Certes, nombre d'entre elles flirtent avec la seule gratuité formelle et somme toute décorative mais il y a aussi des artistes qui, par l'abstraction, ont creusé, pas à pas, coup de gouge après coup de gouge, leur propre cheminement spirituel.

Ainsi André Willequet (1921-1998). Imaginez-le. Reçu au château de Laeken, il aperçoit un énorme morceau d'arbre abandonné lui semble-t-il dans le parc. "Le voulez-vous ?" lui demande la Reine Paola.

Quelques jours plus tard, le bloc est descendu au centre de l'atelier. Willequet reste sans voix. Il en fait le tour et encore et encore des jours et des semaines durant. Comment oser entamer ce fragment d'arbre vénérable dont l'odeur l'enivre? Comment faire entendre la voix intérieure de cet arbre-là et, à travers elle, celle de la nature, profonde, apaisée et puissante. Un jour enfin, l'artiste prend son maillet et ses couteaux et par petits coups, peu à peu, entame mais si peu, la matière. Au fil du travail, comme à chaque fois qu'il taille, l'arbre lui commande d'échapper à l'anecdote, à l'expressionisme, au romantisme afin de gagner, comme dans la statuaire archaïque grecque, une présence intériorisée et sereine.

L'oeuvre ainsi conçue ne s'adresse pas à la foule mais à chacun pourvu qu'il soit, comme l'artiste bruxellois, en chemin. C'est-à-dire, comme dans cette sculpture réalisée en 1977 en hommage à l'écrivain Henry Miller, hors des systèmes quitte, ici, à marquer ces dissonances par des mouvements de torsions, voire de cassures.

Dans l'exposition proposée par la Patinoire royale, la plupart des créateurs belges réunis ne suivent pas cette voie qui, pourtant, pourrait bien être plus actuelle qu'il n'y paraît au regard formaté.

Bruxelles, La Patinoire Royale, 15 rue Veydt, Jusqu'au 23 décembre. Du mardi au samedi de 11h à 18h. www.lapatinoireroyle.com