Pouvait-on rêver lieu plus adéquat que la scène extérieure du Théâtre de Poche, dans le bois de la Cambre, pour accueillir Poucet, dont l'action se déroule principalement en pleine forêt? C'est Didier Balsaux, avec sa barbe immense, sa moustache soigneusement recourbée, ses bretelles et son bonnet en laine, qui accueille le public dans sa cabane au milieu...

Pouvait-on rêver lieu plus adéquat que la scène extérieure du Théâtre de Poche, dans le bois de la Cambre, pour accueillir Poucet, dont l'action se déroule principalement en pleine forêt? C'est Didier Balsaux, avec sa barbe immense, sa moustache soigneusement recourbée, ses bretelles et son bonnet en laine, qui accueille le public dans sa cabane au milieu des arbres pour raconter l'histoire, son histoire, celle de Poucet, qu'immortalisa Charles Perrault dans Les Contes de ma mère l'Oye.Mais l'eau a coulé sous les ponts depuis le XVIIe siècle et, à l'ère post-MeToo, le regard sur ce conte traditionnel ne peut qu'avoir changé. Dans la version des Royales Marionnetes où les pantins et figurines de bois prennent aussi vie grâce à quelques acteurs improvisés pêchés parmi les spectateurs, les femmes occupent une place prépondérante. A commencer par la mère de Poucet, "enchaînée" à son mari par ses sept enfants et qui pose par son comportement de sérieuses questions sur les vraies motivations du désir d'enfant et sur le caractère soi-disant inné de l'amour maternel. Dans ce Poucet co-mis en scène par Jean Lambert, le côté volontairement désuet (cette utilisation irrésistible du bonnet de nuit et du mouchoir en tissu, par exemple) n'entrave en rien, voire ravive, la pertinence de certains thèmes. Et la cruauté du récit est habilement contrebalancée par l'humour, notamment par cette façon un peu vache mais paradoxalement bienveillante qu'a Didier Balsaux de malmener son public. Les enfants seront ravis de (re)découvrir le conte; les parents apprécieront la langue et auront matière à réfléchir.