Cela fait donc 40 ans que Martine Wijckaert a semé, avec détermination, les graines de sa Balsamine, dans les friches des casernes Dailly à Schaerbeek. "J'ai allumé un foyer, ouvert, dont le cercle n'a cessé de s'agrandir", dit-elle lors de la conférence de presse célébrant cet anniversaire et où étaient aussi présents les directeurs qui lui ont succédé, Christian Machiels (de 1993 à 2010), Fabien Dehasseler et Monica Gomes (2010-2021) et les tout récemment nommés Isabelle Bats et Mathias Varenne, qui fileront dans leur discours une métaphore...

Cela fait donc 40 ans que Martine Wijckaert a semé, avec détermination, les graines de sa Balsamine, dans les friches des casernes Dailly à Schaerbeek. "J'ai allumé un foyer, ouvert, dont le cercle n'a cessé de s'agrandir", dit-elle lors de la conférence de presse célébrant cet anniversaire et où étaient aussi présents les directeurs qui lui ont succédé, Christian Machiels (de 1993 à 2010), Fabien Dehasseler et Monica Gomes (2010-2021) et les tout récemment nommés Isabelle Bats et Mathias Varenne, qui fileront dans leur discours une métaphore végétale clôturée d'un cinglant "à bas la monoculture!"A la Balsamine, on préfère les herbes folles aux rangs d'oignons et ces Forêts paisibles écrites et mises en scène par la fondatrice en sont une nouvelle preuve. Le titre provient des Indes galantes, l'opéra-ballet de Rameau créé en 1735. Ce sont les premiers mots de la quatrième entrée, intitulée Les Sauvages, non en référence à une plante volontaire type balsaminacée, mais aux Indiens d'Amérique, pour une danse pulsée inspirée à Rameau par un spectacle d'Indiens de Louisiane. Passage-fil rouge, ici tordu et retordu, ayant récemment retrouvé une nouvelle jeunesse sur les réseaux dans la version de Clément Cogitore imbibée de la brutalité et de l'expressivité du krump.Ici, les sauvages ne sont pas des Indiens ni des plantes, mais des satyres, ces créatures mythologiques mi-hommes mi-boucs. En l'occurrence le dieu Pan, au sexe constamment dressé, et sa femme, qui doivent composer avec les exigences de leur fille complètement imberbe, nymphette impertinente qui les mène à la baguette. Et dès la première scène, les hauteurs du mythe sont ramenées au ras des pâquerettes, Pan et son épouse débarquant dans le décor en nuisette, pantoufles, peignoir et clope au bec. Des dieux beaufs, qui se disputent les vêtements et la place de la table de nuit à côté du nid, faisant de temps à autre des réflexions où le théâtre ne se cache plus (les interventions de la régie son, par exemple).Ces personnages, Martine Wijckaert les a écrits expressément pour des acteurs, et pas n'importe lesquels: Alexandre Trocki est le paternel, Véronique Dumont, la mère, et Héloïse Jadoul, la fille. Et ça envoie! A l'aise dans leurs bas de fourrure ou leur minishort, ils jonglent avec la langue savoureuse de Wijckaert, faite d'injures et de périphrases aux adjectifs rares et aux adverbes précieux. Avec parfois le risque que le plaisir des mots pétillants fasse quelque peu chuter la tension. Mais dans l'ensemble, ce "vaudeville mythologique" enlevé s'avère efficace pour sortir en vitesse et dans la joie de la torpeur imposée par le Covid. Bon anniversaire!