Critique | Cinéma

[le film de la semaine] Julie (en 12 chapitres), de Joachim Trier

© Cinéart
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Venant dix ans après Oslo, 31 août, le film qui révélait le cinéaste norvégien Joachim Trier et son acteur Anders Danielsen Lie, Julie (en 12 chapitres) en apparaît comme le contrepoint lumineux, renouant avec le même cadre tout en adoptant un point de vue féminin.

Celui de Julie (Renate Reinsve), donc, The Worst Person in the World, à en croire le titre original. Et surtout, la presque trentaine indécise, sa vie, tant sentimentale que professionnelle ou plutôt estudiantine, ressemblant à un vaste chantier, incapable qu’elle est de se fixer. Une jeune femme que l’on découvre alors que sa rencontre avec Aksel (Anders Danielsen Lie), un auteur de BD à succès, dans la quarantaine, vient lui apporter ce qui pourrait être un semblant de stabilité. Impression vite démentie toutefois tandis que le film l’accompagne au fil des chapitres de son existence papillonnante, l’apparition du séduisant Eivind (Herbert Nordrum) lors d’un mariage où elle tape l’incruste ayant le don de venir rebattre les cartes…

Effet enivrant garanti

Portrait enlevé d’une jeune femme occupée à se chercher, Julie (en 12 chapitres) scanne l’époque à travers ses considérations sur les relations amoureuses, le couple, le sexe, la maternité ou encore l’accomplissement professionnel. Sans même parler du décalage entre la réalité de la vie et la vision fantasmée que l’on s’en fait. Des questions existentielles que le film aborde avec légèreté (mais pas sans profondeur), comme si le souverain élan de liberté présidant aux allées et venues de Julie avait déteint sur la pellicule.

Effet enivrant garanti, le cinquième long métrage de Joachim Trier semble touché par la grâce. À quoi tient-elle? À la qualité d’un scénario, réussissant à capter l’air du temps comme peu d’autres, tout en touchant à quelque chose d’intemporel par les sentiments qu’il convoque mais aussi par la mélancolie qui l’étreint, pour s’avérer générationnel mais pas que. À une mise en scène inspirée et inventive, semblant se jouer des contraintes du cadre (comme pouvait le faire en son temps le Mommy de Xavier Dolan à la faveur d’une scène restée fameuse) pour atteindre à la pure magie du cinéma. À la présence enfin d’une comédienne irradiant de charme, de spontanéité et d’énergie. Parfaite inconnue il y a quelques mois encore, Renate Reinsve crève l’écran, le prix d’interprétation remporté à Cannes en appelant d’autres. Quant à Julie, on rêve d’ores et déjà que les 12 chapitres de son existence mouvementée aient une suite, dans cinq ou dix ans peu importe, tant l’on brûle de vibrer un peu plus avec elle, comme l’on pouvait le faire en son temps de Frances Ha. En attendant quoi, Joachim Trier et son interprète nous on fait cadeau du film de l’année, ce qui n’est déjà pas si mal…

De Joachim Trier. Avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum. 2h07. Sortie: 17/11. ****(*)

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