"Elles méritent une reconnaissance que leur ont volée certains de leurs homologues masculins comme Jo Delahaut ou Bram Bogart", annonce d'entrée de jeu Constantin Chariot, commissaire de l'exposition et directeur de La Patinoire Royale. Un vol? Il fallait donc en toute logique que justice soit faite. Bien sûr, difficile de ne pas mentionner le contexte général dans lequel cette réparation est opérée: taraudé par sa mauvaise conscience, le secteur de l'art tout entier s'est fixé pour mission de battre sa coulpe en chaussant des lunettes lui permettant d'enfin voir tout ce à côté de quoi il est passé pendant plusieurs siècles...

"Elles méritent une reconnaissance que leur ont volée certains de leurs homologues masculins comme Jo Delahaut ou Bram Bogart", annonce d'entrée de jeu Constantin Chariot, commissaire de l'exposition et directeur de La Patinoire Royale. Un vol? Il fallait donc en toute logique que justice soit faite. Bien sûr, difficile de ne pas mentionner le contexte général dans lequel cette réparation est opérée: taraudé par sa mauvaise conscience, le secteur de l'art tout entier s'est fixé pour mission de battre sa coulpe en chaussant des lunettes lui permettant d'enfin voir tout ce à côté de quoi il est passé pendant plusieurs siècles. Pour l'amateur éclairé, la démarche est réjouissante, qui consiste à faire un pas du côté des contre-allées de l'Histoire officielle des formes. Dans ces marges-là, on circule mieux, on respire aussi car la mobilité y est encouragée. L'expression est plus fluide, plus sincère, moins guidée par un ego, une ambition, une carrière, voire une affirmation de soi. Avec Belgian Women, La Patinoire Royale consacre son immense nef et sa galerie vitrée, soit une superficie aussi lumineuse que considérable, à l'examen d'une sorte de pentacle d'expressions alternatives abstraites belges postérieures à 1945. Présenté comme cela, on peut prendre peur. Il ne faut pas, l'exposition est réjouissante et accessible. Auréolé de la présence de Marthe Wéry (1930-2005), incontestablement la plasticienne la plus réputée du casting, le propos rend compte de l'oeuvre d'autres pionnières du geste et de la couleur: Berthe Dubail (1911-1984), Francine Holley (1919-2020), Antonia Lambelé (1943) et Gisèle Van Lange (1929). Sur Marthe Wéry, on ne s'étendra pas longuement dans la mesure où l'encre a beaucoup coulé à propos de son minimalisme mutique célébrant l'expérience de la couleur et de la surface. On pointera juste six panneaux jaunes datant de 1993. Il s'agit de bois comme laqué de couches éclatantes de peinture acrylique. Conçue pour un hôpital psychiatrique, cette oeuvre morcelée réconcilie avec un certain fondamentalisme pictural en ce qu'elle suggère en filigrane la blessure d'un moi fragmenté. De Francine Holley, artiste ayant côtoyé Fernand Léger à l'Académie de la Grande-Chaumière, on retient la propension à dérouler une abstraction musicale, à mi-chemin entre le lyrisme et la géométrie. Il y a aussi Gisèle Van Lange, dont les Structures végétales (1982) absolument saisissantes de modernité disent un attachement au réel et à la figuration. Cette tension qui traverse son oeuvre en crée d'ailleurs tout le relief. Berthe Dubail, quant à elle, fait montre d'une pratique lyrique marquée par le geste. L'oeil se perd dans ses oves aux contours astraux, voire métaphysiques. Enfin, on s'arrête tout net devant les géométries strictes aux ambitions spatiales d'Antonia Lambelé. Sculptrice de formation, l'intéressée signe des compositions qui vibrent à la faveur de reliefs générés par des carrés et des fils recouverts d'acrylique. Celles-ci invitent au silence et au recueillement.