Le photographe américain, membre de l'agence Magnum, dont c'est la première exposition d'envergure en Belgique, donne rapidement le ton de son oeuvre: "Notre vision de l'Amérique est tellement formatée par la télévision et les films. On ne voit que des starlettes hollywoodiennes et des flics new-yorkaises. On oublie parfois qu'il y a de tout autres vies vécues au coeur de l'Amérique. Et certaines d'entre elles sont de réelles sources d'inspiration." (entretien avec Aaron Schuman, le 2 août 2004)
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Le photographe américain, membre de l'agence Magnum, dont c'est la première exposition d'envergure en Belgique, donne rapidement le ton de son oeuvre: "Notre vision de l'Amérique est tellement formatée par la télévision et les films. On ne voit que des starlettes hollywoodiennes et des flics new-yorkaises. On oublie parfois qu'il y a de tout autres vies vécues au coeur de l'Amérique. Et certaines d'entre elles sont de réelles sources d'inspiration." (entretien avec Aaron Schuman, le 2 août 2004) C'est dans cette immersion "au coeur de l'Amérique" que nous plonge son travail, en même temps éloigné d'autres poncifs comme ceux de l'Amérique profonde. Ce qu'Alec Soth nous donne à voir: des bribes d'histoires individuelles que l'on devine tour à tour touchantes, émouvantes, pathétiques parfois, hors du commun ou du moins de ce que nous pouvons considérer comme tel. L'exposition anversoise Gathered Leaves s'articule autour de quatre séries fondamentales de son oeuvre: Songbook (2014), Broken Manual (2006-2010), Niagara (2006) et bien sûr la série fondatrice, Sleeping by the Mississippi. Il la débute en 1999 -il a alors tout juste 30 ans- et la poursuit pendant quatre ans. Ce fleuve, il le connaît bien puisqu'il est né à Minneapolis, dans le Minnesota où celui-ci prend sa source. Soth va le parcourir sur des centaines de kilomètres, du nord au sud, en passant par l'Iowa, l'Illinois, l'Arkansas, l'État du Mississippi et enfin la Louisiane. Le fleuve n'est finalement qu'un prétexte à une série de portraits comme Charles et ses avions en modèle réduit, ou Adelyn, la belle rousse, photographiée après la cérémonie du mercredi des Cendres. Les paysages hivernaux se diluent dans la brume du fleuve d'où émergent la Péniche de Pieter ou La Maison d'enfance de Johnny Cash. De ces photographies se dégagent un rythme lent, un vécu profond dont ces images ne nous proposent qu'une amorce. À l'imagination du spectateur de faire le reste, à l'instar de la démarche d'Alec Soth. On retrouve une démarche encore plus introspective dans la série suivante, Broken Manual. Au cours de ses recherches sur Internet, le photographe s'est intéressé à toute une catégorie de personnes qui se sont mises volontairement en marge de la société américaine, au point de se placer en recul de la civilisation. Il est parti sur les traces de ces ermites, ces moines, ces survivalistes, ces rêveurs et ces solitaires. Ce projet de grande envergure ne se limite pas à un retour du photographe voyageur passant son temps sur les routes américaines. Cela va beaucoup plus loin que cela, dans la mesure où Soth ne manque pas de s'identifier petit à petit à ces personnages: "J'ai beaucoup de tendresse pour ces hommes en général. Je respecte leur choix et j'essaie de les comprendre. Il y a certainement un aspect d'autoportrait à cela." Il en résulte des images particulièrement étranges, sentiment renforcé par une scénographie misant sur l'obscurité où certaines images en noir et blanc apparaissent comme des fantômes, à l'instar des hommes qui les habitent ou non. Dans cette série, les traces de passage sont tout aussi importantes que les portraits de ces figures singulières. La nature -et particulièrement la forêt- est omniprésente, sa puissance transparaît en sourdine et fragilise du coup la présence humaine. Cet ensemble est de loin le plus narratif de son travail; des ébauches de séquences apparaissent dans un accrochage qui mêle les formats, mais aussi les tirages noir et blanc et ceux en couleurs. C'est aussi celle où il se livre probablement le plus. Le titre de l'exposition, Gathered Leaves, fait référence à la photographie comme un simple recueil de feuilles, et l'on sait l'importance que les photographes accordent à l'édition et au support papier en général. Cet aspect du travail de Soth est justement une des parties constitutives de cette exposition. Notes de travail, maquettes, correspondances, éditions rares témoignent de son souci d'une diffusion large de ses images et de l'attention professionnelle qu'il porte à la réalisation de ses livres. ALEC SOTH, GATHERED LEAVES, ANVERS, FOTOMUSEUM (FOMU), DU 17 FÉVRIER AU 4 JUIN (WWW.FOMU.BE). À NE PAS MANQUER, LA PROJECTION DE SON FILM SOMEWHERE TO DISAPPEAR (2010), PROGRAMMÉE TOUTES LES HEURES TRENTE ET PARTIE INTÉGRANTE DE L'EXPOSITION.