The State, Un monde parfait, Legion... 12 choses à voir à la télé cette semaine

02/11/17 à 14:23 - Mise à jour à 14:39

Source: Focus Vif

En télé, sur Netflix, en vidéo à la demande ou en DVD/Blu-ray, voici une poignée de suggestions de films, documentaires ou séries à voir dans la petite lucarne du 4 au 10 novembre.

1. En télé, sur Auvio, Arte +7...

UN MONDE PARFAIT

Film policier de Clint Eastwood. Avec Kevin Costner, Clint Eastwood, Laura Dern. 1993. ****

Samedi 4/11, 20h00, La Deux.

Au Texas, en 1963, un hors-la-loi (Kevin Costner) prend un enfant en otage (T.J. Lowther) dans sa fuite après un vol. Un flic flegmatique (Clint Eastwood) le prend en chasse et ne le lâchera plus. Mais au suspense de la traque, à l'action policière, s'ajouteront beaucoup d'éléments profondément humains. Comme l'amitié naissante entre le fuyard et son petit prisonnier, comme aussi le début de sympathie ressenti par le représentant de l'ordre pour un criminel qui lui fait fendre la carapace... Un monde parfait est un des films les plus personnels d'Eastwood. Un vrai polar efficace, doublé d'un road movie prenant. Mais aussi et surtout un voyage initiatique au lyrisme tendu comme une corde qu'on craint à chaque instant de voir se rompre. Et de l'émotion, beaucoup d'émotion, d'autant plus bouleversante que le réalisateur la retient longtemps avant de la libérer et de laisser venir les larmes...

L.D.

THE STATE

Mini-série créée par Peter Kosminsky. Avec Ony Uhiara, Sam Otto, Shavani Cameron, Ryan McKen. ****

Mardi 7/11, 21h00, Be 1.

Si le phénomène de la radicalisation a été arpenté en long et en large dans le cinéma, les reportages, documentaires et talk show, il n'a pas encore fait l'objet d'une fiction ambitieuse racontant l'histoire depuis l'intérieur du guêpier de l'État Islamique. C'est désormais chose faite avec cette plongée en immersion dans le quotidien de quatre britanniques partis clandestinement rejoindre les rangs de Daech à Raqqa, en Syrie, épicentre du califat. Sur quatre épisodes en mode choral, les amis Ushna et Jalal rejoignent la lutte armée, suivent une formation aussi drastique que paranoïaque puis montent au front. La jeune Ziyaad et Shakira, accompagnée de son fils Isaac, sont accueillies par les femmes et se préparent à devenir des lionnes, les épouses soumises des guerriers d'Allah. Au début, ce quotidien est confondant de normalité sympathique mais petit à petit, le bourrage de crâne idéologique, les restrictions, les déceptions et les aberrations d'un régime aux abois testent les motivations et leurs idéaux. Chaque jour amène son lot de défis logistiques, physiques, militaires, puis moraux, existentiels, intimes, qui viendront éprouver leur éthique individuelle, leur foi, leur engagement et éclairer l'ampleur d'un endoctrinement non dépourvu de cynisme. Bien que réservant la plupart du temps la violence dans le hors-champ, la série ne s'épargne pas des images chocs: bébés victimes d'un bombardement, corps décapités, marché de femmes esclaves, mêmes mineures. C'est troublant, choquant, captivant car dénué de jugement et de sensationnalisme. Et tout se passe en interne: les seuls visages occidentaux sont ceux de djihadistes hollandais, anglais ou américains et rien ne filtre de l'extérieur si ce n'est les balles, les bombes et quelques communications téléphoniques aussi brèves que clandestines. Documenter cette vie sans issue a nécessité des mois de travail en amont pour récolter les témoignages de rescapés ou repentis qui donnent à chaque situation, à chacun des personnages, tout au long de leur quête, une véracité bouleversante.

Nicolas Bogaerts

GUERRIERS D'ALLAH EN EUROPE

Documentaire de d'Ahmet Senyurt et Ulrich Hagmann. ***(*)

Mardi 7/11, 22h15, Arte.

The State, Un monde parfait, Legion... 12 choses à voir à la télé cette semaine

© DR

Nidal Kouba, Syrien ayant grandi en Allemagne, père de cinq enfants, est retourné au pays soutenir l'Armée syrienne libre (ASL) au lendemain de l'échec du printemps arabe. Après avoir été témoin de la reprise en main du conflit par les islamistes, il est rentré en Europe pour devenir détective privé. Ses cibles? Les terroristes présumés, anciens membres des milices syriennes infiltrés parmi les réfugiés. Il les piste à travers l'Europe, travaille avec les autorités, reçoit des menaces de mort. Enrichi d'interventions de politiques allemands, de membres des autorités policières, le documentaire dresse un état des lieux inquiétant du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, des moyens technologiques mis en oeuvres, des accords européens, des avaries et des dysfonctionnements d'un système aux mailles trop larges. Il se dégage des faits parfois peu étayés d'infiltration terroriste, une tonalité anxiogène diffuse, malgré le souci de justice de son principal protagoniste, et son envie de changer l'image séduisante de la guerre et du Djihad.

N.B.

LINE OF DUTY

Série policière créée par Jed Mercurio. Avec Martin Compston, Adrian Dunbar, Vicky McClure, Lennie James, Gina McKee. ***(*)

Mardi 7/11, 00h40, France 4.

Diffusée pour la première fois en 2012, cette solide série policière britannique est rediffusée ici dans une case nocturne et reculée. Les noctambules avides de polars ne doivent pas se laisser rebuter par le canevas classique et les lieux communs que charrient nécessairement le genre poulaga à la télé. D'autant que Line of Duty a quelques arguments à faire valoir. Tout d'abord, l'histoire de Steve Arnott, ce flic loyal honnête et droit, placardisé aux affaires internes après avoir foiré une opération antiterroriste. Le boeuf-carotte se retrouve à surveiller Tony Gates, archétype du flic irréprochable, dont la propreté sans tache éveille les doutes de la hiérarchie. Ensuite, le malin plaisir avec lequel le scénario brouille les pistes, renverse la charge de la preuve en entraînant, dans un crescendo aussi tendu et sulfureux qu'un tango, tenu par un casting convaincant, les milieux d'affaires, des truands un poil grossiers, la police et ses placards encombrés. Et quand l'orchestre arrêtera de jouer, il n'y aura pas de place pour tout le monde au paradis des poulets.

N.B.

PARTY GIRL

Drame de Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis. Avec Angélique Litzenburger, Joseph Bour, Mario Theis. 2014. ***(*)

Mercredi 8/11, 20h55, Arte.

Caméra d'Or du premier film au Festival de Cannes, ce film très particulier trace le portrait d'Angélique, la soixantaine festive. Entraîneuse dans un cabaret à la frontière franco-allemande, elle fait boire des clients qui se font progressivement de plus en plus rares. Un d'entre eux, Michel, son "habitué", n'est pas près de la déserter, lui. Même qu'il est sur le point de la demander en mariage... Le trio Amachoukeli, Burger et Theis adopte une manière de filmer proche du documentaire. Ils se sont directement inspirés de l'histoire vraie d'Angélique Litzenburger, une "jeune mariée" atypique, ayant toujours évolué dans le monde de la nuit, et qui intègre avec bonheur une fiction hantée par le réel. Mario Theis, un des trois coréalisateurs, est... le fils de l'interprète principale. Rarement la vie et le cinéma se seront épousés si intimement dans un film français ces dernières années. Il y a beaucoup d'amour dans Party Girl!

L.D.

LA MOBILISATION DES RÊVES

Documentaire de Manu Luksch, Martin Reinhart et Thomas Tode. ***(*)

Mercredi 8/11, 00h15, Arte.

The State, Un monde parfait, Legion... 12 choses à voir à la télé cette semaine

© DR

Rationnaliser, optimiser, accélérer. Au rythme des machines, le monde rétrécit. Les semaines deviennent des secondes. Et, il faut bien l'avouer, nos cerveaux flirtent avec la surchauffe. Dans la foulée du Cuirassé Potemkine, film d'Eisenstein ici présenté dans sa version sonorisée et colorisée de 1930 (le réalisateur s'y emparait des évolutions techniques de l'époque), Arte propose La Mobilisation des rêves. Un documentaire pas toujours très clair et compréhensible mais poétique, instructif et drôle, qui retrace l'histoire des techniques de communication. L'enregistrement du son, puis des images. L'invention du téléphone, de la radio, de la télévision, du cinéma... À coups d'images d'archives et d'extraits de films, Luksch, Reinhart et Tode racontent le progrès mais aussi les rêves et les peurs qui l'ont accompagné. Ses bienfaits et ses dangers. Si réduire la distance entre les gens, c'est leur montrer combien ils se ressemblent malgré leurs différences, innovation et évolution ont souvent servi de noirs desseins propagandistes quand on parle de communication. Chaque époque se croit moderne mais nous deviendrons très vite le passé. À méditer.

J.B.

MAMAN COLONELLE

Documentaire de Dieudo Hamadi. ***(*)

Jeudi 9/11, 21h15, La Trois.

The State, Un monde parfait, Legion... 12 choses à voir à la télé cette semaine

© DR

À Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo, la Colonelle Honorine travaille depuis quinze ans au sein de l'unité de protection des enfants et de la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes. Lorsqu'elle se retrouve catapultée à Kisangani, elle qui en avait pourtant déjà tant vu, redécouvre avec effarement les cicatrices encore béantes laissées par la guerre des six jours. Ces affrontements, qui ont vu se déchirer Rwandais et Ougandais dans les rues en détresse de la cité en 2000, ont pris les maris et littéralement brisé les épouses. Gonflée à bloc face à ce nouveau défi, tenace comme jamais, elle fera valser les tabous et brisera ce silence trop longtemps enraciné. Ce documentaire, très largement primé, a le double mérite de sortir de l'ombre des familles disloquées tout en guidant dans la lumière un personnage hors du commun... Elle est veuve. Mère de sept enfants, quatre biologiques et trois adoptifs. Elle s'appelle Munyole Sikujuwa Honorine. Et vous ne l'oublierez pas de sitôt.

M.U.

RUMBLE!: LE ROCK DES INDIENS D'AMÉRIQUE

Documentaire de Catherine Bainbridge et Alfonson Maiorana. ****

Vendredi 10/11, 23h00, Arte.

Link Wray

Link Wray © DR

L'Amérique a du mal avec ses minorités et a toujours eu tendance à négliger leur impact sur sa culture. Si l'influence des musiques noires sur le rock n'est plus aujourd'hui contestée que par des suprématistes blancs assurément un peu durs de la feuille, celle des Amérindiens reste injustement tue. Prix spécial du jury au dernier Festival de Sundance, le documentaire de Catherine Bainbridge et Alfonson Maiorana se charge de remédier à cette cruelle injustice. Rumble (castagne dans l'argot américain), c'est le titre d'une chanson de Link Wray. Le seul morceau instrumental à avoir été banni des ondes radio, censuré par peur d'incitation à la violence chez les jeunes des gangs. Peu de gens le savent. Encore moins le disent. Link Wray, qui a marqué de manière indélébile les esprits avec sa révolutionnaire distorsion, ce guitariste adulé par Pete Townshend, les Cramps et tant d'autres ("le son de la liberté", dit de lui Wayne Kramer du MC5), était un descendant de la tribu Shawnee. En 1907, le gouvernement des États-Unis demandait à des ethnologues d'enregistrer les musiciens autochtones à travers l'Amérique du Nord, convaincu que leurs cultures et leurs musiques n'allaient pas survivre. Fausse piste. Les Amérindiens (c'est tout le sujet de ce film) ont joué un rôle déterminant dans l'histoire du jazz, du blues et du rock. Le père du Delta Blues Charley Patton était un métis chacta. La reine du swing Mildred Bailey, la première femme chanteuse d'un groupe et la première à avoir eu son émission radio, a grandi dans une réserve indienne de l'Ohio. Quant à la folkeuse Buffy Sainte-Marie, blacklistée par le FBI et la CIA, elle est née au Canada dans une réserve de la Vallée du fleuve Qui Appelle... La réalisatrice et productrice canadienne Catherine Bainbridge s'était déjà attaquée à l'image stéréotypée de l'Indien dans les westerns hollywoodiens (Reel Injun). En 2010, elle avait même produit la série Mohawk Girls. Un Sex and The City mohican tourné dans la réserve indienne de Kahnawake. Porté par les témoignages entre autres de Martin Scorsese, Steven Van Zandt, Slash, Iggy Pop, Dan Auerbach, John Sinclair, Quincy Jones, Robert Trujillo, Steven Tyler et Jackson Browne, Rumble! The Indians who Rocked the World voyage en Caroline du Nord, à La Nouvelle-Orléans pour le Mardi Gras, dans le Mississippi ou encore la Réserve des Six Nations et raconte l'histoire de destins individuels en même temps que celle d'un peuple pour rendre aux Indiens un peu de ce qui leur appartient. Nécessaire et passionnant.

Julien Broquet

2. En DVD, Blu-ray, en VOD, sur Netflix...

WONDER WOMAN

De Patty Jenkins. Avec Gal Gadot, Chris Pine, David Thewlis. 2h21. ***(*)

Dist: Warner.

Sorti en juin dernier, Wonder Woman a fait souffler un vent de fraîcheur bienvenu sur les films de super-héros, tout en survolant allègrement le box-office avec ses plus de 400 millions de dollars de recettes aux États-Unis. Pas vraiment une surprise, l'héroïne imaginée par William Moulton Marston comptant parmi les plus populaires de la galaxie DC, et trouvant en Gal Gadot une interprète on ne peut plus charismatique. Wonder Woman, ou plutôt la princesse Diana, on la découvre enfant, menant une existence idyllique sur l'île de Themyscira, terre des Amazones. Un havre de paix bientôt arraché à son isolement lorsqu'un pilote américain avec des soldats allemands aux trousses perce le voile protégeant le royaume. Et d'informer Diana du conflit ravageant la planète, lequel pourrait prendre des proportions plus dramatiques encore si les Allemands mettent au point une arme chimique définitive. Voyant là l'oeuvre d'Arès, le dieu de la guerre au retour duquel elle s'était préparée, Diana va s'allier à une poignée d'aventuriers pour tenter d'empêcher l'irréparable, et mettre fin à celle que l'on appela la Grande guerre... Certes, Wonder Woman ne fait pas l'économie d'un final pyrotechnique, blockbuster oblige. Pour autant, le film de Patty Jenkins (Monster) s'écarte allègrement des canons du genre, évoquant plus un Indiana Jones au féminin que les aventures sous stéroïdes du commun des super-héros, et dopant son propos d'humour et de décalage, en plus d'une touche féministe objective. Une réussite, enrichie de bonus pléthoriques, en attendant une suite annoncée en 2019, Miss Gadot rempilant pour sa part dans le rôle de Wonder Woman dès Justice League, sur les écrans le 15 novembre.

J.F. PL.

LEGION (SAISON 1)

Une série FX créée par Noah Hawley. Avec Dan Stevens, Rachel Keller, Aubrey Plaza. ****

Dist: Fox.

Esthétique rétro-futuriste seventies à la Kubrick, délires chorégraphiés façon frangins Coen, clins d'oeil à Pink Floyd et Lewis Carroll, à David Lynch et Wes Anderson, intrigue qui croise Quadrophenia, Twelve Monkeys, Fight Club et Inception dans l'univers Marvel des X-Men... La brouette de références est parfois un peu chargée, le côté décalé/perturbé peut-être un poil appuyé et certains effets spéciaux sans doute un chouïa "courts", mais Legion nous a surtout offert haut la main l'une des plus excitantes et ambitieuses tranches de télévision de l'année. Même les fans hardcore de feu la vertigineuse série anglaise Utopia pourraient y trouver leur compte. C'est dire...

N.C.

SITI

D'Eddie Cahyono. Avec Sekar Sari, Haydar Saliz, Ibnu Widodo. 1h28. ***(*)

Dist: Spectrum Films.

The State, Un monde parfait, Legion... 12 choses à voir à la télé cette semaine

Cinéaste indonésien, Eddie Cahyono signe, avec Siti, un premier long métrage d'humeur mélodramatique. Soit, filmé dans un gris et blanc et un format carré de circonstance, le portrait de Siti, jeune femme vivant dans la station balnéaire de Bantul. Et n'ayant pas trop de deux boulots pour tenter de subvenir aux besoins de sa famille, son jeune fils, sa belle-mère et son mari, paralysé et lourdement endetté, et refusant de lui adresser la parole depuis qu'elle est hôtesse dans un karaoké. Une morne routine bientôt bousculée, et que Cahyono rythme d'échappées contemplatives achevant de donner à ce film discrètement bouleversant un tour éminemment singulier. Une découverte. Bonus nombreux, dont une interview du réalisateur et de la comédienne Sekar Sari.

J.F. PL.

RODIN

De Jacques Doillon. Avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele. 1h55. **(*)

Dist: Twin Pics.

Entre fragile ambivalence et pure physicalité, Vincent Lindon impressionne en gros nounours sensible animé d'un appétit peu banal pour l'existence. Austère, très réaliste, sans doute un peu trop écrit, le film, lui, opte pour un traitement elliptique et peu contextualisé qui donne souvent le sentiment de ne pas trop savoir où aller, enchaînant les scènes du quotidien comme autant de tableaux à l'intérêt décroissant. "Il y a trop de vie dans mes sculptures", dira l'homme du peuple autodidacte s'apprêtant à poser les bases de la sculpture moderne. Il en manque souvent cruellement dans le portrait qu'en tire Jacques Doillon. Pas de supplément DVD.

N.C.

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