Au point de départ de ce spectacle, il y a une petite histoire réjouissante: la parabole du billet magique, qui démontre comment le fait qu'un étranger ait simplement posé un billet sur un comptoir peut résoudre une cascade de dettes. Mais si, hors fable, dans le monde réel, l'arrivée de cet étranger -terme remplaçable ici par "colon"- et de son arge...

Au point de départ de ce spectacle, il y a une petite histoire réjouissante: la parabole du billet magique, qui démontre comment le fait qu'un étranger ait simplement posé un billet sur un comptoir peut résoudre une cascade de dettes. Mais si, hors fable, dans le monde réel, l'arrivée de cet étranger -terme remplaçable ici par "colon"- et de son argent n'était pas la solution, mais plutôt la cause des problèmes? C'est toute la question de cette Ronde flamboyante écrite par Emmanuel De Candido (Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon?, avec Pierre Solot) et mis en scène par Olivier Lenel (Un silence ordinaire, de et avec Didier Poiteaux). La fable simplette prend alors des couleurs sombres et bascule dans le drame.Dans une petite ville "qui a mauvaise réputation", qui "n'existe pas mais nous disons qu'elle existe" et approximativement située sur le continent africain, un banquier (Benoit Van Dorslaer), un gouverneur (Sanders Lorena), une bouchère (Catherine Mestoussis), un cultivateur (Hakim Louk'man) et une petite marchande (Nadège Ouédraogo, endossant d'une tirade puissante qui restera dans les mémoires) constituent les maillons d'une chaîne infernale, faite de chantages, de crimes et d'asservissement. Au sein d'une structure où des barres de métal délimitent les espaces respectifs se dessine un concentré de l'exploitation de l'homme par l'homme, où il faudra bien de la force pour briser le cycle et faire en sorte que "l'aiguille de l'horloge tourne dans l'autre sens". Un spectacle dense, qui ne recule pas devant la complexité mais qui gagnerait sans doute à recourir moins souvent aux cris.