L'oeuvre de la semaine: Démon, je te combats !

04/11/18 à 10:27 - Mise à jour à 10:27

Source: Le Vif

Fille d'un anarchiste espagnol, Anita Molinaro (°1953) a la rage en elle. Alors oui, elle est violente. Son combat n'est pas sans évoquer, la certitude en moins, celui du Saint-Georges contre le dragon.

L'oeuvre de la semaine: Démon, je te combats !

© "jeux avec particules", 2018. C de l'artiste et galerie Thomas Bernard, Paris.

Comme celui-ci, son ennemi vit dans les profondeurs de la terre et en jaillit, noir et brillant, dégageant autour de lui, une odeur forte qui prend à la gorge : le pétrole. Lui qu'elle désigne comme le démon provocateur des violences dont les hommes sont acteurs, témoins et victimes.

Alors, à coups de lance-flamme, de chalumeau et de scie sauteuse, elle en attaque toutes les incarnations urbaines et industrielles. Ce sont des poubelles, des carénages de motos ou encore des balançoires, des toboggans ou des maisons de poupées qu'elle découpe, fond, déforme, perfore, noircit et assemble de manière très intuitive (sauvage ?) en des installations joyeusement colorées.

Dans cette oeuvre, elle associe ces plastiques au métal de vieux pots d'échappements tout aussi démoniaques amplifiant ainsi métaphoriquement une tension entre ce qui provoque à la fois le rire des enfants et les particules fines qu'ils respirent, entre le jeu des adultes pétaradant et ceux des kids de nos villes. D'où, le titre de l'oeuvre : "jeux avec particules". Visuellement, les sculptures, bas-reliefs et installations de cette artiste mieux connues outre-atlantique, participent à une forme d'expressionnisme très américain. On songe aux grandes pièces métalliques de Frank Stella ou de Robert Rauschenberg et à leur façon de dépasser le seul sujet sociologique par une interrogation sur les grammaires de la sculpture, le plein, le vide, les plans droits et courbes, le trou, l'ombre et la lumière ou encore le côté pictural et chromatique.

Récemment, cette girondine de naissance et marseillaise de coeur avait été l'invitée du Palais de Tokyo où elle avait suspendu une pièce aux allures d'apocalypse.

Paris, Cité des sciences et de l'industrie (Parc de la Villette). Espace science-actualité. 30 av Corentin-Cariou. Tous les jours de 10h à 18h. Jusqu'au 28 février www.cite-sciences.fr

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