Peu à peu, d'autres formes biomorphiques parfois, végétales aussi, calligraphiques peut-être se superposent, rythment le champ ainsi semé d'une écriture automatique déposée, reprise, répétée qui, sans indiquer ni direction, ni chemin, happe le regard et engloutit l'esprit de celui qui s'y laisse prendre. L'aventure ouvre sur un chaos dont la teneur amorphe éveille un sentiment d'étrange et menaçante familiarité. On pourrait songer aux monumentales compositions de Matta lorsqu'il visait à rendre compte du combat mené au coeur tout à la fois des dictatures de la société et de soi-même.

Mais aux perspectives hallucinées, aux profondeurs abyssales et aux brisures du peintre chilien s'opposent ici les rondeurs assassines, des vulves, des lobes et des moiteurs de viscères aux teintes d'eau et de guimauve que viennent lacérer des tracés insistants au crayon rouge ou orange. On pourrait aussi se rappeler les "drippings" d'André Masson qui faisaient écrire à Bernard Noel : "l'air, contaminé par ce tourbillon, ne laisse même pas tranquille le volume que votre tête, jusque-là, prenait pour son intérieur."

Après de longs moments d'abandon, Lang Wei peut se relever et fixer le support sur le mur, poursuivre le travail, le charger davantage et brouiller encore les moindres pistes. Debout, face à l'oeuvre, elle poursuit évitant de se heurter aux angles afin que, comme chez Kandinsky, le tableau demeure dans un espace flottant dans lequel, pour reprendre un mot d'André Masson lui-même, "il n'y a ni formes, ni objets mais seulement des évènements."

Bernier Eliades Gallery, 46 rue du Châtelain 1050 Bruxelles. Jusqu'au 21 décembre. Du mardi au samedi de 12h à 18h. www.bernier-eliades.com