Elvedon. Le titre du spectacle est le nom du village au coeur du roman Les Vagues de Virginia Woolf (1931), imbrication de monologues de six personnages que l'on suit de la naissance à la mort. Le roman, considéré comme le plus expérimental de son autrice, a servi d'inspiration à Christos Papadopoulos (dont le formidable Ion avait été présenté en 2018 aux Halles de Schaerbeek) pour sa toute première création en tant que ch...

Elvedon. Le titre du spectacle est le nom du village au coeur du roman Les Vagues de Virginia Woolf (1931), imbrication de monologues de six personnages que l'on suit de la naissance à la mort. Le roman, considéré comme le plus expérimental de son autrice, a servi d'inspiration à Christos Papadopoulos (dont le formidable Ion avait été présenté en 2018 aux Halles de Schaerbeek) pour sa toute première création en tant que chorégraphe, montée sans budget en 2015, avec un groupe d'amis, pendant leur temps libre. La pièce qui l'a révélé internationalement. Les six personnages des Vagues sont devenus dans Elvedon six danseurs. Quatre femmes et deux hommes, que la lumière arrivant progressivement révèle doucement, répartis dans l'espace, d'abord de dos, pliés en deux, et surtout secoués par un rebond répété, partant des genoux. Dès lors, le mouvement ne s'arrêtera pas, toujours simple en apparence, où surtout les bras prennent de l'ampleur, et à l'évolution imperceptible. Ce qui captive surtout ici, c'est le regard, fixé intensément pendant presque toute la durée du spectacle sur le public. Car les danseurs d'Eveldon ne se regardent pas (à de rares exceptions près, un sourire aux lèvres), ils vous regardent vous, spectateur. Ce qui rend leurs progressions encore plus impressionnantes. Connectés par un lien invisible, ils se croisent, se dépassent, se superposent, s'éloignent et se rapprochent comme instinctivement, comme s'ils ne constituaient qu'un seul organisme, battant tous au même rythme obstiné sur la musique -elle aussi en perpétuelle transformation- de Coti K. Ensemble, toujours les mêmes mais toujours changeants, ils font écho aux vagues de Woolf, qui vont et viennent, jamais les mêmes, et qui peuvent aussi être lues comme une métaphore de l'existence humaine, faite de répétitions quotidiennes mais évoluant constamment, vers une fin inéluctable. Fin que Papadopoulos traduit chorégraphiquement de façon saisissante, avec un appréciable sens du climax et du coup de théâtre. Un must.