Picasso règne en maître sur l'histoire de l'art du XXe siècle. Au point d'en être encombrant. Cette immense figure paternelle continue de peser de tout son poids sur la création et la programmation actuelles. L'abondance des publications et des expositions peut faire que l'on se sente mal à l'aise avec une oeuvre aussi colossale. Il n'est pas interdit d'avoir même parfois envie de passer son chemin. On ne connaît qu'un seul équivalent à celui qui a donné son nom à 78 établissements scolaires en France, et il est à chercher dans le domaine des lettres: Victor Hugo. Tout comme l'auteur de L'Homme qui rit, Picasso est une "force qui va", un artiste-siècle, un chêne obstruant l'horizon. Il reste qu'en dépit de leur étouffante production, l'un et l'autre s'avèrent indépassables. Sceptique? Pour se défaire des a priori et du vertige face à ce trop-plein, cap sur la dernière exposition événement que le musée d'Orsay consacre au plasticien catalan. Elle se concentre sur six années de jeunesse particulièrement significatives dans l'oeuvre de Picasso. Il y est question, en 300 oeuvres, dont 80 peintures, de Picasso avant Picasso, de Pablo Ruiz alors jeune homme. Un jeune homme tout sauf insignifiant qui est alors aux prises avec une période charnière pendant laquelle il va se défaire des références qui l'obsèdent - Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Degas... mais aussi les pointures du Siècle d'or espagnol - pour se constituer une palette chromatique et un univers formel bien à lui.
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