Paname. XIe arrondissement. À deux pas du Père-Lachaise. C'est dans une ancienne fonderie créée en 1835 lors de la Révolution industrielle, un immense bâtiment pour à l'époque répondre aux besoins de la marine et du chemin de fer, qu'a ouvert le 13 avril l'Atelier des Lumières. Devenus un showroom pour machines-outils un siècle plus tard, le lieu, plein de cachet avec ses ferronneries, accueille aujourd'hui des oeuvres de Gustav Klimt. Enfin, leur image. L'Atelier n'est pas un musée. C'est un centre d'art numérique immersif. Il propose des spectacles son et lumière créés à partir des toiles de grands maîtres projetés dans des sites monumentaux. Prochaine exposition dans moins d'une minute. Les peintures apparaissent, bougent, se dessinent sur les immenses murs, sols et plafonds du 38, rue Saint-Maur. Ici, on s'appuie sur Klimt. On marche sur Klimt. On pénètre Klimt (décédé il y a 100 ans). "C'est une nouvelle façon de voir les oeuvres d'art, revendique le directeur de l'endroit Michael Couzigou. Au moins une opportunité de vivre une expérience artistique différente. Quand on regarde les grandes institutions et les grands musées aujourd'hui, notamment le Louvre, on constate que la scénographie n'a quasiment pas changé depuis 150 ans. Rien. On vient effectivement voir des objets peints mais dans le cheminement, la scénographie, la visite guidée, audioguidée et les ateliers pédagogiques, 80 % des musées du monde fonctionnent exactement sur le même schéma. Nous ne voulons pas nous substituer au musée ni même y être comparé. Nous arrivons avec une proposition artistique différente."
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Paname. XIe arrondissement. À deux pas du Père-Lachaise. C'est dans une ancienne fonderie créée en 1835 lors de la Révolution industrielle, un immense bâtiment pour à l'époque répondre aux besoins de la marine et du chemin de fer, qu'a ouvert le 13 avril l'Atelier des Lumières. Devenus un showroom pour machines-outils un siècle plus tard, le lieu, plein de cachet avec ses ferronneries, accueille aujourd'hui des oeuvres de Gustav Klimt. Enfin, leur image. L'Atelier n'est pas un musée. C'est un centre d'art numérique immersif. Il propose des spectacles son et lumière créés à partir des toiles de grands maîtres projetés dans des sites monumentaux. Prochaine exposition dans moins d'une minute. Les peintures apparaissent, bougent, se dessinent sur les immenses murs, sols et plafonds du 38, rue Saint-Maur. Ici, on s'appuie sur Klimt. On marche sur Klimt. On pénètre Klimt (décédé il y a 100 ans). "C'est une nouvelle façon de voir les oeuvres d'art, revendique le directeur de l'endroit Michael Couzigou. Au moins une opportunité de vivre une expérience artistique différente. Quand on regarde les grandes institutions et les grands musées aujourd'hui, notamment le Louvre, on constate que la scénographie n'a quasiment pas changé depuis 150 ans. Rien. On vient effectivement voir des objets peints mais dans le cheminement, la scénographie, la visite guidée, audioguidée et les ateliers pédagogiques, 80 % des musées du monde fonctionnent exactement sur le même schéma. Nous ne voulons pas nous substituer au musée ni même y être comparé. Nous arrivons avec une proposition artistique différente."Une proposition de son et lumière à 360 degrés. Entre film à grand spectacle et aventure audiovisuelle dans l'Histoire de la peinture autrichienne, 140 vidéoprojecteurs, 50 enceintes, des murs de dix mètres de haut... Les toiles se promènent sur 3 300 m² de surface de projection. "On ne fait pas vraiment de pédagogie. On n'est pas là pour assommer les gens avec de l'information et leur dire qu'ils vont sortir de là plus intelligents. On a juste quelques panneaux. L'idée, c'est de leur offrir un moment contemplatif. Un moment que chacun vit comme bon lui semble. C'est un projet artistique numérique d'après des oeuvres de Klimt. Point à la ligne. On n'intellectualise pas le truc plus que ça. On essaie de faire quelque chose de beau, d'émotionnel pour emmener les gens dans une espèce de voyage. Ça ne va pas plus loin." Regarder le public, surpris, incrédule, est déjà une expérience en soi. Les uns sont assis contre les murs et semblent par moments faire partie des oeuvres monumentales de Klimt. Les autres ne savent pas trop où donner de la tête. Ils sont finalement peu à se promener dans cette gigantesque pièce à la structure métallique. "Je suis assez surpris par le fait que les spectateurs déambulent peu. Les enfants dansent. Les ados vont se mettre par terre voire s'allonger. Mais les gens vont de manière générale s'asseoir les uns à côté des autres et ne regarder qu'un seul mur. C'est incroyable et ça montre le conditionnement qu'on a vis-à-vis de l'écran, depuis l'invention du cinéma et même de l'exposition. On a regardé des peintures, des photos, des films. On s'est de tout temps retrouvés face à une toile qu'elle soit peinte ou animée. Notre rapport à l'objet artistique est toujours le même. On regarde une seule lucarne. Une seule image. Aujourd'hui, on est en mesure d'emmener les gens à l'intérieur d'une oeuvre mais l'être humain n'est pas encore prêt."Comme tous les pans de notre société, l'institution muséale et le monde de la peinture sont confrontés aux défis de l'évolution technologique. À quoi ressemblera le musée de demain? "On vivra sans doute dans un monde encore plus virtuel, froid et futuriste, sourit Couzigou en costard et baskets. Il pourrait y avoir des avatars d'oeuvres d'art numérisées. Les qualités d'écran permettent de faire des choses incroyables. Avec les scans et la modélisation 3D, le relief et le rendu sont formidables. Ce sont des copies quasiment parfaites des vrais tableaux. Cet art-là est exportable et il tient sur un disque dur. Il n'y a pas de limite avec la technologie. Le numérique peut aussi servir à la pédagogie. L'avatar numérique permet de cliquer sur le tableau pour avoir davantage de renseignements, opérer des zooms, faire apparaître de l'information. Ce qu'on fait aujourd'hui sur les tablettes."Le progrès va tellement vite que flotte déjà le vent du musée à domicile. "Je pense que tout ça va évoluer assez rapidement. Notamment avec la réalité virtuelle. Les casques. L'immersion. De nombreuses expériences sont déjà en cours. Les gens auront le Spotify de l'art et pourront en streaming avoir accès à des collections, à des galeries d'art en ligne. C'est déjà ce que les Chinois font. Apparemment à Shanghai, les gens ne visitent plus. Ils ne sortent quasiment plus de chez eux. Ils se font livrer à manger. N'ont quasiment aucune vie sociale. C'est le travail et la maison. Par contre, la maison se transforme. Une pièce y est dédiée à l'expérience, à la connectivité. C'est une fenêtre ouverte sur le monde. Toutes les plateformes sont en train de s'adapter à ces changements de consommation. Demain, certaines offriront des voyages virtuels avec des casques. Des simulations de glisse de plus en plus perfectionnées... Et il y aura évidemment aussi l'expérience artistique. On pourra visiter une galerie depuis son salon. Est-ce que c'est bien ou pas? Je ne juge pas. En tout cas, c'est déjà en route."Le Louvre, le Metropolitan et le MoMA n'ont pas trop de soucis à se faire. Les musées traditionnels, classiques ne sont pas menacés. Rien ne remplacera jamais la véritable émotion qu'on a devant le vrai Baiser de Klimt au Belvédère. "Sauf qu'on n'est pas tous égaux et que certains ne pourront jamais aller à Vienne l'admirer. Puis, les 250 tableaux de Klimt rassemblés dans un seul et même lieu, ça n'existe pas. C'est très dur aujourd'hui d'organiser des expositions avec les vraies oeuvres. Les collectionneurs ont de plus en plus de mal à les sortir. Les assurances coûtent très cher. Il y a les risques d'attentat. C'est très compliqué. Les grandes expositions rétrospectives se feront de plus en plus rares. Le numérique permet aussi quand même de montrer des choses aux gens sans subir la complexité du montage d'une expo temporaire."Créé par Bruno Monnier en 1988, Culturespaces est un gestionnaire, un animateur de la culture et du patrimoine en France. Il est le premier opérateur privé européen dans la gestion déléguée de monuments et de musées. Dit vouloir réconcilier le grand public avec la culture et l'art de manière un peu plus dynamique que ce qui est fait aujourd'hui. Il travaille au service de grandes collectivités, de mairies, d'organismes publics. Avant d'ouvrir l'Atelier des Lumières, Culturespaces faisait déjà du côté des Baux-de-Provence dans l'expo numérique immersive. La Cathédrale d'images proposait des projections en mode diaporamas. Monnier équipe totalement le lieu de rétroprojecteurs et le rebaptise Carrières de Lumières. Si les impressionnistes, les peintres de la Renaissance, Bosch et Brueghel ont suivi depuis, c'était déjà à Klimt qu'était revenu l'honneur de l'inauguration. "Il marche particulièrement bien en numérique. Parce que c'est le peintre de la matière, le peintre de la couleur. Puis l'or en projection fonctionne à mort."Dans ce bâtiment qui fut à l'abandon dans les années 2000, a été squatté et a même accueilli des raves, l'expérience est psychédélique. Alors que les toiles défilent sous les pieds, le visiteur vacille, perd ses repères spatio-temporels. L'impression d'être en plein trip. Dans un vaisseau spatial ou le trou de lapin d' Alice aux pays des merveilles. "L'aspect psychédélique est complètement revendiqué. Nombre d'artistes étaient sous psychotropes pendant l'acte de création. Que ce soit les écrivains ou les peintres. Klimt d'ailleurs usait de certaines substances. Ça se voit sur ses tableaux et ça emmène les gens. On ne veut pas du tout faire la promotion de la drogue. Mais c'est montrer qu'à cette époque-là, ça faisait partie d'un procédé de création assez commun. Il y a une perte de repères aussi sur le programme court consacré à Friedensreich Hundertwasser. Également très psychédélique. On est embarqué dans ce tourbillon de couleurs. Mais chacun le voit avec ses codes. Des gens qui ont un jour pris de la drogue vont peut-être se dire: tiens, ça me rappelle quelque chose. Et les enfants n'en prennent pas mais s'éclatent tout autant." Klimt et l'or. Klimt et la nature. Klimt et les femmes... La musique nous emporte, allant de Beethoven à Philip Glass et passant par Wagner et Chopin. "Gianfranco Iannuzzi travaille avec son compositeur. Il a pioché dans des musiques qu'on pouvait écouter à l'époque de Klimt à Vienne mais a aussi composé certaines choses. Il n'y a pas de style musical prédéfini. Sur Bosch/Brueghel aux Baux-de-Provence, on a fini avec Stairway to Heaven ." Culturespaces qui bosse actuellement sur des projets en Corée du Sud et aux États-Unis entend maintenant se développer à l'international. "Les pays anglo-saxons et émergents sont à la pointe. À Montréal, il y a une vraie école du numérique, de l'image. Mais on a aussi la Chine, la Corée, le Brésil. Ces pays ne sont pas confrontés aux barrières qu'ont peut trouver sur le Vieux Continent. Au rapport qu'on entretient avec la culture. Tout le problème est là. Notamment en France et en Italie. Il y a un vrai poids de notre patrimoine. De notre Histoire. Dès qu'on commence à proposer quelque chose d'un peu nouveau, novateur, qui casse un peu les codes, ça fait grincer des dents."