Contes et légendes
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Cela fait 30 ans que Joël Pommerat s'est emparé de la scène pour y développer son langage singulier, pertinent et percutant. Après un silence de plusieurs années -"j'étais à court d'inspiration, de désir, fatigué", nous confiait-il en interview-, il franchit un nouveau cap avec ce magistral Contes et légendes. Dans un futur proche où les androïdes font partie de la vie quotidienne, une suite de tableaux laissant la part belle à des adolescents démontent les questions de genres et interrogent ce qu'est l'humain. Évoluant sur la ligne parfois floue qui sépare l'authenticité et le mensonge, Pommerat et ses interprètes démontrent la puissance du théâtre, cet art vivant où ni l'âge, ni le sexe, ni la couleur de peau ne sont des obstacles à la liberté du jeu et de l'imaginaire. On se souvient de son solo ébouriffant, ondulant et hypnotique, sur les vinyles de Bob Dylan. Lisbeth Gruwez revient seule sur scène pour se confronter, pour la première fois, à la musique classique. Elle s'allie à la pianiste Claire Chevalier pour donner sa version d'études et préludes de Claude Debussy. Une nouvelle création qu'elle décrit comme une aquarelle: "Pensez à la légèreté des couleurs qui se mélangent, sèchent brièvement, puis sont à nouveau humectées pour établir de nouvelles connexions".Marquée par une expérience confrontante qu'elle a elle-même vécue lors d'un entretien chez Actiris, mais aussi par le film I, Daniel Blake de Ken Loach et par le roman Les Années d'Annie Ernaux, Isabelle Darras a décidé de se pencher sur notre société du tout-et-tous jetables. En mélangeant comédiennes en chair et en os, marionnettes, objets et vidéo, elle raconte la rencontre de trois femmes déclassées par le système et recasées dans un bureau des objets trouvés, qui vont résister à leur manière.Spécialiste de la house et créateur du style Afro House Spirit, Ousmane Sy défrayait la chronique en 2012 en fondant Paradox-sal, un crew composé uniquement de filles, réunissant des danseuses venues du dancehall, du locking, du popping et du krump. Après Fighting Spirit et Bounce, le nouveau directeur du Centre Chorégraphique National Rennes-Bretagne poursuit avec elles dans Queen Blood sa recherche sur la gestuelle et les énergies féminines, entre espièglerie, virtuosité et sensualité.Inspirée par les écrits de Ursula K. Le Guin, et en particulier par son roman de science-fiction publié en 1974 Les Dépossédés, la metteuse en scène Selma Alaoui (Anticlimax, I would prefer not to, Apocalypse bébé) se projette un siècle en avant. En 2120 donc, un petit groupe de personnes visionne les extraits d'un film de science-fiction réalisé au début du XXIe siècle et constate que leur réalité est tout autre que celle du futur qu'on imaginait alors. Une utopie qui s'annonce revigorante.