#MeToo a été une libération de la parole. Pour sortir de la honte, sortir de l'emprise, savoir qu'on n'est pas seule et tenter que certains actes ne se reproduisent plus. Avec Miss Else, adapté d'Arthur Schnitzler, l'autrice et metteuse en scène Jeanne Dandoy poursuit le mouvement, en brossant au passage un portrait pas très reluisant du monde du cinéma et de la publicité (lire aussi l'article du Vif).
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#MeToo a été une libération de la parole. Pour sortir de la honte, sortir de l'emprise, savoir qu'on n'est pas seule et tenter que certains actes ne se reproduisent plus. Avec Miss Else, adapté d'Arthur Schnitzler, l'autrice et metteuse en scène Jeanne Dandoy poursuit le mouvement, en brossant au passage un portrait pas très reluisant du monde du cinéma et de la publicité (lire aussi l'article du Vif).Celle qui raconte, c'est donc Else, 15 ans, en vacances en montagne avec sa vieille tante Emma et son cousin gynécologue Paul, dans un hôtel luxueux. Entre matchs de tennis et tentatives de prendre sur le fait le petit monsieur, censé rester invisible, qui nettoie les gouttes de pipi sur la cuvette des WC du lobby, elle tombe sur Axel Von Dorsday, acteur un peu célèbre dont elle a joué la fille il y a quelques années. Et voilà que celui qui possède les numéros privés d'au moins 200 célébrités l'invite à une fête... Else, c'est Epona Guillaume, actrice de 19 ans vue régulièrement dans les spectacles d'Anne-Cécile Vandalem (Tristesses, Arctique...). Le rôle que lui confie Jeanne Dandoy est balèze: quasiment omniprésente sur scène, qu'elle soit à l'avant-plan ou légèrement dissimulée par les rideaux de cordes qui structurent l'espace, dotée d'un texte qui balaie toute la gamme des émotions et gérant en prime changements de décors et de costumes. Mais Epona Guillaume assure, nous faisant voguer sur le flot des pensées de cette jeune fille, proie facile qui se retrouve aussi marionnette de ses parents toxiques. En contrepoint, Alexandre Trocki est épatant en "Von". Au fil de ses confessions à l'avant-scène, il apparaît d'abord sympathique, puis ridicule avec son humanisme de façade, puis carrément écoeurant, tandis que l'atmosphère vire au cauchemar lynchéen ("nom de code: Red Room", à la Twin Peaks). Mais la descente aux enfers rebondit vers un womanpowerment éclatant. Ça non plus, ça n'était pas dans Schnitzler.