La cour de l'ancienne Raffinerie de Molenbeek s'est muée en salle de spectacle à ciel ouvert, pour des reprises, des expérimentations courtes et des étapes de travail. Sous l'azur du temps clément se déploie une scène circulaire en bois qu'entourent des podiums. On y prend place par bulles, sur les coussins, petites îles de spectateurs naufragés pour qui la terre est à nouveau en vue. L'ambiance est déte...

La cour de l'ancienne Raffinerie de Molenbeek s'est muée en salle de spectacle à ciel ouvert, pour des reprises, des expérimentations courtes et des étapes de travail. Sous l'azur du temps clément se déploie une scène circulaire en bois qu'entourent des podiums. On y prend place par bulles, sur les coussins, petites îles de spectateurs naufragés pour qui la terre est à nouveau en vue. L'ambiance est détendue, les retrouvailles sont joyeuses. Sous les masques, on s'active au bar et au food truck Pin Pon. D'abord, place aux enfants, les premiers déconfinés, avec la Levée de Boris Charmatz, présentée en ouverture de la dernière Biennale, où les gestes et mouvements répétés (on imagine leurs noms de code: la course de bobsleigh, le lancer du marteau, le poisson échoué qui frétille, la session de trampoline...) se propagent dans le groupe de manière (presque) imperceptible. La soirée se poursuit avec les autres chorégraphes en résidence. Ayelen Parolin propose une étape de With, son duo avec Piet Defrancq, sorte de parade amoureuse absurde et ludique sur une bande-son qui mêle musique latino traditionnelle et hululements horrifiques de fantômes. Quant à Louise Vanneste, elle partage l'espace de sa danse oblique avec les expérimentations de Gwendoline Robin, qui marque de son corps des tas de bicarbonate de soude (assainissant et antiviral bien connu de nos grands-mères, c'est dans l'air du temps), à moins que ce ne soit l'inverse. Les couples de danseurs, qui ont eu la chance de pouvoir pratiquer leur discipline malgré le lockdown, sont également mis à l'honneur. Parmi les duos, Samuel Lefeuvre et Florencia Demestri livrent un échantillon de leurs étreintes perturbées de bugs sur une musique baroque où les trilles des flûtes se transforment en soubresauts digitaux. Un petit panel comme une amorce de ce qui est à venir, de ce qu'on espèce pouvoir voir bientôt, sans masques, sans gel, sans craintes.