A. Savage dit au revoir à New York sur son 2e album solo: « Le disque est en quelque sorte une lettre de rupture amoureuse »

“Je ne pouvais plus me permettre de vivre à New York. Alors, je me suis dit que je devais aller poser les jalons d’une nouvelle vie ailleurs.” © Vince McClelland
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

En congé de Parquet Courts, Andrew Savage sort avec Several Songs about Fire un remarquable deuxième album solo sous forme d’adieux à New York.

L’interview par Zoom a été calée en deux temps trois mouvements. Il est 11 heures et demie à New York City. Andrew Savage n’y crèche plus. Il a quitté la ville qui ne dort jamais il y a quelques mois mais est retourné y chercher son visa. Le chanteur et guitariste de Parquet Courts profite de l’occasion pour peindre des toiles dans le studio qu’il a encore à sa disposition. “J’ai bougé en Europe en mai. Je suis basé à Paris parce que j’y connais du monde et parce que j’y ai ma petite communauté, mais je ne sais pas si je vais y rester. Je ne vis vraiment nulle part pour le moment.” A. Savage a écrit les paroles de Several Songs about Fire lors de sa dernière année en ville. Il décrit poétiquement l’album comme un bâtiment en feu et les chansons comme ce qu’il a laissé derrière lui pour se sauver. “Le disque est en quelque sorte une lettre de rupture amoureuse. Pas mal de chansons peuvent probablement être interprétées comme des love songs mais elle ne s’adressent pas à quelqu’un. Elles sont destinées à une ville que j’ai longtemps appelée maison. Je chante à son sujet et je lui dis au revoir. Ce n’était pas dans mes intentions initiales mais c’était l’état d’esprit qui m’animait. De toutes façons, chez moi, les intentions ne se révèlent souvent qu’en chemin. Faire le disque a été l’une des choses qui m’ont poussé à partir. Voilà où en est mon art, je dois l’écouter.

Différentes humeurs s’y mêlent. De la tendresse, de l’amertume… “Sans doute aussi un peu de sensiblerie. Mais Several Songs about Fire est tourné vers un futur qui ne me semble pas très clair et me paraît en même temps particulièrement excitant. J’ai vécu à New York pendant quinze ans et j’en ai passé douze au même endroit. Si ça définit celui que je suis, je sentais que j’avais besoin de quitter la ville. Et même plus généralement les États-Unis.” De son propre aveu, pas mal de choses l’expliquent. Notamment l’accès particulièrement compliqué aux soins de santé. “New York était devenu difficile pour moi. C’est une ville qui attire les bohèmes mais qui ne soutient pas du tout le genre de vie qui va avec. Je veux être un artiste et je veux pouvoir survivre de mon art. Quels que soient les moyens nécessaires. Je suppose que ça signifie que je ne peux plus habiter dans l’une des villes les plus chères au monde. Aussi belle et inspirante soit-elle.

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À ces constats viennent se greffer des considérations politiques. “Ce n’est pas comme s’il n’y avait aucun problème du genre en Europe, mais les États-Unis sont un endroit effrayant pour le moment. Je suis très inquiet quant aux prochaines élections. Les actes de foi ont toujours été importants dans ma vie. Ça a été un acte de foi que de me casser à New York. Un acte de foi que d’arrêter mon boulot et de partir en tournée avec Parquet Courts. Un acte de foi encore que d’enregistrer un premier album solo. Quitter la ville en est un aussi. Et je n’ai jamais rien regretté de tout ça.”

La chanson David’s Dead est un hommage à son ami et voisin new-yorkais David Lester. Un de ces mecs anonymes et invisibles pour la plupart des gens. “Il était sans-abri mais il vivait à côté de chez moi. Je le voyais tout le temps. On s’est côtoyé pendant douze ans. C’était un mec intéressant. Dès que ça sonnait à la porte à 2 heures du matin, je savais que c’était lui. Il est mort dans des circonstances tragiques. Son décès m’a fait comprendre que certaines choses avaient changé dans mon quartier sans que je m’en rende compte. Quand j’ai appris sa mort, qui m’a beaucoup fâché, j’ai réalisé qu’on était dans une nouvelle ère.

Jack Cooper, John Parish et Cate Le Bon…

Several Songs about Fire a beau être un disque solo, il est intimement lié à Cate Le Bon et Jack Cooper. Après la tournée Sympathy for Life de Parquet Courts, la Galloise l’a emmené avec elle en tournée. “Cate avait déjà manifesté son envie qu’on enregistre ensemble. Et c’est en gros devenu: “tu viens sur la route avec moi et je joue sur ton disque.”” Andrew a assuré sa première partie avec une gratte acoustique et ses nouvelles chansons. “J’ai vraiment apprécié l’expérience. Les spectateurs étaient là pour Cate, pas pour moi. Je m’en rendais comptechaque jour au merchandising: plein de gens ne me connaissaient pas. Je pouvais changer la structure des morceaux, modifier les paroles, essayer des choses. Ça m’a beaucoup aidé.”

A. Savage: « Les États-Unis sont un endroit effrayant pour le moment. Je suis très inquiet quant aux prochaines élections.« 

Quelques mois plus tard, la petite bande était à Bristol pour enregistrer avec John Parish, déjà au casting du dernier Parquet Courts. Si jack Cooper (Mazes, Ultimate Painting, Modern Nature), qui avait déjà participé à son premier album solo, a une manière d’envisager la musique assez similaire à celle d’Andrew, ce n’est pas le cas de Le Bon, qui a embarqué deux de ses partenaires dans l’aventure. “J’apprécie Cate comme musicienne parce qu’elle a un cerveau musical vraiment différent du mien. Je suis constamment surpris par ses choix mélodiques. C’est très beau et ça m’est à la fois complètement étranger. Ça me semble venir d’un autre monde. C’est d’ailleurs vrai du piano dont elle joue sur le disque. Il lui confère unequalité étrange.

Vibraphone, violon, saxophone, clarinette, conga, cabasa… Several Songs about Fire est joliment fringué. Au niveau des influences, plus ou moins directes ou diffuses, qui se sont glissées sur ses chansons, Savage parle de percussions, de la folkeuse allemande Sibylle Baier ou encore de Kevin Ayers… Le Grand Balloon renvoie au Red Right Hand de Nick Cave. Sa voix sur Riding Cobbles évoque celle de Syd Barrett. Ou de Townes Van Zandt? “J’ai beaucoup aimé le documentaire Be Here to Love Me qui lui est consacré. J’en ai un peu marre des hagiographies, de ces bouquins qui ne disent que du bien et qui construisent des mythes. Van Zandt était une personne assez compliquée. Pas toujours un chouette mec. Et ce film jette un regard honnête sur le personnage. C’est quelqu’un que je connais depuis que je suis gamin. Parce que c’est un Texan comme moi. Mes parents l’écoutaient. Il fait partie de ma vie depuis longtemps. Il a été une influence précoce en ce qui concerne mon envie de devenir un singer-songwriter.

A. Savage, Several Songs about Fire ****(*). Distribué par Rough Trade/Konkurrent.

En concert le 16/02 à la Rotonde (Botanique).

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