Il y a des enfants que les parents voudraient voir voler de leurs propres ailes mais qui persistent à rester dans le nid. Rappelez-vous de Tanguy, toujours chez papa et maman à 28 ans dans le film d'Etienne Chatiliez. Et puis il y a des enfants qui veulent partir, mais auxquels les parents, consciemment ou non, mettent des bâtons dans les roues ou trouvent 10.000 arguments pour qu'ils restent. C'est le cas du Fils, 35 ans déjà, dans Le Départ, écrit par Mireille Bailly.
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Il y a des enfants que les parents voudraient voir voler de leurs propres ailes mais qui persistent à rester dans le nid. Rappelez-vous de Tanguy, toujours chez papa et maman à 28 ans dans le film d'Etienne Chatiliez. Et puis il y a des enfants qui veulent partir, mais auxquels les parents, consciemment ou non, mettent des bâtons dans les roues ou trouvent 10.000 arguments pour qu'ils restent. C'est le cas du Fils, 35 ans déjà, dans Le Départ, écrit par Mireille Bailly. Car il est prêt à larguer les amarres, le Fils, la valise de sa mère à la main et le costume de son père sur le dos. Mais qu'il est difficile de s'arracher à cette famille dysfonctionnelle où l'on compte l'amour en euros et en dollars (à l'aune du prix d'une demi-institutrice), où, à l'ancienne, la mère (Jamila Drissi) s'escrime sur les tâches ménagères pendant que le père (Guy Theunissen) reste vissé à sa télé (et prière de ne pas se mettre devant l'écran) et où l'on justifie le bien-fondé de rester "ici" en s'appuyant sur les images de migrants au JT qui viennent de loin et font tout, justement, pour venir ici. Le Départ est la première collaboration entre deux compagnies qui ont plus que largement fait leurs preuves: Pop-Up, anciennement Arsenic, cofondée par Axel De Booseré (ici comédien) et Maggy Jacot (qui signe les costumes et la scénographie de cette caravane remplie de placards et de tiroirs à surprises); et la Maison Éphémère, pilotée par Brigitte Baillieux (à la mise en scène) et Guy Theunissen (le Père du Fils donc). Et il faut bien dire que la mécanique comique où s'emboîte les esthétiques de chaque compagnie peinait, en ce soir de première au bord du lac perturbée par de légères averses, à s'emballer pour faire ressortir les hénaurmités du texte (surtout dans la bouche de cet effroyable Père) et pour assurer la précision et la fluidité des scènes physiques, burlesques à la Buster Keaton, reposant essentiellement sur les acrobaties du Fils, incarné par Mikail Karahan, spécialiste de la roue Cyr sorti de l'ESAC.Au fil des nombreux interludes où l'on débarrasse et réorganise la routine d'un quotidien-prison, la machine a tendance à patiner, jusqu'à un rebondissement bienvenu: l'incursion dans la caravane d'une autre famille prise dans les mêmes problèmes, mais milliardaire celle-là. Un feu d'artifice de racisme, d'homophobie et de clash des classes explose alors, où Brigitte Dedry, impériale dans son tailleur rose et coincée dans sa minerve, fait office de pivot. Un final endiablé qui s'estompe en douceur, ce soir-là sous les gouttes, par la danse de liberté de Mikhail Karahan et de Victor Launay.