Suivez le guide. Dans la grotte de Lacombe, Adeline (Noémie Zurletti), armée de sa seule lampe de poche, nous invite à découvrir les gravures pariétales laissées par la main de nos ancêtres il y a 40.000 ans. Il suffit de regarder ce qu'elle pointe et imaginer bisons, mammouths et ces mystérieuses empreintes de mains en négatif. Néandertal ou Homo sapiens? Les avis des spécialistes divergent. Mais c'est avec conviction que l'animatrice de la visite imagine le quotidien de ces hominidés, de ce que leurs gestes artistiques nous racontent d'eux, de leur rapport au monde. Qu'est-ce qui conduit un être à vouloir se raconter et à laisser une trace de son existence dans ce qui était alors un étroit boyau rocheux et sombre?

Quand les lumières se rallument, place à des tas de caisses sous des bâches en plastique. Adeline retrouve Judith (Marthe Wetzel), sa soeur artiste en recherche. Les retrouvailles sont froides, l'une reproche à l'autre sa longue absence alors que leur mère faiblit. Adeline assume tout. Il est temps de vider la maison familiale. Contrairement à son aînée, Judith a bien l'intention de replonger dans son enfance, extrayant des caisses les traces d'un passé oublié...

La Grotte, Alice Piemme
La Grotte © Alice Piemme

Rendre présents

Dans ses deux décors qui se confondent par la scénographie ingénieuse de Lucie Gautrain et les lumières de Nathanaël Docquier, Clément Papachristou nous raconte la présence persistante des absents. Ici, ces premiers hommes dont on ne sait que peu de choses, sinon leur quotidien de chasseur-cueilleur que l'on devine à travers ces dessins. Là, la main dans l'argile d'un frère tôt disparu, et ses dessins entassés. "Qu'est-il arrivé à Frédéric?", questionne Judith. Adeline élude...

Le jeune metteur en scène a le don de vouloir convoquer sur le plateau celles et ceux d'habitude peu visibles. Créé en 2020, Une tentative presque comme une autre, le duo chorégraphique formé avec son frère jumeau handicapé, nous avait subjugué par la complicité et la sensibilité qui s'en dégageaient. Sa première création, Almanach, revenait sur la création des minorités dans les récits de construction nationale.

Ici à travers le dessin -préhistorique ou contemporain-, par le jeu des transparences (les calques ont leur importance), il poursuit sa quête de l'absent, sollicitant notre imaginaire, un peu comme les paléoanthropologues avancent par hypothèses dans la reconstitution des vies anciennes. Si l'interprétation peut parfois sembler distante, presque maladroite à l'aune de ces retrouvailles tendues, les deux comédiennes parviennent à faire poindre le mystère de ces deux histoires en délicatesse. Les soeurs poursuivant un même but: perpétuer la mémoire de celles et ceux qui ne sont plus là.

La Grotte, de Clément Papachristou. Au Varia jusqu'au 20 novembre, www.varia.be. Au Théâtre de Liège du 23 au 27 novembre, www.theatredeliege.be.

Suivez le guide. Dans la grotte de Lacombe, Adeline (Noémie Zurletti), armée de sa seule lampe de poche, nous invite à découvrir les gravures pariétales laissées par la main de nos ancêtres il y a 40.000 ans. Il suffit de regarder ce qu'elle pointe et imaginer bisons, mammouths et ces mystérieuses empreintes de mains en négatif. Néandertal ou Homo sapiens? Les avis des spécialistes divergent. Mais c'est avec conviction que l'animatrice de la visite imagine le quotidien de ces hominidés, de ce que leurs gestes artistiques nous racontent d'eux, de leur rapport au monde. Qu'est-ce qui conduit un être à vouloir se raconter et à laisser une trace de son existence dans ce qui était alors un étroit boyau rocheux et sombre?Quand les lumières se rallument, place à des tas de caisses sous des bâches en plastique. Adeline retrouve Judith (Marthe Wetzel), sa soeur artiste en recherche. Les retrouvailles sont froides, l'une reproche à l'autre sa longue absence alors que leur mère faiblit. Adeline assume tout. Il est temps de vider la maison familiale. Contrairement à son aînée, Judith a bien l'intention de replonger dans son enfance, extrayant des caisses les traces d'un passé oublié...Rendre présentsDans ses deux décors qui se confondent par la scénographie ingénieuse de Lucie Gautrain et les lumières de Nathanaël Docquier, Clément Papachristou nous raconte la présence persistante des absents. Ici, ces premiers hommes dont on ne sait que peu de choses, sinon leur quotidien de chasseur-cueilleur que l'on devine à travers ces dessins. Là, la main dans l'argile d'un frère tôt disparu, et ses dessins entassés. "Qu'est-il arrivé à Frédéric?", questionne Judith. Adeline élude...Le jeune metteur en scène a le don de vouloir convoquer sur le plateau celles et ceux d'habitude peu visibles. Créé en 2020, Une tentative presque comme une autre, le duo chorégraphique formé avec son frère jumeau handicapé, nous avait subjugué par la complicité et la sensibilité qui s'en dégageaient. Sa première création, Almanach, revenait sur la création des minorités dans les récits de construction nationale.Ici à travers le dessin -préhistorique ou contemporain-, par le jeu des transparences (les calques ont leur importance), il poursuit sa quête de l'absent, sollicitant notre imaginaire, un peu comme les paléoanthropologues avancent par hypothèses dans la reconstitution des vies anciennes. Si l'interprétation peut parfois sembler distante, presque maladroite à l'aune de ces retrouvailles tendues, les deux comédiennes parviennent à faire poindre le mystère de ces deux histoires en délicatesse. Les soeurs poursuivant un même but: perpétuer la mémoire de celles et ceux qui ne sont plus là.