Il s'appelle Jef, Jef Goemmare. Tout tourne autour de lui mais nous ne le verrons jamais, sauf en photo. Ceux que nous voyons, que nous entendons, ce sont sa mère, à la fois fière et éplorée, son père, sa soeur, et ses oncles, pas vraiment d'accord sur le bien-fondé de l'engagement de leur neveu. Jef est parti. Sur le front de l'Est. Avec les Allemands. Jef a intégré la Légion flamande, une unité militaire formée de volontaires. Le 6 août 1941, ils étaient plus de 400 à partir de Brux...

Il s'appelle Jef, Jef Goemmare. Tout tourne autour de lui mais nous ne le verrons jamais, sauf en photo. Ceux que nous voyons, que nous entendons, ce sont sa mère, à la fois fière et éplorée, son père, sa soeur, et ses oncles, pas vraiment d'accord sur le bien-fondé de l'engagement de leur neveu. Jef est parti. Sur le front de l'Est. Avec les Allemands. Jef a intégré la Légion flamande, une unité militaire formée de volontaires. Le 6 août 1941, ils étaient plus de 400 à partir de Bruxelles pour rejoindre un camp d'entraînement en Pologne. Après Black et la Belgique coloniale de Léopold II, Luk Perceval crée aujourd'hui le deuxième volet de sa trilogie consacrée aux heures les plus sombres de l'Histoire de notre pays. Cet épisode, placé sous la couleur centrale du drapeau belge qui est aussi le fond sur lequel s'étale le Vlaamse Leeuw (chanté ici avec force et conviction), plonge dans la Seconde Guerre mondiale, au coeur de la Belgique collabo, et au sein des rancoeurs envers les francophones qui nourrirent le nationalisme. Avec la Légion flamande donc, mais aussi les Dietsche Meisjesscharen, un mouvement pour les jeunes filles. Et avec -parce qu'il n'y avait pas que la Flandre à se mouiller avec les nazis- Léon Degrelle en guest star. Yellow, d'ailleurs sous-titré Rex, rappelle d'ailleurs que Degrelle a poursuivi après-guerre une existence pépère en Espagne. Et son ami Otto Skorzeny, commando SS né à Vienne, figure aussi dans la distribution.La création de Yellow, Covid oblige, a lieu en ligne et le spectacle a été capté dans une salle vide, au plus près des comédiens, avec des gros plans intenses qu'un "vrai" public ne pourrait percevoir. La vidéo fait aussi, presque en totalité, le choix du noir et blanc (comme dans Le Ruban blanc de Haneke, Frantz d'Ozon ou encore Cold War de Pawlikowski) pour une immersion dans le passé que renforce aussi le traitement sonore des flash info et des discours, avec l'emphase et la diction de l'époque. La scénographie, sobre mais lyrique quand il le faut avec ses drapeaux, reprend la table monumentale du premier volet. Là où le meuble subissait une averse tropicale dans Black, c'est ici sous la neige qu'il se retrouve, convoquant le froid du Front russe et toutes ses atrocités. Encore un rafraîchissement de mémoire salutaire, en attendant Red, sur les attentats de Bruxelles.