Malgré les applaudissements nourris, les sourires semblent figés aux saluts. Il faut dire que sous ses dehors de comédie à la mécanique de vaudeville, Quoi/Maintenant ne prête au fond pas vraiment à rire. Et peut-être encore moins maintenant, cinq ans après sa création en néerlandais, alors qu'on a bien du mal à se dépêtrer d'une épidémie mondialisée qui a souligné les inégalités entre personnes et entre nations, et qu'on ne voit pas très bien comment les bonnes intentions affichées pour...

Malgré les applaudissements nourris, les sourires semblent figés aux saluts. Il faut dire que sous ses dehors de comédie à la mécanique de vaudeville, Quoi/Maintenant ne prête au fond pas vraiment à rire. Et peut-être encore moins maintenant, cinq ans après sa création en néerlandais, alors qu'on a bien du mal à se dépêtrer d'une épidémie mondialisée qui a souligné les inégalités entre personnes et entre nations, et qu'on ne voit pas très bien comment les bonnes intentions affichées pourront nous sortir de la crise climatique.C'est qu'en se saisissant de cette Pièce en plastique, ultime texte de Marius von Mayenburg, auteur allemand en résidence à la Schaubühne, Tg Stan, avec son énorme savoir-faire, dresse au public un miroir qui lui renvoie sans pitié ses plus pénibles contradictions, ses pires hypocrisies, son désespérant égoïsme derrière sa façade de sollicitude et de générosité. La victime de toutes ces tares ici concentrées est Jessica Schmidt (Jolente De Keersmaeker), femme de ménage nouvellement engagée par Ulrike (Els Dottermans) et Michael (Frank Vercruyssen), tous deux très pris par leur boulot, pour entretenir la maison et s'occuper de leur fils Vincent (Damiaan De Schrijver, assumant délicieusement un double rôle). Elle acceptera sans broncher les petites humiliations de ce couple qui veut se montrer bienveillant mais ne fait que la rabaisser plus bas que terre, jusqu'à devoir subir les confidences individuelles au sujet de leur morne vie sexuelle.Racisme ordinaire, fausse générosité, violence de classe, consommation crétine et mesquinerie domestique jouent des coudes dans ce portrait réaliste et féroce. Comme dans Of/Niet, où le collectif anversois associait un texte de Harold Pinter et un autre de Alan Ayckborn, Tg Stan fait précéder Pièce en plastique d'une autre pièce qui n'a a priori rien à voir, le court Dors mon petit enfant de Jon Fosse. En guise de prologue, cette discussion abstraite et absurde entre personnages perdus donne le ton d'un spectacle "méta" qui se commente lui-même en train de se faire et ne cache pas ses ficelles, mais fait aussi, a posteriori, office de métaphore d'une humanité engluée dans ses paradoxes, enfermée dans cet endroit sans issue et qui ne comprends pas comment elle en est arrivée là. Sous le titre à slash résonne alors le refrain de Benny B : "Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ?"