Étrangement, ce n'est pas sur Instagram que l'on a fait la connaissance de Ryan Travis Christian (1983, Oakland) -le fait est paradoxal car c'est bien ce réseau social qui l'a fait valoir auprès d'un cénacle influent- mais bien à la faveur d'une exposition tout ce qu'il y a de plus concret, Zoo, programmée entre février et août 2020 par le Mima. Preuve de son succès d'estime, les ...

Étrangement, ce n'est pas sur Instagram que l'on a fait la connaissance de Ryan Travis Christian (1983, Oakland) -le fait est paradoxal car c'est bien ce réseau social qui l'a fait valoir auprès d'un cénacle influent- mais bien à la faveur d'une exposition tout ce qu'il y a de plus concret, Zoo, programmée entre février et août 2020 par le Mima. Preuve de son succès d'estime, les stats de l'intéressé sont carrément modestes: près de 550 publications, rien de compulsif donc, pour un total de 36.000 abonnés qui lui octroient rarement plus de 3.000 likes. Avec lui, on se trouve loin des cadors du genre. Il reste que son style est taillé pour Insta. Celui-ci repose tout entier sur ce que, à première vue, l'on pense être de simples captures d'écran. En réalité, celui qui a grandi dans la banlieue de Chicago s'amuse à pratiquer une esthétique rétro -très années 30, une période qu'il connaît bien- travaillée à la mine de plomb. On pense d'emblée aux portraits décalés de George Condo, le peintre américain. Toujours est-il que le contraste entre la diffusion 2.0 et le choix de lignes que l'on dirait tracées de la main d'Ub Iwerks, ce champion de l'animation connu pour son travail avec Walt Disney, opère une distorsion salutaire. En résultent une féroce ironie et un humour mordant prêts à exploser sous la facture impeccable... Tout repose sur une mécanique d'opposition entre un charme rétro que l'on pourrait penser suranné, voire hors sujet, et les traits expressionnistes des personnages de cartoons représentés. Ceux-ci s'affichent imbibés de l'individualisme violent qui constitue le nouveau socle de la vie en société. Pour mieux comprendre, le compte de l'artiste -c'est à ne pas manquer- révèle les coulisses de sa pratique par le biais d'un "drawing tutorial". On y voit la main de Christian s'activer sans autres accessoires qu'une latte en plastique aux formes rondes et ovales. Stupéfiant.