, elle qui a entrepris une très belle série de portraits liant des personnes venues des quatre coins du monde associées à une relique matérielle.