Critique | Cinéma

Top Gun: Maverick, l’étoffe du héros

3,5 / 5
Nouvelle mission impossible rendue possible pour Tom Cruise dans Top Gun: Maverick. © Scott Garfield
3,5 / 5

Titre - Top Gun: Maverick

Genre - Action

Réalisateur-trice - Joseph Kosinski

Casting - Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly

Durée - 2h11

Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Trente-six ans (!) plus tard, Tom Cruise, alias Maverick, se lance dans une nouvelle mission casse-cou: prolonger le plaisir coupable d’un classique populaire des années 80. Verdict.

Pourquoi c’est culte? La question peut sembler bête. Elle mérite pourtant, aujourd’hui sans doute plus que jamais, d’être posée. En 1986, alors que la guerre froide connaît ses dernières heures, les très carnassiers producteurs américains Don Simpson et Jerry Bruckheimer, qui viennent de faire un carton plein avec Le Flic de Beverly Hills, mettent sur orbite une espèce de “Flashdance dans le ciel” aux accents patriotiques prononcés. Réalisée par l’encore vert Tony Scott, frère cadet de Ridley, cette grosse attraction pop-corn à destination d’un public essentiellement adolescent fait le portrait glamourisé d’un jeune as du pilotage, chien fou et tête brûlée, au sein d’une école réservée à l’élite de l’aéronavale US. Il a pour nom Pete Mitchell, dit Maverick, et s’apprête à propulser la carrière de Tom Cruise, son interprète, au sommet du grand barnum hollywoodien.

Avec son mix voltigeur d’impressionnantes séquences aériennes et de romance carte postale sous haute perfusion musicale, Top Gun ressemble à ce point à un long clip publicitaire pour l’aéronavale que le film aura un impact considérable sur le recrutement militaire US, le nombre de jeunes Ricains souhaitant s’enrôler comme pilotes augmentant de 500% suite à sa sortie. Il faut dire que le film sait y faire pour susciter le désir, l’ensemble allant même jusqu’à évoquer une véritable orgie visuelle au kitsch assumé, assaisonnée d’un humour viriliste à l’arrogance outrée, où le ballet chorégraphié des avions de chasse dans le ciel est filmé avec le même plaisir moite qu’une intense partie de jambes en l’air. Tout comme le sont ces virées hyper romantisées en cylindrée deux roues qui fendent la ligne d’horizon au soleil couchant.

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Les fantômes du passé

Trente-six ans plus tard, le monde, certes, a changé. Mais Tom Cruise, comme sorti d’un caisson cryogénique, n’a pas bougé d’un cil. Et le nouveau film qui lui sert de véhicule guère davantage. L’intro de ce Top Gun: Maverick joue d’ailleurs à fond la carte du fan service, mitraillant le spectateur d’œillades à l’original dans un va-et-vient opératique d’engins vrombissants dynamisé par l’inoxydable tube de Kenny Loggins, Danger Zone… On repasse les plats. À peine vieillissant, le héros, adepte du statu quo, n’a d’ailleurs absolument pas gravi les échelons militaires, esquivant les avancements pour qu’on le laisse voler en paix. “La fin est inévitable, Maverick. Votre espèce est en voie d’extinction”, lui lance un supérieur. À quoi il répond, du tac au tac: “Peut-être, Monsieur. Mais pas aujourd’hui.” Pas aujourd’hui, non, en effet. Chargé de former un détachement de jeunes diplômés de l’école Top Gun pour une mission spéciale jugée infaisable, il va, comme d’habitude, n’en faire qu’à sa tête, même s’il lui faut pour cela composer avec l’omniprésence de ses fantômes intérieurs.

Hanté par l’ombre tutélaire d’un père trop tôt crashé, le premier Top Gun était déjà, à bien des égards, une histoire de fantômes. “À chaque fois que tu voles, on dirait que tu te bats contre un fantôme”, y lançait d’ailleurs littéralement Goose, le fidèle camarade de voltige, à l’insondable Maverick. Cette fois, c’est avec le fantôme de Goose lui-même, disparu dès l’épisode original dans une vrille dramatique, que Maverick, éternel inconsolable, va devoir essentiellement composer. Le fils de son cher et regretté ami, Rooster (incarné par Miles Teller, le batteur de Whiplash), fait partie en effet des recrues placées sous ses ordres, et il reste entre eux un certain nombre de comptes à solder… Chez Maverick, le souvenir de Goose s’accompagne même d’une véritable mystique. “Parle-moi, Goose”, murmure-t-il ainsi en plein vol dès le début du film. Tandis que l’esprit du vivant et celui du mort semblent rentrer en connexion instantanée dès que résonnent les premières notes d’une pure madeleine de Proust: le Great Balls of Fire de Jerry Lee Lewis, bien sûr, si emblématique du premier film…

© National

Le ciel est la limite

Si Val Kilmer reprend brièvement du service dans le rôle d’Iceman, Jennifer Connelly remplace Kelly McGillis dans celui de l’inévitable conquête féminine se mordillant les lèvres pour le beau Maverick. Quant à Ed Harris et Jon Hamm (Mad Men), ils jouent les seconds rôles de luxe de cette suite fun et décomplexée, à la rutilante flamboyance, qui fait le job. Et même un peu plus que ça. Alors oui, c’est vrai, certains dialogues solennels flirtent avec le ridicule le plus total. Mais quand tout le monde se tait, Top Gun: Maverick est parfois proche de faire courir des frissons sur l’échine. Ailleurs, le film assume voire revendique ses fautes de goût patentes (cette scène kitschissime où Cruise fait face à l’océan en uniforme blanc…). Mais surtout, il affiche un bel appétit de cinéma à grand spectacle dans ce qu’il a de plus délirant et excessif. Exaltant l’étoffe inchangée d’un héros qui apprend à ses ouailles à oublier le manuel pour se fier à leur instinct de pilotes, il invite en permanence les uns et les autres à repousser les limites du possible, à en finir avec l’idée même d’impossible. Une leçon que le réalisateur Joseph Kosinski (Tron: Legacy) a lui-même bien apprise. Mission accomplie.

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