En s'approchant, celles-ci perdent toute réalité, s'effacent même, puisqu'elles ne relèvent que du procédé de la réserve. Les deux "sujets" ne sont que des vides blancs. Mais en s'approchant et avec la même intensité, se déréalise aussi la vraisemblance des végétaux et des roches. Ce ne sont plus que des matités et des brillances, des matières en reliefs et des liquidités insaisissables. Demeure la surface peinte de l'eau, ses éclats de lumière et son abyssale profondeur.

Mais avant tout, apparaît une "peinture" qui, à entendre l'artiste de 28 ans, est d'abord et avant tout, "une porte". Le choix de ce terme, plutôt que celui de "fenêtre" généralement associé à l'histoire de la représentation depuis la Renaissance, induit l'idée d'un passage et donc, d'un cheminement de notre regard autant que de notre esprit peut ou non entreprendre.

Or ce travail de l'oeil rejoint le fondement même de la picturalité comme lieu en soi. Il importe peu alors que l'endroit de la scène corresponde à un moment fort de la vie de l'artiste photographié par lui-même. Importe davantage le fait que l'image obtenue après avoir été observée, interrogée durant longues heures et introjetée soit projetée dans le noir grâce à un rétroprojecteur sur le support de toile. Qu'alors, à partir de ce moment, la peinture peu à peu, par divers procédés innovants mis en place (le masquage par scotch, l'arrachage, les lavis, le travail sur les deux côtés du support...) s'enracinent peu à peu dans la durée (plusieurs mois, parfois une année) ?

En fait, le résultat procède de la même volonté que celle qui anima les dernières années du Titien et de Rembrandt ou plus près de nous, celle d'Eugène Leroy. "On "y voit rien "titrait l'historien de l'art Daniel Arasse. De près, en effet, on n'y voit rien mais par cet aveuglement, s'instaure un nouveau rapport entre les deux fantômes et la matière (et de même entre nous et la peinture) qui peut nous ramener aux pouvoirs de l'imaginant et donc à ceux de la seule poésie que Gaston Bachelard a si bien mis en évidence.

La peinture n'est-elle pas, par-delà les sujets et les concepts, un des seuls endroits où la vie, par l'intermédiaire d'une matérialité métamorphosée, peut se manifester sans pouvoir s'énoncer ? A cela s'attache Alexandre Lenoir qui, renonçant depuis le début au "dessin" (le designo qui désigne), avait choisi son camp afin, confiait-il de "recréer ce qui est vrai".

Bruxelles, Galerie Almine Rech. 20 rue de l'Abbaye. Jusqu'au 19 décembre. Du Me au Sa de 11h à 19h. www.alminerech.com

En s'approchant, celles-ci perdent toute réalité, s'effacent même, puisqu'elles ne relèvent que du procédé de la réserve. Les deux "sujets" ne sont que des vides blancs. Mais en s'approchant et avec la même intensité, se déréalise aussi la vraisemblance des végétaux et des roches. Ce ne sont plus que des matités et des brillances, des matières en reliefs et des liquidités insaisissables. Demeure la surface peinte de l'eau, ses éclats de lumière et son abyssale profondeur. Mais avant tout, apparaît une "peinture" qui, à entendre l'artiste de 28 ans, est d'abord et avant tout, "une porte". Le choix de ce terme, plutôt que celui de "fenêtre" généralement associé à l'histoire de la représentation depuis la Renaissance, induit l'idée d'un passage et donc, d'un cheminement de notre regard autant que de notre esprit peut ou non entreprendre. Or ce travail de l'oeil rejoint le fondement même de la picturalité comme lieu en soi. Il importe peu alors que l'endroit de la scène corresponde à un moment fort de la vie de l'artiste photographié par lui-même. Importe davantage le fait que l'image obtenue après avoir été observée, interrogée durant longues heures et introjetée soit projetée dans le noir grâce à un rétroprojecteur sur le support de toile. Qu'alors, à partir de ce moment, la peinture peu à peu, par divers procédés innovants mis en place (le masquage par scotch, l'arrachage, les lavis, le travail sur les deux côtés du support...) s'enracinent peu à peu dans la durée (plusieurs mois, parfois une année) ? En fait, le résultat procède de la même volonté que celle qui anima les dernières années du Titien et de Rembrandt ou plus près de nous, celle d'Eugène Leroy. "On "y voit rien "titrait l'historien de l'art Daniel Arasse. De près, en effet, on n'y voit rien mais par cet aveuglement, s'instaure un nouveau rapport entre les deux fantômes et la matière (et de même entre nous et la peinture) qui peut nous ramener aux pouvoirs de l'imaginant et donc à ceux de la seule poésie que Gaston Bachelard a si bien mis en évidence. La peinture n'est-elle pas, par-delà les sujets et les concepts, un des seuls endroits où la vie, par l'intermédiaire d'une matérialité métamorphosée, peut se manifester sans pouvoir s'énoncer ? A cela s'attache Alexandre Lenoir qui, renonçant depuis le début au "dessin" (le designo qui désigne), avait choisi son camp afin, confiait-il de "recréer ce qui est vrai".Bruxelles, Galerie Almine Rech. 20 rue de l'Abbaye. Jusqu'au 19 décembre. Du Me au Sa de 11h à 19h. www.alminerech.com