Le Pont des espions, The Sinner... 7 choses à ne pas manquer à la télé cette semaine

24/11/17 à 11:10 - Mise à jour à 11:10

Source: Focus Vif

Quels films, séries, docus, sont à pointer dans le programme télé, du 25 novembre au 1er décembre? Voici notre sélection.

THE SINNER

Série dramatique de Derek Simonds. Avec Jessica Biel, Bill Pullman, Christopher Abbott. ****

Samedi 25/11, 20h30, Be Series.

Ce devait être une après-midi joyeusement banale, un bord de lac avec son mari et leur fiston. Quand, soudain, Cora Tanneti, mère de famille semble-t-il sans histoire, allure diaphane et inoffensive, poignarde à mort un quidam. Sans raison apparente. Alors qu'elle semble tout autant étrangère à elle-même qu'à son crime, la jeune femme, arrêtée et emmenée au poste, devient le centre d'une enquête menée par un détective qui va tenter de trouver les clés d'un geste apparemment inexplicable. C'est là le début d'un thriller psychologique de très bonne tenue, étalé en quelques épisodes, qui avance avec sagacité et un sens du suspense particulièrement aigu. L'enquête du flic Harry Ambrose (Bill Pullman en retour gagnant) nous fait rentrer dans l'âme torturée de Cora (une Jessica Biel surprenante), fait des ricochets sur les traumatismes cachés liés à l'éducation, la famille et une sexualité particulièrement difficile. Et cette honte qui l'a accompagnée à chaque pas, frappée au fer rouge, telle une sorcière, dans sa psyché la plus intime. En s'intéressant aux ressorts de l'acte criminel, à cette matière noire et douloureuse qui peuple les rêves, à la psyché de Cora et ses refoulements, le roman éponyme de Petra Hammesfahr dont est adapté The Sinner pointait les prisons psychiques de la bonne morale bourgeoise, sa violence sourde qui surgit à l'occasion d'un acte criminel perpétré en désespoir de cause. La série qui en découle questionne la notion de péché ("sin"), celle de pécheresse ("sinner") et la manière dont elle déshumanise, encore aujourd'hui, dans une forme profane, les individus -a fortiori une femme. Pour ce faire, elle emploie une succession de cliffhangers et de révélations, d'apparitions de nouveaux personnages et de fantômes du passé, qui font entrer le malaise par capillarité, à mesure que le récit et l'enquête percent un peu plus l'obscurité. Après le choc du crime initial, les yeux et l'esprit du téléspectateur se laissent guider sans frein possible dans le dédale astucieux et diablement humain de ce thriller éthéré.

Nicolas Bogaerts

LE CERCLE ROUGE

Film policier de Jean-Pierre Melville. Avec Alain Delon, André Bourvil, Yves Montand. 1970. ****(*)

Dimanche 26/11, 20h55, Arte.

Arte nous offre, en inauguration d'un cycle consacré à Jean-Pierre Melville, l'avant-dernier film du maître du polar français. Alain Delon (qui jouera encore l'ultime opus Un flic en 1972) y incarne un malfrat qui sort de prison après avoir purgé sa peine. Juste avant de le libérer, le gardien-chef lui propose une affaire. C'est le début d'une histoire dominée par le destin, inexorable, comme évoqué dans la citation de Râmakrishna placée en ouverture du film. Melville est au sommet de son art, fait de style et de solennité, de sens tragique et d'amour du genre, de ses codes superbement travaillés, transcendés. La distribution est splendide, avec un Delon magnifique comme il l'était dans Le Samouraï (1967) du même cinéaste, et un Yves Montand intense en ex-policier alcoolique. La surprise vient d'un comédien qui révèle une face ignorée de son talent: Bourvil, la star du comique populaire, campe un commissaire de police avec une sobriété aussi frappante qu'inattendue.

L.D.

NOBODY'S BUSINESS

Documentaire d'Alan Berliner. ****

Lundi 27/11, 02h50, Arte.

Le Pont des espions, The Sinner... 7 choses à ne pas manquer à la télé cette semaine

© DR

"J'ai toujours pensé qu'avec ton intelligence, tu aurais pu être comptable, avocat, ingénieur... Tu aurais pu faire tout ça. À mon avis, tu gâches ton talent. Tu vas faire ce film et un autre l'année prochaine... Dans deux ou trois ans, tu seras où? Tu auras construit quoi? Je suis ton père et je te dis ce que je pense. Que ça te plaise ou non." La tirade qui termine Nobody's Business en dit long sur la relation qui unit le réalisateur new-yorkais Alan Berliner à Oscar, son paternel. Pas facile, bougon, contrariant, revêche, Oscar est le sujet de ce formidable portrait, récompensé il y a 20 ans aux quatre coins du monde (Berlin, San Francisco, Florence, Jérusalem...).

Pour Oscar, sa propre vie n'a aucun intérêt. La guerre? Ce n'est pas lui qui l'a gagnée. Ses grands-parents? Il ne les a pas connus. Son QI au-dessus de la moyenne? Rien d'exceptionnel. "Tu veux que j'invente. Avant qu'on aille plus loin, écoute-moi bien. Je suis un type ordinaire qui a eu une vie ordinaire. J'ai fait l'armée, je me suis marié, j'ai eu des enfants. J'ai travaillé dur. J'avais ma propre entreprise. C'est tout. Y a pas de quoi faire un film."

On n'a pas peur de le contredire. Il est mort depuis. Nobody's Business est un bijou. Spécialiste du film de famille (il ausculte la sienne et raconte aussi la nôtre), virtuose du montage, Alan Berliner joue avec les souvenirs et les trésors familiaux (photos, vidéos), pousse son géniteur dans ses derniers retranchements, l'engueule quand il dit "les Japs" plutôt que "les Japonais" et le raconte avec une remarquable inventivité. Un vieux combat de boxe en noir et blanc symbolise la conversation par moments difficile entre le père et le fils, qu'on entend se chamailler. À la fois historien, biographe, détective privé, psychologue, journaliste, réalisateur, monteur, producteur, Berliner aime séparer le son de l'image pour leur donner du sens. Pour raconter cet homme qui se sent plus proche de ses potes de l'armée que de ses grands-parents. "Avec eux, j'ai vécu. Sept jours sur sept. Attendant de tuer ou d'être tué." Ce type qui s'est marié sans amour, a travaillé dans la confection de vêtements de sport féminins et a subi deux opérations du cerveau. Intelligent, touchant, pudique, Nobody's Business réfléchit aux liens du sang et se pose le même genre de questions que chaque enfant sur ses parents. "À partir de quand on se considère de la même famille? Quand quelqu'un t'énerve mais que tu l'acceptes", résume l'un de ses intervenants. On ne l'aurait pas mieux dit.

Julien Broquet

LE PONT DES ESPIONS

Film d'espionnage de Steven Spielberg. Avec Tom Hanks, Mark Rylance, Scott Shepherd. 2015. ****

Jeudi 30/11, 20h20, RTL-TVI.

Un grand film d'espionnage à l'ancienne: tel était l'objectif de Steven Spielberg en s'attelant à la réalisation de ce Pont des espions scénarisé par les surdoués frères Coen. Mission parfaitement réussie! Situé durant la guerre froide, le récit met en scène un avocat américain qui accepte de défendre un espion soviétique arrêté aux États-Unis. Le procès lui vaudra une réputation qui mènera vers un autre travail: partir à Berlin pour y négocier la libération d'un pilote américain d'avion espion capturé par les Allemands de l'Est, alliés soumis de l'URSS... Tom Hanks fait merveille dans le rôle du juriste honnête et persévérant, croyant aux vertus de la démocratie même face à l'adversaire communiste. Pas un héros, juste un citoyen doté de conscience, et dont l'aventure secrète s'avère captivante de bout en bout. Spielberg maîtrise admirablement son sujet, avec un sens remarquable des lieux et de l'atmosphère, au service d'une narration limpide.

L.D.

LE QUATRIÈME HOMME

Minisérie de Sara Heldt et Johan Widerberg. Avec Rolf Lassgard, Helena af Sandeberg, Per Svensson. ***

Jeudi 30/11, 20h55, Arte.

Le Pont des espions, The Sinner... 7 choses à ne pas manquer à la télé cette semaine

© DR

Ah! le modèle suédois: sa pop brillante, ses séries influentes, sa rigueur économique, sa probité politique, sa société antisexiste. À l'exception de la première, Le Quatrième Homme dément soigneusement toutes ces assertions. En ouvrant un triptyque temporel, cette nouvelle série suédoise ne fait pas dans l'original: un groupe de flics, en 2011, doit relancer l'enquête sur une sanglante prise d'otage de la Fraction armée rouge en 1975, à l'ambassade ouest-allemande de Stockholm. L'occasion de retrouvailles pour la policière Jeanette Eriksson, dont le chemin va recroiser celui de son chef à la section criminelle de la capitale en 1989, un misogyne de la pire espèce. En revisitant un fait historique, la minisérie suédoise montre les compromissions politiques, la corruption, l'incompétence qui minent le pays et la manière avec laquelle aujourd'hui, non sans perversité, tout est fait pour y mettre le couvercle et un joli vernis de progressisme bon teint mâtiné de rigueur. Efficace et scolaire, mais pas transcendant.

N.B.

LE MARQUIS DE WAVRIN, DU MANOIR À LA JUNGLE

Documentaire de Grace Winter et Luc Plantier. ****

Vendredi 1/12, 22h45, La Une.

Le Pont des espions, The Sinner... 7 choses à ne pas manquer à la télé cette semaine

© IMAGE CREATION

Aventurier, explorateur, ethnographe et un des pionniers de l'anthropologie visuelle, le Marquis de Wavrin est resté invisible dans nos livres d'Histoire. Très vite, ce Belge né aristocrate s'est senti étouffé par les conventions de la vieille Europe. Incapable de résister à l'appel des sirènes, le jeune homme plonge tête baissée dans l'inconnu, une Amérique du Sud encore relativement énigmatique. Alors que l'ethnocentrisme, la vision colonialiste et la réduction de l'autre au statut de créature exotique animent les rares expéditions, notre homme voyage à découvert, en ami et sans arme, motivé par les moeurs, les coutumes et les scènes de la vie quotidienne. Ce documentaire relate le cheminement d'un homme qui, toute sa vie, par son obstination à se rapprocher toujours un peu plus de ces tribus "qu'il aime de tout son coeur", a espéré contribuer au rapprochement des peuples. Grâce aux efforts de Grace Winter et Luc Plantier pour démêler les incroyables rushes exhumés à la Cinémathèque royale de Belgique, c'est surtout, la saisissante et rare opportunité de poser un regard émerveillé sur ces images d'un autre temps, flash-back inespérés sur des ethnies pratiquement disparues (les territoires indiens ont été envahis et dépouillés depuis belle lurette) et une Amazonie vierge des déprédations de l'homme "civilisé". Rien que pour cela, on peut affirmer que la vocation indéfectible et l'affection du Marquis n'auront pas été sans lendemain.

M.U.

ABBA, BEE GEES, CARPENTERS: LES ANNÉES CHOC (1/2)

Documentaire de Nicolas Maupied et Stéphane Davet. ***(*)

Vendredi 1/12, 23h00, Arte.

Le Pont des espions, The Sinner... 7 choses à ne pas manquer à la télé cette semaine

© DR

Mièvres, ringards, ultra-commerciaux... Abba, les Bee Gees et les Carpenters ont beau avoir vendu à eux trois plus de 800 millions d'albums, ils incarnent encore aujourd'hui pour beaucoup pop écoeurante et plaisir coupable. Mais qu'est-ce qui a fait d'eux des pestiférés du bon goût? Des groupes parmi les plus moqués au monde? C'est ce que s'attachent à déterminer Nicolas Maupied et Stéphane Davet en racontant trois trajectoires qui se croisent et s'entremêlent. Poids lourds et caloriques de la pop sucrée, Abba, Bee Gees et The Carpenters n'ont jamais intéressé la critique rock. Ni d'ailleurs été considérés comme un sujet bien sérieux... Son trop propre, vie familiale loin du sex, drugs et rock'n'roll, ringardise de la garde-robe... Bienvenue dans le monde des gentils coincés, des premiers de classe, des "voisins de palier un peu trop doux et légers". Patrick Eudeline, Michka Assayas, Chilly Gonzales, Neil Hannon, Petula Clark, le producteur Dominique Blanc-Francard et bien d'autres se succèdent dans ce documentaire en deux parties pour retracer la vie et l'importance de ces anti-rebelles, businessmen à leurs heures perdues. C'est qu'Abba a investi dans le vélo nordique et le salon de bien-être, là où les Carpenters ont placé leur fric dans des centres commerciaux. Pourquoi Waterloo a été pris en grippe? Comment Abba a été mis à l'honneur par Kurt Cobain et Nirvana? Une Histoire de la pop music au sourire figé, loin de la subversion et des contre-cultures...

J.B.

Nos partenaires