Persepolis

20/05/11 à 12:39 - Mise à jour à 12:39

Bercé par l'humour décapant de sa protagoniste, le film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud est un régal d'animation futée, directement issue des quatre volumes de la BD écrite par Marjane Satrapi portant le même titre de Persepolis.

Persepolis

© Marjane Satrapi

France 3 a eu la bonne idée de programmer ce film le soir de la clôture du Festival de Cannes, une manifestation où Persepolis brilla voici quelques années, remportant le prix du Jury. Et prouvant une bonne fois pour toutes que l'animation peut être un mode d'expression aussi riche pour un public adulte que pour les enfants. Oeuvre autobiographique, l'adaptation par Marjane Satrapi (et son complice Vincent Paronnaud) de ses quatre albums de BD portant le même titre allie propos percutant et originalité formelle pour narrer l'enfance et l'adolescence d'une Iranienne accompagnant d'un regard critique l'histoire de son pays sous les férules successives de la dictature du Shah et des théocrates fondamentalistes.

C'est le récit à la première personne d'une jeune héroïne précoce et extravertie, racontant ses souvenirs sur le mode du récit d'apprentissage, voire un peu aussi du conte initiatique. On y voit Marjane grandir dans une famille moderne, éclairée, où l'on s'oppose au pouvoir abusif du Shah et où l'on espère de son renversement une démocratie qui ne viendra pas. Pire encore se révélera en effet le régime théocratique qui prend le relais du souverain absolu. Et la petite fille révoltée par la dictature deviendra une adolescente rebelle à l'oppression religieuse...

Confrontée à des souvenirs parfois terribles et souvent négatifs, la narratrice a recours à l'arme de l'humour. Marjane Satrapi use à merveille de l'ironie, de la dérision, dans un film où le rire subversif fait merveille. Pour autant, l'abondance de traits acérés, décochés avec verve aux polices politiques et morales sévissant en Iran, n'empêche nullement l'émotion d'affleurer et même de résonner pleinement quand douleur ou tendresse imposent leur voix bouleversante.

"L'Iran est mon pays et le restera toujours!", affirmait hautement l'énergique Marjane à Cannes alors même que ledit pays avait protesté (à travers l'organisme officiel prenant en charge le cinéma) contre la présence de Persepolis au Festival... On notera la belle distribution des voix, Chiara Mastroianni jouant Marjane et sa... mère Catherine Deneuve la maman de la jeune héroïne. Simon Abkarian interprète le père et Danielle Darrieux nous régale dans le rôle de la grand-mère irrévérencieuse.

Persepolis, 22.55 sur France 3.
Film d'animation de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. 2007.

Louis Danvers

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