C'est peu dire si l'événement prend tout son sens, alors que la forêt amazonienne brûle depuis plusieurs semaines. Et pourtant, c'est bien la beauté du Brésil que célèbrent dans une exposition la photographe Claudia Jaguaribe et le plasticien Oscar Oiwa. Si les deux artistes ont des sensibilités différentes, un point essentiel les rassemble: un profond attachement à leurs racines.

Une démarche que l'on peut comprendre quand on considère que le poumon vert de la planète est déployé à 60% sur le territoire brésilien. Si ce sont ces étendues de verdure luxuriante qui les inspirent majoritairement, le monde moderne occupe également une grande place dans leur travail, avec ces mégapoles surpeuplées, sur-polluées et sur-bétonnées toujours plus menaçantes pour la biodiversité.

Oscar Oiwa, enfant du monde

Oscar Oiwa réalisant une des bulles de sa série introspective Black&Light © Oscar Oiwa Studio

Brésilien d'origine japonaise, Oscar Oiwa vit à New York depuis 17 ans. Les couleurs de ses tableaux sont tout droit puisées des souvenirs de son enfance passée en Amérique du Sud. Comme des échantillons de jungle accrochés aux murs de la galerie. Son impressionnante installation, ce ballon aux airs de Jardin d'Hiver de Dubuffet, n'est en revanche rien d'autre que son propre univers. Inspiré par la mondialisation, l'artiste a délaissé la couleur et a réalisé cette gigantesque fresque foisonnante et onirique aidé de 6 personnes. Présentée pour la première fois à New-York l'année dernière, elle fait partie de sa série Black & Light. Ses deux propositions artistiques aux antipodes résument tout le propre de l'exposition, qui est à la fois une ode à la beauté du Brésil et une alerte à l'Homme destructeur.

Brin d'optimisme

Iguaru, une oeuvre de Claudia Ajguaribe présentée pour la première fois au Hangar. © Claudia Jaguaribe Studio

Dans sa série Nature of Things, réalisée spécialement pour le Hangar, Claudia Jaguaribe apporte une réponse visuelle à cette dualité entre les différents paysages dans lesquels évoluent les Brésiliens, habitants d'une zone tropicale déjà impertinente et ravagée par des catastrophes environnementales d'origine humaine. Suite aux incendies, même le président climatosceptique Jair Bolsonaro a interdit la pratique des brûlis, mais s'oppose toujours à une aide internationale.

Dans ses oeuvres, Claudia Jaguaribe pousse l'utilisation de la photographie à son extrême : montage, saturation, aplats colorés... Rien n'est de trop pour signifier la confrontation. Et pourtant, rien n'effraye ou ne dérange vraiment, peut-être sommes-nous déjà trop habitués à cette oscillation entre nature et béton. Ou peut-être que c'est parce que, selon la vision de l'artiste fascinée par le pouvoir de reconstruction de la nature face à sa destruction, c'est cette dernière qui remporte le combat.

A découvrir jusqu'au 26 octobre prochain au Hangar, 18 Place du Châtelain 1050 Ixelles.