Lorsque, en 1930, Hergé imagine les aventures de Tintin au Congo, son jeune héros est, comme tous les autres colons depuis la fin du XIXe siècle, armé de tout l'appareillage du parfait photographe de terrain. Or, cette manière d'anthropologie visuelle de l'ère coloniale était conditionnée par la technique usant des plaques de verre qui nécessite des temps d'expositions lents. D'où, la valorisation du portrait le plus souvent mis en scène de manière pittoresque dans l'essentiel des documents "historiques".

Or, dès le début des années de décolonisation, c'est par ce type de photographie que les Africains vont à leur tour "tirer le portrait" d'une population enfin libre, prenant la pose afin de révéler sa fierté et, le plus souvent, sa réussite sociale. Des photographes ambulants vont ainsi sillonner les villages alors que, dans les grandes villes fleuriront les studios ambulants. Samuel Fosso (°1962) n'a que 13 ans quand il ouvre son premier studio à Bangui en Centrafrique où il vit chez un oncle cordonnier après avoir passé ses premières années au Nigéria qu'il avait fui en 67 au moment de la guerre du Biafra.

Son projet est clair : "Au studio national, vous serez beau, chic, délicat et facilement reconnaissable". Sauf que, entre deux prises de vue, utilisant les restes de pellicules de ses clients, il va se mettre lui-même en scène et multiplier les autoportraits en s'inspirant (pour les costumes et les gestuelles) du milieu musical local et surtout américain. Ainsi devient-il peu à peu "comédien", empruntant tour à tour les stéréotypes occidentaux dont s'inspirent aussi les classes dirigeantes africaines. Mais parallèlement, ressurgissent les blessures et les révoltes quand, par exemple, il prend la pose de héros comme Martin Luther KIng, Patrice Lumumba ou encore Angela Davis.

Quand il porte dans la série "Allonzenfants" les uniformes des soldats de 14 et ceux de 40, enrôlés par les armées françaises. Ou encore, quand, comme sur cette photo, il reprend la pose et le costume du grand timonier chinois popularisé par une affiche célèbre dont il copie aussi le décor, le point de vue, l'éclairage et la composition. Or cette image de propagande née en pleine révolution culturelle (66-76) ne faisait que peaufiner les codes déjà mis en place dans une autre affiche, en noir et blanc, réalisée en 1930 quand Mao reprit la direction du parti.

Ce faisant, si l'oeuvre pointe la manière dont le grand timonier aura construit les imaginaires populaires, il actualise le propos au moment où l'ambition du président Xi Jinping qui rejoue en Afrique la carte de la colonisation, s'est déjà assuré de la maîtrise des réseaux de télévisions locales. Certains n'y verront qu'un clin d'oeil, d'autres, l'appel d'une Afrique rebelle. Cette photographie de Samuel Fosso, inscrite dans une série de 2013 intitulée "Emperors of Africa" est à voir dans la première et très vaste rétrospective organisée à Paris jusqu'au printemps prochain.

Paris, Maison européenne de la photographie. 5-7 rue de Fourcy (4e). Jusqu'au 13 mars. Du mercredi au dimanche, de 11h à 20h, jeudi jusqu'à 22h. www.mep-fr.org

Lorsque, en 1930, Hergé imagine les aventures de Tintin au Congo, son jeune héros est, comme tous les autres colons depuis la fin du XIXe siècle, armé de tout l'appareillage du parfait photographe de terrain. Or, cette manière d'anthropologie visuelle de l'ère coloniale était conditionnée par la technique usant des plaques de verre qui nécessite des temps d'expositions lents. D'où, la valorisation du portrait le plus souvent mis en scène de manière pittoresque dans l'essentiel des documents "historiques". Or, dès le début des années de décolonisation, c'est par ce type de photographie que les Africains vont à leur tour "tirer le portrait" d'une population enfin libre, prenant la pose afin de révéler sa fierté et, le plus souvent, sa réussite sociale. Des photographes ambulants vont ainsi sillonner les villages alors que, dans les grandes villes fleuriront les studios ambulants. Samuel Fosso (°1962) n'a que 13 ans quand il ouvre son premier studio à Bangui en Centrafrique où il vit chez un oncle cordonnier après avoir passé ses premières années au Nigéria qu'il avait fui en 67 au moment de la guerre du Biafra. Son projet est clair : "Au studio national, vous serez beau, chic, délicat et facilement reconnaissable". Sauf que, entre deux prises de vue, utilisant les restes de pellicules de ses clients, il va se mettre lui-même en scène et multiplier les autoportraits en s'inspirant (pour les costumes et les gestuelles) du milieu musical local et surtout américain. Ainsi devient-il peu à peu "comédien", empruntant tour à tour les stéréotypes occidentaux dont s'inspirent aussi les classes dirigeantes africaines. Mais parallèlement, ressurgissent les blessures et les révoltes quand, par exemple, il prend la pose de héros comme Martin Luther KIng, Patrice Lumumba ou encore Angela Davis. Quand il porte dans la série "Allonzenfants" les uniformes des soldats de 14 et ceux de 40, enrôlés par les armées françaises. Ou encore, quand, comme sur cette photo, il reprend la pose et le costume du grand timonier chinois popularisé par une affiche célèbre dont il copie aussi le décor, le point de vue, l'éclairage et la composition. Or cette image de propagande née en pleine révolution culturelle (66-76) ne faisait que peaufiner les codes déjà mis en place dans une autre affiche, en noir et blanc, réalisée en 1930 quand Mao reprit la direction du parti. Ce faisant, si l'oeuvre pointe la manière dont le grand timonier aura construit les imaginaires populaires, il actualise le propos au moment où l'ambition du président Xi Jinping qui rejoue en Afrique la carte de la colonisation, s'est déjà assuré de la maîtrise des réseaux de télévisions locales. Certains n'y verront qu'un clin d'oeil, d'autres, l'appel d'une Afrique rebelle. Cette photographie de Samuel Fosso, inscrite dans une série de 2013 intitulée "Emperors of Africa" est à voir dans la première et très vaste rétrospective organisée à Paris jusqu'au printemps prochain.Paris, Maison européenne de la photographie. 5-7 rue de Fourcy (4e). Jusqu'au 13 mars. Du mercredi au dimanche, de 11h à 20h, jeudi jusqu'à 22h. www.mep-fr.org