Dans la famille, je demande le père. Figure tutélaire, référente, dominatrice, affective aussi et inspiratrice. Mais ce que nous révèle le projet Pattern, ce sont aussi les chocs de l'enfant, qui tantôt dès son plus jeune, tantôt déjà adulte, découvre un paternel malade, mort ou encore décevant parce qu'affabulateur.
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Dans la famille, je demande le père. Figure tutélaire, référente, dominatrice, affective aussi et inspiratrice. Mais ce que nous révèle le projet Pattern, ce sont aussi les chocs de l'enfant, qui tantôt dès son plus jeune, tantôt déjà adulte, découvre un paternel malade, mort ou encore décevant parce qu'affabulateur.Les concepteurs de ce spectacle original, Émilie Maréchal et Camille Meynard, ont composé pour le spectateur un véritable parcours du combattant, au croisement du documentaire et de la fiction, partant à la découverte de ces différentes figures paternelles. Nous prenant au mot, la première partie se veut déambulatoire, le public étant invité à errer comme il le souhaite dans la salle du théâtre Océan Nord, pour découvrir dans ses recoins trois installations et performances. Il s'agit d'histoires intimes particulièrement touchantes comme cette lente descente dans la maladie d'un papa, dont les étapes médicales -lourdes et douloureuses- sont répertoriées par un agenda que l'on projette, date par date, à mesure qu'un performeur saute à la corde jusqu'à en perdre le souffle. L'effort de la vie en somme. C'est aussi la mise en bière d'un grand-père et les derniers hommages rendus par la famille projetée en regard d'un album de photos familial. Ou encore ce film retraçant les parcours parallèles et intriqués d'un père, champion de boxe thaïe, et de son fils. Si le sport les réunit, les trahisons les sépareront. Un passage particulièrement bouleversant dont un solo de batterie (Will Guthrie) nous extrait, appelant à rejoindre les gradins au centre de l'espace d'exposition et de jeu. La seconde partie du spectacle fait ainsi place à une farce, histoire de la succession d'un abattoir ardennais et du retour d'un fils prodigue. Le changement de ton est assez radical, le burlesque de la prestation -mâtiné de surjeu et de manque d'enjeux dramatiques forts- ne décolle jamais et dégonfle une ambiance que la première heure de déambulation avait su installer. Un soufflé retombé que la prestation finale de Simon André -homme mûr se souvenant avec simplicité et émotion des contacts sporadiques avec son père agriculteur breton- parvient à peine à revitaliser. Dommage.On le sent, Pattern -terme anglais signifiant "modèle"- cherche à tirer tous les fils de la paternité, se concentrant sur les rapports à la descendance, mais ces brins de laine, tantôt fragiles, tantôt grossiers, n'arrivent jamais à se mêler en une seule trame. De ce spectacle éclaté, vécu comme un laboratoire d'essais-erreurs, on retiendra toutefois les émotions que nous ont procurées certaines images.