"Bien sûr qu'il y avait cette portée de détourner la danse du seul endroit où elle avait de la reconnaissance, c'est-à-dire des corps beaux, jeunes, sveltes, sportifs. On était déjà débarrassées de nos corps de danseuses." Ainsi s'exprime la chorégraphe Maguy Marin, devant la caméra de son fils David Mambouch dans ce documentaire précieux, sur une des figures majeures de la Nouvelle Danse française. Son titre ? L'Urgence d'agir. "L'urgence d'agir,...

"Bien sûr qu'il y avait cette portée de détourner la danse du seul endroit où elle avait de la reconnaissance, c'est-à-dire des corps beaux, jeunes, sveltes, sportifs. On était déjà débarrassées de nos corps de danseuses." Ainsi s'exprime la chorégraphe Maguy Marin, devant la caméra de son fils David Mambouch dans ce documentaire précieux, sur une des figures majeures de la Nouvelle Danse française. Son titre ? L'Urgence d'agir. "L'urgence d'agir, avant de passer mon tour", déclare la Toulousaine, 68 ans aujourd'hui. Intégrant interviews et images d'archives, le film s'articule autour de la transmission de May B, pièce créée en 1981, inspirée par les textes de Samuel Beckett (Fin de partie en particulier) et qui sera présentée en janvier au Théâtre de Namur. Avec ses visages enduits d'argile, dont les craquelures forment autant de rides sur la peau, avec ses postiches, oreilles ou nez, ses maquillages déformants, ses corps gris de vieux ou de poupons, ses respirations et ses mugissements, May B amenait dans un coup de tonnerre une autre esthétique dans la danse contemporaine. "Des ballets ou des pièces qui ne parlent que de corps jeunes, compétitifs, beaux (...), je trouve tout ça d'une violence inouïe, socialement", s'exclame encore la chorégraphe. L'Urgence d'agir remonte à son enfance, dans une famille d'origine espagnole, aborde son apprentissage à Mudra, l'école de Maurice Béjart à Bruxelles, et parcourt toute sa carrière, voyageant aussi au Brésil, où Lia Rodrigues transmet May B à un groupe de jeunes, et s'attardant sur l'ouverture du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, que Marin a dirigé pendant treize ans. Mais David Mambouch ne fait pas non plus dans l'hagiographie. Lors d'une séquence de répétition, on peut voir à quel point la chorégraphe est intraitable dans son souci du détail, exigeante parfois avec ses danseurs. "Tout le monde est capable, je pars de ce principe-là, explique-t-elle. Parfois c'est très dur pour eux, parce que je ne lâche pas." Maguy Marin ne lâche rien. C'est ce qui fait d'elle une grande artiste, et une grande dame. L'Urgence d'agir : le 6 novembre à 18h à La Bellone à Bruxelles, www.contredanse.orgMay B : du 21 au 25 janvier au Théâtre de Namur, www.theatredenamur.be