Décor, du 08/09 au 29/01, Villa Empain, Bruxelles.
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Après Répétition, le nouveau directeur artistique de la Villa Empain, Asad Raza, se lance pour la seconde fois à la conquête du public bruxellois. On a pu s'en rendre compte, ses choix sont pointus et tranchés. C'est en compagnie d'un plasticien d'envergure international -Tino Sehgal- et d'une historienne de l'art -Dorothea von Hantelmann- qu'il programme Decor. Au programme, une quinzaine d'artistes -parmi lesquels Andy Warhol, Jeff Koons et Carl Andre- qui ne craignent pas de renouer avec une antique mission de l'art: la fonction décorative. Sur papier, avec la Villa Empain comme toile de fond, difficile d'imaginer un tel projet ne pas rencontrer son but. Celui-ci se veut double: outre l'esthétique, il est question de rendre aux oeuvres leur potentiel intersubjectif. Mis en scène comme un roman d'anticipation -Fahrenheit 451 pour être précis- Un musée imaginé repose sur un pitch palpitant: il est demandé au visiteur de se projeter en 2052 dans un monde où les oeuvres d'art sont interdites. Dans ce contexte peu réjouissant, les oeuvres montrées -issues des collections du Centre Pompidou, de la Tate Modern et du MMK de Francfort- sont à regarder comme ce qui a pu être sauvé du désastre culturel. Votre mission? Préserver ce qui peut l'être et transmettre le fait plastique grâce à la mémoire... L'actualité récente l'a rappelé cruellement: la question de la couleur de peau n'est pas encore réglée. Un clou enfoncé en ces termes par Ta-Nehisi Coates dans son ouvrage Une colère noire: "Voilà ce qu'il faut que tu saches: en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition -un héritage." Avec beaucoup d'à-propos, The Color Line se penche sur l'histoire culturelle des artistes noirs américains qui ont dû se battre pour exister. De Billie Holiday à Frederick Douglass, l'expo examine 150 ans de production culturelle contestataire. Envie de renouer avec l'incroyable forge d'images en prise avec la vie quotidienne que représente la peinture populaire congolaise? C'est le moment où jamais. Avec Congo Art Works, Bozar présente une série de tableaux hauts en couleur réalisés entre 1968 et 2012. La bonne nouvelle? L'intelligent commissariat de l'accrochage qui a été confié à la pétillante anthropologue Bambi Ceuppens et à l'oeil avisé du plasticien Sammy Baloji. Portraits, paysages, peintures allégoriques, humour, scènes urbaines, politique, religion... tout y est. C'est à une conversation ayant la peinture contemporaine pour objet que propose d'assister la nouvelle exposition du Botanique. Celle-ci met en présence deux artistes belges: Benoît Félix et Bernard Gaube. Ensemble, ils mènent depuis plus d'un an une réflexion commune autour des enjeux esthétiques liés au choix de pratiquer la peinture dans un contexte global peu favorable à cette discipline. Le tout pour un accrochage déployant des trames visuelles inédites et des dispositifs novateurs à cheval sur les deux oeuvres. Après August Sander, c'est à un autre géant-pionnier de la photographie que le FOMU consacre une exposition-rétrospective: Saul Leiter. Légende dorée de la pellicule couleur, l'Américain (1923-2013) pèse de tout son poids sur la photographie du siècle précédent. Après avoir hésité entre la théologie, la peinture et la petite boîte noire, il va opter pour cette dernière. Il en tirera des images modeuses qui le propulseront sur le devant de la scène par le biais de magazines comme Esquire ou Harper's Bazaar. Cette partie de son oeuvre va occulter le coeur de son talent: les scènes urbaines glanées dans les rues de New York. Loin d'en restituer le bruit, la fureur ou même la vérité, il signe de véritables toiles post-impressionnistes, notamment par sa fascination pour la buée, évoquant le pinceau d'un Bonnard. On ne le sait que trop peu, Brassaï fut l'un des premiers photographes à s'intéresser aux traces laissées sur les murs par les habitants de la ville. L'idée de garder une mémoire de ce patrimoine éphémère l'a taraudé au point de décider d'établir un protocole doublé d'un projet d'enregistrement systématique -plus de 500 images collectées pendant 25 ans. Ce corpus émouvant est aujourd'hui présenté au Centre Pompidou à la faveur d'un accrochage qui peut se lire comme "l'expression de l'inconscient d'une métropole". C'est toujours avec un certain plaisir que l'on retrouve le monde enchanté de Laurina Paperina. On aime l'énorme lasagne qu'elle constitue en panachant, non sans ingénuité, l'univers de la bande dessinée avec un regard sans concession sur le monde contemporain. Avec Funtastic!, cette Italienne de 36 ans débarque avec des toiles de grande taille, ce qui n'est pas son habitude, se situant quelque part entre Jérôme Bosch et Murakami. Le tout relevé habilement au moyen d'une palette de couleurs explosives. A l'occasion des dix ans de la Centrale Electrique, Carine Fol, la directrice artistique, a concocté une exposition en forme de "portrait subjectif" de la capitale belge et européenne. Premier volet d'une trilogie, Bruxelles Universel se partagera entre documents d'archives, films, photographies glanées sur la place du Jeu de Balle et créations originales d'artistes qui y vivent. Le casting est beau qui fait tant place à des pointures -Charlemagne Palestine, Ann Veronica Janssens- qu'à des signatures familières -Vincen Beeckman- ou de véritables personnages -l'Autrichien Kurt Ryslavy, qui a décidé de faire de sa profession de marchand de vins une oeuvre d'art. Le tout pour un portrait assez fidèle d'une ville foutraque capable du pire comme du meilleur. Sans oublier la bonne dose d'autodérision nécessaire à tout Bruxellois qui se respecte. Au carrefour de la banlieue londonienne, du cinéma et de la peinture traditionnelle, on trouve le travail de Ray Richardson. Né à Woolwich en 1964, le bonhomme signe des toiles qui sont autant de plans fixes d'un film encore à tourner. Pas pour rien qu'on lui a donné le surnom de "Martin Scorsese de la peinture figurative". Gros plans, formats horizontaux, contre-plongées... l'oeil se régale, tandis que l'esprit s'amuse à greffer des scénarios de polars sur le moindre tableau. Plaisir immédiat garanti. De 1966 à 1970 se sont écoulées cinq années qui ont changé le monde en secouant le conformisme ambiant. A Londres, cette demi-décennie fut celle du "Swinging London" et de Carnaby Street. La ville était alors l'épicentre d'une révolution qui a aujourd'hui encore un impact sur nos comportements. C'est peut-être la raison pour laquelle le V&A programme You Say You Want a Revolution?, une expo qui examine au peigne fin ce changement de paradigme en le traquant non seulement aux quatre coins du monde, de Paris à Palo Alto, mais aussi au travers ses résonances dans le cinéma, le design, la mode et la musique.