Critique | Cinéma

Le film de la semaine : Aristocrats, plongée dans la société nippone

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© National
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Titre - Aristocrats

Genre - Drame

Réalisateur-trice - Yukiko Sode

Casting - Mugi Kadowaki, Kiko Mizuhara, Kengo Kora

Durée - 2h05

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Dans son troisième long métrage, Yukiko Sode questionne subtilement la place de la femme dans la société japonaise.

Adapté du roman éponyme de Mariko Yamauchi, Aristocrats, le troisième long métrage de Yukiko Sode, trace le portrait en miroir de deux femmes que tout sépare a priori, à commencer par leurs origines sociales, manière pour la cinéaste de porter un regard pénétrant sur la société japonaise. Évoluant au sein de l’élite tokyoïte, Hanako (Mugi Kadowaki) en a intégré tous les codes et usages. Et notamment celui voulant qu’une jeune femme de sa condition ne puisse, à 27 ans, rester célibataire, si bien qu’elle cède sans sourciller à la pression familiale lui intimant de se mettre en quête d’un bon parti. Organisés par son entourage, les rendez-vous avec des prétendants se succèdent sans plus de succès, jusqu’au jour où elle rencontre Koichiro (Kengo Kora), un jeune homme bien sous tous rapports. Et notamment par son rang, gage d’homogénéité sociale dans une ville “très compartimentée”, où les classes ne se mélangent pas. Le bonheur leur tend les bras, et une existence formatée avec lui, moment où Hanako découvre que Koichiro entretient une relation ambiguë avec Miki (Kiko Mizuhara). De condition modeste, celle-ci est montée de sa province à la capitale pour tenter de s’y faire une place au soleil de l’événementiel. Devenue inévitable, la rencontre entre les deux “rivales” aura des conséquences inattendues…

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Émancipation féminine

Inscrit dans les strates de Tokyo, Aristocrats est un film dont la richesse ne se dévoile que sur la distance, s’appuyant sur son argument sentimental feutré comme pour mieux déflorer la société nipponne, et les carcans qu’elle impose à ceux qui la composent, les femmes en particulier. Fascinante, la photographie de l’élite locale, les règles qui la régissent et les traditions qui la sclérosent, déborde en effet sur la radiographie d’un monde perpétuant inégalités et discriminations. Une société patriarcale dont Hanako et Miki tentent, chacune à sa façon, de se dépêtrer, solidaires dans la quête de leur émancipation et la recherche d’un avenir qui leur appartienne. Pour autant, et c’est là aussi la force du film, Yukiko Sode ne sacrifie pas la teneur romanesque du récit à un quelconque agenda politique. À mesure que le vernis semblant présider à toute chose s’y craquelle inexorablement, Aristocrats s’insinue avec élégance sous le voile des apparences, pour explorer la mer agitée des sentiments en traits sinueux et autres échappées belles. Un mouvement exécuté avec une rare fluidité, auquel les trois comédiens apportent une myriade de nuances subtiles. Et un film venu, l’air de rien, témoigner de l’éclatante santé du cinéma nippon tout en révélant une cinéaste. À découvrir.

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