Corona oblige, le Royal Festival de Spa avait d'abord annulé son édition 2020 avant d'en organiser une version minimale en plein air et de l'adapter à chaque nouvelle vague de mesures visant à limiter les rebonds des courbes. Rendez-vous donc au charmant parc de Sept Heures, agrémenté pour l'occasion de loupiotes, de transats autour du bar, d'une scène et d'un grand gradin. Toutes les mesures de sécurité ont été prises : contrôle individuel de la température corporelle et désinfection des mains à l'entrée, port du masque obligatoire lors des déambulations sur le site et pendant tout le spectacle, plan de salle avec places nominatives et espacement entre les bulles.
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Corona oblige, le Royal Festival de Spa avait d'abord annulé son édition 2020 avant d'en organiser une version minimale en plein air et de l'adapter à chaque nouvelle vague de mesures visant à limiter les rebonds des courbes. Rendez-vous donc au charmant parc de Sept Heures, agrémenté pour l'occasion de loupiotes, de transats autour du bar, d'une scène et d'un grand gradin. Toutes les mesures de sécurité ont été prises : contrôle individuel de la température corporelle et désinfection des mains à l'entrée, port du masque obligatoire lors des déambulations sur le site et pendant tout le spectacle, plan de salle avec places nominatives et espacement entre les bulles. Tout a donc été mis en place pour que Angelo Bison, roi incontesté du seul en scène (Fabbrica, Pecora Nera, L'avenir dure longtemps, Un homme si simple), puisse créer son nouveau monologue, Da solo, adapté du roman éponyme de Nicole Malinconi, sorti en 1997. Un projet que le comédien envisageait depuis longtemps et qui trouve cet été une concrétisation dans un contexte particulier. Axel de Booseré, directeur du festival, l'explique dans son introduction au spectacle : Da solo était au départ prévu au Salon gris, petite salle de 160 places dépendant du Centre culturel spadois. Le voici dehors, sous les étoiles, face à un public d'une jauge presque identique, mais avec des spectateurs dispersés et masqués. Difficile dans cette situation pour Angelo Bison de créer la proximité qui siérait à cette confession d'un immigré italien, même si la mise en scène dépouillée de Lorent Wanson l'amène à plusieurs reprises au devant de la scène, et même à descendre dans le public. En ce soir de première, on sent qu'il peine à poser sa voix, à l'équilibrer par rapport à la distance contrainte. On se laisse néanmoins emporter par le récit de cet homme arrivé au soir de sa vie et qui, à 9 ans déjà, rêvait d'aller plus loin, au-delà des collines de son village toscan, "pour voir du pays et apprendre les langues étrangères". Des envies d'ailleurs qui l'ont emmené à Rome, à Milan, et puis vers le nord -"cette fois tu t'en vas pour de bon"-, jusqu'en Belgique, pour travailler dans l'hôtellerie, notamment à Ostende, "la reine des plages". Une trajectoire qui s'écarte donc des parcours plus courants de ces Italiens vendus contre du charbon pour venir creuser le sous-sol belge. Ici, point de silicose ou de coups de grisou dévastateurs, mais des établissements de luxe où l'on apprend "à avoir du style" et dont le salaire permet de s'acheter un Borsalino à arborer lors de ses brefs retours au village pour une allure d'Américain. Ce qui sauve ici, c'est le travail, et ce qui pèse, c'est la solitude. La solitude de celui qui est parti seul (le "da solo" du titre), qui a fait un enfant avec une femme d'ici et qui aujourd'hui se retrouve tout aussi seul que quand il est parti. "Est-ce que j'avais raison de partir ou raison de rester ?", s'interroge-t-il. Question fatale que se posent un jour ceux et celles qui ont choisi une autre vie. La nostalgie pointe en tout cas à travers ce Ricordo di Cesare Pavese, chanson de Milly reprenant les mots du célèbre écrivain et interprétée ici en live par Angelo Bison. "Un paese vuol dire non essere soli..." traduisant poétiquement le sentiment d'appartenance de ceux qui sont restés là où ils sont nés. Aujourd'hui, "quand ce que tu fais tu le fais pour personne d'autre que toi", il ne reste plus pour combler le temps qui passe que les repas et leur organisation -tant que l'appétit est là, "on peut encore tenir"- et puis les souvenirs, le passé pour remplir le présent: les visages des parents, les lettres envoyées à la fiancée laissée au pays et dont on a sous-estimé la patience, la récolte des olives en culotte courte... Un monologue lucide, serein et véritablement attachant.