Hasard des calendriers? En ce début de saison théâtrale, il est amusant de constater que la tragédie inspire toujours les créateurs scéniques. Pour preuve le Phèdre(s) de Pauline d'Ollone aux Théâtre des Martyrs, relecture urbaine du classique racinien. Ou encore, mais de manière plus distanciée, Iphigenia à Splott mis en scène au Poche par Georges Lini, présente une protagoniste lointaine cousine de la fille d'Agamemnon sacrifiée.
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Hasard des calendriers? En ce début de saison théâtrale, il est amusant de constater que la tragédie inspire toujours les créateurs scéniques. Pour preuve le Phèdre(s) de Pauline d'Ollone aux Théâtre des Martyrs, relecture urbaine du classique racinien. Ou encore, mais de manière plus distanciée, Iphigenia à Splott mis en scène au Poche par Georges Lini, présente une protagoniste lointaine cousine de la fille d'Agamemnon sacrifiée.Pour Dans la nuit - Éloge de la vulnérabilité, c'est la forme de la tragédie classique qui intéresse Coline Struyf pour nous raconter la montée des colères populaires à travers les retrouvailles tourmentées de soeurs jumelles. Micky (pétillante Amel Benaïssa), la coryphée de cette pièce contemporaine, nous le dit d'entrée. Ce à quoi nous allons assister est une tragédie. Ce ne sera pas drôle. Elle nous raconte déjà la fin, de manière à nous faire comprendre que l'essentiel réside ailleurs. "Nous sommes là, c'est le principal. (...) Là, on est dans le monde de demain qui a déjà commencé."Ce monde c'est celui d'Anna (Émilie Maquest). Elle vit dans sa maison d'enfance, celle qui comportait une orangeraie dans laquelle elle partageait tout avec sa jumelle Nanna, portée disparue. Mais la belle verrière n'est plus, détruite par le compagnon d'Anna (Thomas Dubot), qui semble avoir mis la main sur l'empire laissé aux deux héritières. Quand Nanna (Aline Mahaux) ressurgit dans le palais éclatant d'une jeunesse qui ne parle que start-up, appli et champagne, elle vient rappeler que dehors, en ville, la colère gronde et que l'avenir du monde se joue là, face à des forces de l'ordre de plus en plus répressives. Une sonnette d'alarme qui va forcer tout le monde -domestiques, amis VIP, journalistes- à prendre position. Secouée par le retour inattendu de l'implacable et décidée Nanna, Anna semble mesurer la vacuité de son existence. Et la tragédie dans tout ça? On ne vous la dévoilera pas...Une langue qui claqueDésormais directrice du Varia, Coline Struyf met en regard la violence intime et la violence sociale, explique-t-elle. Cette soeur revenante symboliserait ainsi notre dilemme intérieur, pris entre une acceptation des codes sociétaux et un environnement en ébullition auquel on veut participer. Pour ce faire, elle joue avec les règles d'unité de temps, de lieu et d'action du théâtre classique, laissant la mécanique tragique parler trop explicitement, les comédiens appuyant leur jeu, au risque de nous distraire du propos de cette fable sur le monde d'après. Ce serait en effet dommage de manquer les belles lignes du texte écrit par Louise Ëmo. L'autrice et metteuse en scène (de Mal de crâne, une relecture urbaine d'Hamlet, déjà une tragédie) parvient à traduire, par une langue infusée du slam et du spoken word, les hésitations d'une jeunesse, populaire ou privilégiée, désireuse de mettre fin à une société à bout de souffle. C'est là la préoccupation principale et éminemment contemporaine au coeur de cette première collaboration. La musicalité des mots, leur rythme, leur scansion se diffusent dans les corps, souvent en mouvement. Leur chorégraphie apportant un dynamisme communicatif à l'ensemble mis en lumière dans une scénographie élégante de Sophie Carlier.