Que ce soit avec l'édition 2017 du championnat belge de Poetry Slam (1), compétition bilingue opposant onze candidats en trois tours au Kaaitheater bruxellois, ou avec la troisième session de Slow (pour Slam Our World), organisée par le KVS et dédiée cette année à la scène kinoise (2), le slam, ailleurs porté par les rendez-vous réguliers de ses scènes ouvertes à Bruxelles, en Flandre et en Wallonie, va envoyer du lourd dans les jours qui viennent en Belgique. Plus de trente ans après leur naissance, en 1984, au Get Me High Jazz Club de Chicago, ces performances accessibles à tout un chacun - "ses principes et ses formats cassent l'idée fausse selon laquelle l'art poétique est réservé aux intellectuels", écrit son fondateur Marc Kelly Smith - continuent de réconcilier la poésie et "l'homme de la rue". Pour rappel, les règles en sont simples: celui qui monte sur une scène de slam doit interpréter un texte qu'il a lui-même écrit, en trois minutes ou moins, sans accessoires et sans costume, et sera jugé par le public avec une cote de 0 à 10, en utilisant les décimales pour éviter les ex æquo.
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Que ce soit avec l'édition 2017 du championnat belge de Poetry Slam (1), compétition bilingue opposant onze candidats en trois tours au Kaaitheater bruxellois, ou avec la troisième session de Slow (pour Slam Our World), organisée par le KVS et dédiée cette année à la scène kinoise (2), le slam, ailleurs porté par les rendez-vous réguliers de ses scènes ouvertes à Bruxelles, en Flandre et en Wallonie, va envoyer du lourd dans les jours qui viennent en Belgique. Plus de trente ans après leur naissance, en 1984, au Get Me High Jazz Club de Chicago, ces performances accessibles à tout un chacun - "ses principes et ses formats cassent l'idée fausse selon laquelle l'art poétique est réservé aux intellectuels", écrit son fondateur Marc Kelly Smith - continuent de réconcilier la poésie et "l'homme de la rue". Pour rappel, les règles en sont simples: celui qui monte sur une scène de slam doit interpréter un texte qu'il a lui-même écrit, en trois minutes ou moins, sans accessoires et sans costume, et sera jugé par le public avec une cote de 0 à 10, en utilisant les décimales pour éviter les ex æquo. Le slam offre à la poésie orale toutes les armes possibles de la voix et du corps, mais la détache traditionnellement de la musique, même si les personnalités qui ont popularisé cette pratique - comme Grand Corps Malade, Abd al Malik, ou Saul Williams, acteur principal du film Slam, de Marc Levin - sèment le trouble en évoluant à la frontière du rap ou de la chanson. Le slam entend se passer de tout ornement. "C'est ce côté "mise à nu" qui m'a marqué quand j'ai dit mon premier texte sur scène, explique Camille Pier, alias Nestor, qui a découvert le slam à La Zone à Liège (3) il y a huit ans. J'ai pris les paroles d'une chanson que j'avais écrite et je les ai dites sans instrument, sans mélodie. Ça dénude le propos. Au niveau de la signification, le texte prend une autre dimension." Le 28 octobre, Camille Pier sera au Kaaitheater au championnat belge en tant que lauréat des prix Paroles urbaines. Il y donnera son texte Mes aïeules qui, comme beaucoup de ses poèmes, aborde la question des genres. Une question qui le concerne directement, Camille étant né garçon dans un corps de fille. "C'est un texte que je couve depuis deux ans et demi, quand j'ai commencé ma transition. Je connaissais déjà la question de l'inégalité entre les hommes et les femmes, je connaissais les statistiques, les inégalités salariales, mais c'est mille fois plus traumatisant de sentir dans sa chair à quel point la vie est plus facile pour les mecs. Même la façon dont on te dit bonjour, dont on te sert quand tu entres dans un magasin, ça n'a rien à voir. En tant que femme, on t'évalue en fonction de ta silhouette, on te donne une valeur en fonction de ton aspect physique. En tant que mec, tu es libéré de ça. J'ai eu besoin d'écrire ce texte, où je m'adresse à mes aïeules, mes soeurs. C'est une éternelle dédicace "à toutes celles...", aussi à "celles qui pensent que je suis un traître et qui ne le disent pas"." Chez le Belgo-Mauricien et parfait bilingue français-néerlandais Giovanni Baudonck, autre candidat du championnat belge en tant que lauréat de la Pianofabriek, on sent aussi un engagement, un besoin de dire. "Mes textes sont plutôt engagés. Je dois avoir une nécessité pour écrire, sinon je n'y arrive pas. Je dois avoir quelque chose à raconter, une émotion à transmettre sur papier. Je ne vais pas prêcher comme un politicien, mais je parle de choses que j'ai vécues en tant que personne de couleur, de ce que je vois autour de moi." Lui aussi a un passé musical et c'est la liberté qu'autorise le slam qui l'a séduit: "Quand j'écrivais des chansons, il fallait avoir une structure. Avec le slam, on peut sortir des schémas, prolonger les phrases, jouer davantage avec les mots." Mais si le slam tel qu'il a été créé aux Etats-Unis repose sur le principe de compétition, cet aspect n'est pas obligatoire, comme l'explique Camille Pier: "Ma scène préférée à Bruxelles, c'est le Théâtre de la vie (4), où, comme à La Zone, ils ont pris le parti de faire une scène ouverte, sans évaluation. Ça donne une ambiance très différente. J'aime les tournois, parce que ça fait monter l'adrénaline, mais c'est dans les scènes ouvertes que tu peux tester des choses vraiment surprenantes. Il y a aussi beaucoup de jeunes auteurs et autrices qui y font leur premier slam, tout tremblants avec leur carnet ou leur smartphone. C'est très touchant. On peut applaudir quelqu'un qui a bafouillé, qui était vulnérable, fragile, mille fois plus fort qu'un slameur bien rôdé." Mais compétition ou pas, débutant ou non, ce qui reste toujours, c'est la proximité avec le public, la poésie qui passe directement de personne à personne. "J'écris parce que je veux partager quelque chose, je veux que les gens m'entendent", affirme Dora Nsoseme Do, 23 ans, slameuse congolaise qui participera prochainement à Slow #03: KIN<> BRU. Sous la houlette du rappeur Pitcho Womba Konga, elle a été invitée avec cinq autres slameurs et six vidéastes de Kinshasa à produire, en binôme, une oeuvre où se mêlent textes et images. "Lors des ateliers préparatoires, on a fait quelques exercices pour essayer de se lâcher, parce qu'il y a des choses qu'on ne se permet pas ici au Congo, explique-t-elle encore. Il faut essayer de se libérer, d'oser avant de se mettre à penser: "Non, ça je ne vais pas le dire"." Et de slamer: "Je slame et brise le silence / Je dénonce les maux qui nous rongent / Je crie sur toutes les ondes: / Fin aux violences! / Je slame pour plus d'une raison / Ce qui m'attriste ou me vole un sourire / Je slame comme une oraison / Une prière à Dieu, une façon de survivre..."