La saison dernière, la Balsamine donnait naissance au festival XX Time. Derrière le double chromosome femelle se déployait une programmation mêlant danse (i-clit de Mercedes Dassy, créé à la Balsamine et qui n'en finit plus de tourner, Etna de Thi-Mai Nguyen), la création du strip-tease confession d'Amandine Laval Coeur obèse (lire aussi l'encadré ci-dessous), une réflexion philosophique autour de l'émancipation du corps féminin ou encore un workshop de twerk. En 2020, Monica Gomes, la directrice de la Balsa, remet le couvert avec, notamment, une performance au titre imprononçable, ({ : }), un concert performé, la projection de documentaires (Mon nom est clitoris et Ouvrir la voix), un atelier de défense verbale et une démonstration "Tupperware" de godemichets en céramique (1). "Si j'ai choisi de faire ce focus, explique la directrice, c'était pour répondre à l'afflux de projets que j'ai reçus où des créatrices s'interrogeaient spécifiquement sur le fait d'être une femme, sur ce que ça modifiait dans leur façon d'appréhender le monde. Je recevais déjà beaucoup de projets portés par des femmes mais qui n'étaient pas liés à la question du genre. Suite à la vague #MeToo, pas mal d'artistes se sont autorisées à en faire une vraie matière pour leurs créations."
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La saison dernière, la Balsamine donnait naissance au festival XX Time. Derrière le double chromosome femelle se déployait une programmation mêlant danse (i-clit de Mercedes Dassy, créé à la Balsamine et qui n'en finit plus de tourner, Etna de Thi-Mai Nguyen), la création du strip-tease confession d'Amandine Laval Coeur obèse (lire aussi l'encadré ci-dessous), une réflexion philosophique autour de l'émancipation du corps féminin ou encore un workshop de twerk. En 2020, Monica Gomes, la directrice de la Balsa, remet le couvert avec, notamment, une performance au titre imprononçable, ({ : }), un concert performé, la projection de documentaires (Mon nom est clitoris et Ouvrir la voix), un atelier de défense verbale et une démonstration "Tupperware" de godemichets en céramique (1). "Si j'ai choisi de faire ce focus, explique la directrice, c'était pour répondre à l'afflux de projets que j'ai reçus où des créatrices s'interrogeaient spécifiquement sur le fait d'être une femme, sur ce que ça modifiait dans leur façon d'appréhender le monde. Je recevais déjà beaucoup de projets portés par des femmes mais qui n'étaient pas liés à la question du genre. Suite à la vague #MeToo, pas mal d'artistes se sont autorisées à en faire une vraie matière pour leurs créations." A Charleroi, Jean-Michel Van den Eeyden, directeur de l'Ancre, pose le même constat: s'il a organisé en novembre dernier le focus HétéroCLITe (où l'on retrouvait notamment i-clit et Coeur obèse), c'était pour répondre aux propositions artistiques qu'il recevait. Et pas question de ficeler vite fait un événement féminin pour parvenir facilement au 50/50: tout comme à la Balsamine, le reste de la saison de l'Ancre est équilibré entre créatrices et créateurs. D'ailleurs, Jean- Michel Van den Eeyden s'étonne des arguments avancés par les responsables de certaines institutions récemment pointées du doigt pour leur programmation très masculine, qui avaient rétorqué qu'ils ne recevaient pas - ou très peu - de dossiers portés par des artistes femmes: "Je n'y crois pas, ce sont des conneries pour se justifier. Qu'un lieu ne reçoive pas de propositions de femmes, ça me paraît inconcevable, ou alors ce théâtre devrait se poser de sérieuses questions sur son axe de programmation." "Si certains collègues reçoivent peu de dossiers féminins, c'est peut-être parce qu'il y a une censure à la base, avance pour sa part Monica Gomes. C'est aussi, peut-être, lié à l'identité du lieu. A la Balsamine, on a l'habitude d'accueillir des spectacles plus hybrides dans la recherche de formes. On est dans un système social patriarcal, qui influe sur la manière de raconter une histoire, sur le type de personnages et de scénographie. Donc, quand on écrit soi-même et que l'on rejette tout cela, ça peut donner des résultats très singuliers, des spectacles ovnis." Ce n'est sans doute pas un hasard si une bonne partie des propositions de ces focus féminins se glissent dans la case - car case il faut bien qu'il y ait - "performance". Une catégorie perméable, qui se rapproche tantôt du théâtre, tantôt de la danse, tantôt des arts plastiques, mais qui part du corps. "La performance est un art très féminin, né de femmes qui ont exploré leur corps, leur vie privée, quand les autres arts comme la peinture et la sculpture étaient déjà accaparés par les hommes", relève Katleen Van Langendonck, codirectrice du Kaaitheater et à l'initiative du festival WoWmen! On pense par exemple à l'incontournable Marina Abramovic, à Gina Pane, Valie Export, Orlan, Carolee Schneemann... WoWmen! connaîtra début mars sa quatrième édition en dix ans (2), après avoir été lancé en 2010. Un pionnier en quelque sorte. WoWmen! s'articule autour de deux axes: des conférences/débats (cette année, sur le féminisme black, le posthumanisme, les quotas de genre en politique et leurs effets...) et des performances (de Sarah Vanhee sur le cri, de Syreeta Hector sur son choix d'Afro-Canadienne de devenir ballerine, d'Orla Barry sur sa vie de plasticienne-bergère...). Katleen Van Langendonck a aussi toujours veillé à avoir des saisons équilibrées au Kaai dans sa codirection avec Guy Gypens (les deux laissent après douze ans la place à un duo féminin, Agnes Quackels et Barbara van Lindt), mais organiser un tel festival permet de créer un moment fort où les propositions se répondent, de toucher un autre public, notamment à travers les collaborations avec des associations et d'autres institutions (RoSa, deBuren, Engagement, Passa Porta...), mais aussi, dans une formule de soirées combinées, d'associer de grands noms et des projets encore en développement. "Je ne mettrais pas Esther Mugambi, Syreeta Hector ou Kim Snauwaert et Anyuta Wiazemsky dans une programmation régulière parce que ces projets sont assez fragiles et nécessitent un contexte", reconnaît Katleen Van Langendonck. Un point de vue partagé à Mons, où voit bientôt le jour le festival Guerrières! (3). Y sont programmés Métagore majeure, de la compagnie Canicule et En mode avion, de Louise Emö, deux spectacles "en cours de fabrication", associés à d'autres bien terminés, i-clit et Coeur obèse, mais aussi un match de catch littéraire au féminin, un atelier avec la slameuse Lisette Lombé ou encore une lecture collective de l'essai de Mona Chollet, Sorcières. Une première édition que l'équipe souhaite réitérer les saisons prochaines. "Je voudrais le refaire et chaque fois l'ouvrir un peu plus, à d'autres cultures, d'autres nationalités, d'autres types de corps, précise Bérengère Deroux, coprogrammatrice de l'événement. Parce que si on regarde le programme, ce sont toutes des nanas belles, franches, blanches, avec des corps parfaits, alors que ce n'est pas le but. On est nous-mêmes piégés par nos codes!" Que la diversité se propage à tous les niveaux, c'est un souhait partagé par tous les programmateurs de ces focus. "Je suis très contente de terminer mes années au Kaai avec WoWmen!, s'exclame Katleen Van Langendonck, mais j'espère aussi qu'il ne sera plus nécessaire dans le futur de faire un tel focus. Ces dernières années, nous avons été également attentifs aux autres diversités, mais à ce niveau, on n'est pas du tout au 50/50."