Mi-mars dernier, Luis Pôlet (34 ans) gamberge. Comme beaucoup d'autres plasticiens, il est désabusé. Expos annulées, projets qui tombent à l'eau, réseau figé... À l'image du reste du monde, les arts plastiques sont à l'arrêt. Pas du genre à se complaire, l'intéressé cherche d'autres modes d'expression. La rue déserte lui tend les bras. Il décide de s'amuser avec elle en dessinant des cercles de distance sociale qu'il détourne sous la forme de vélo ou de paires de lunettes. Tout est...

Mi-mars dernier, Luis Pôlet (34 ans) gamberge. Comme beaucoup d'autres plasticiens, il est désabusé. Expos annulées, projets qui tombent à l'eau, réseau figé... À l'image du reste du monde, les arts plastiques sont à l'arrêt. Pas du genre à se complaire, l'intéressé cherche d'autres modes d'expression. La rue déserte lui tend les bras. Il décide de s'amuser avec elle en dessinant des cercles de distance sociale qu'il détourne sous la forme de vélo ou de paires de lunettes. Tout est bon pour retrouver le sourire. Hasard ou pas, un mois plus tard, il reçoit un coup de fil de la commune d'Ixelles lui demandant d'imaginer un projet, dans l'espace public, à destination des confinés. En compagnie de deux autres artistes urbains -le cérébral Parole (38 ans) et la virtuose Iota (28 ans) dont l'oeuvre a partie liée avec le corps-, Pôlet conçoit "Partere Concept" en deux jours. Mission? Réaliser des dessins à même les rues d'Ixelles en utilisant des matériaux biodégradables. "Le principe est d'apporter un peu d'allégresse aux habitants tout en les incitant à réfléchir. Pour eux, c'est la possibilité de voir depuis leurs fenêtres, un dessin, un mot, un poème ou un détournement de l'espace public. Nous travaillons avec de la craie et de l'argile, la pluie se charge du nettoyage...", précise le trentenaire. Bien que l'initiative ait émané des autorités communales elles-mêmes, sa mise en pratique traîne, suspendue qu'elle est à l'autorisation du bourgmestre et de la commissaire de police. Finalement, la première fresque voit le jour le 26 mai sur la place Sainte-Croix. Elle initie une réflexion sur l'habitat à partir de la représentation d'une maison d'où s'échappe un arbre. Sur le toit, deux enfants, comme des symboles de la faculté de s'inventer un monde. Lisible uniquement depuis les hauteurs d'un immeuble, l'oeuvre relève aussi de la performance. "C'était intense entre les contrôles de police et le service de nettoyage qui a failli tout effacer... heureusement, beaucoup de personnes nous ont aussi remerciés", affirme Luis Pôlet. Depuis, le trio a réalisé un jeu d'échecs, visible de loin et de près, autour de la question des distances sociales (place Adolphe Sax), un très symbolique narval au coin de la rue Victor Greyson, intitulé L'Espadon Voilier, mais également, sur le parvis de la Trinité, une oeuvre fractale ouverte évoquant aussi bien une vitre brisée qu'une canopée aux contours réticulaires.