Critique | BD

[la bd de la semaine] Au-dessus l’odyssée, de Jason

Olivier Van Vaerenbergh
Olivier Van Vaerenbergh Journaliste livres & BD

En roue libre mais au sommet de son art, le Norvégien Jason s’offre 20 récits courts, absurdes et drôles dans lesquels il s’adonne à de folles hybridations.

L’étrange couverture de ce beau livre calé sur les habitudes de Jason -des petites pages découpées strictement en quatre cases, toujours- laisse deviner à quel point l’auteur nous invite, plus encore que d’habitude, à une aventure weird mâtinée de culture pop. Au sol, un cosmonaute, et au plafond, un quidam dans son salon. Soit la première des très improbables rencontres, a priori sans queue ni tête, qui vont égayer ce nouveau livre constitué d’une vingtaine de récits aussi courts que foufous, malgré l’économie de moyen venue du froid qui est devenue marque de fabrique de notre Norvégien pince-sans-rire. Des rencontres entre des personnalités, mais aussi entre des genres cinématographiques et littéraires, voire entre contraintes graphiques et narratives. Ici, Le Prisonnier visite Kafka, Moïse rencontre Alain Delon, Sartre a la fièvre du samedi soir, Tarantino nous résume du James Joyce, la Mort se rejoue la scène des échecs dans une version beaucoup plus drôle que celle d’Ingmar Bergman, tandis que Georges Pérec nous refait le coup de La Disparition dans une ambiance hard boiled adaptée à la bande dessinée et aux univers absurdes, expérimentaux et ludiques de Jason!

Un Jason insatiable qui en appelle aussi, dans Au-dessus l’odyssée, à Van Gogh, Frida Kahlo, Sinatra, Zappa, Bukowski, Dostoïevsky ou Lemmy! « J’avais plein d’idées différentes, il fallait juste que je m’asseye et que je les dessine« , explique l’auteur. Qui offre ainsi son livre à la fois le plus drôle, le plus zarbi mais aussi peut-être le plus abouti à son éditeur de toujours, le suisse Atrabile, qui n’en demandait pas tant pour ses 25 ans.

Ouvert et exigeant

La belle histoire éditoriale entre Jason et Atrabile a commencé en 2000 avec Attends, première édition d’un auteur étranger de cette petite mais très belle maison suisse qui s’est construite autour des premiers livres de Frederik Peeters, Tom Tirabosco ou Ibn Al Rabin. Près de dix titres ont suivi depuis: Dis-moi quelque chose, J’ai tué Adolf Hitler ou encore Ô Joséphine!, dernier en date avant cet inclassable mais très norvégien Au-dessus l’odyssée.

Jason y propose à chaque fois des univers en complet décalage, y compris et d’abord avec sa ligne claire, glaciale, dépouillée et anthropomorphique qu’il patine à chaque livre et qui fait le bonheur du catalogue Atrabile en même temps qu’une grande part de son identité, à la fois ouverte et exigeante. Catalogue dans lequel on retrouve aussi Pierre Wazem, Michaël Sterckeman, Nicolas Presl, Manuele Fior, Alex Baladi, Thomas Gosselin, Cédric Manche ou Loo Hui Phang. Soit la crème des créateurs d’aujourd’hui.

Au-dessus l’odyssée

Nouvelles. De Jason, éditions Atrabile, 254 pages. ****

[la bd de la semaine] Au-dessus l'odyssée, de Jason

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