La gueule de l'emploi

16/09/11 à 14:13 - Mise à jour à 14:13

D'un sujet a priori anodin (la recherche d'un emploi), Didier Cros fait un film haletant et brillant. Qui pose de passionnantes questions.

La gueule de l'emploi

© Chloé Champion

Voilà une forme inédite de téléréalité française. Avec des situations réelles filmées, des séquences de type "confessionnal" et des claquements de portes, sauf que le but du "jeu", n'est pas ici d'empocher la mise tout en s'exhibant à demi-nu à la télé, mais bien de décrocher un poste à pourvoir dans une grosse boîte qui vend de l'assurance. Et que les participants au test sont filmés uniquement pour les besoins de ce documentaire qui fera date. Du job en question, les candidats ne savent rien ou presque: il s'agira de démontrer des aptitudes commerciales devant un jury issu d'une société de recrutement. Au programme des réjouissances: 2 journées (pour les plus "chanceux") d'un séminaire destiné à faire émerger les qualités et les défauts des uns et des autres, afin d'extraire dans la dizaine d'appelés 2 ou 3 élus qui auront mérité d'être présentés à l'employeur. Les postulants ont donc imprimé leur CV, gominé leurs cheveux, travaillé leur poignée de main... avant de pénétrer dans une jungle sans pitié dont aucun ne sortira indemne.

Tout commence avec une épreuve a priori absurde: puisqu'ils veulent travailler dans la vente, les recruteurs leur proposent de vendre la candidature de leur voisin de chaise. De leur concurrent, donc. L'exercice est douloureux pour certains, il fait émerger des tensions, le jury monte les candidats les uns contre les autres, pousse à l'affrontement...

Le téléspectateur a l'impression d'observer des rats de laboratoire qui pédalent dans une roue diabolique. On est pas loin de l'expérience de psycho sociale sadique, à la Milgram ou Stanford. A la différence près que les règles du jeu sont connues de tous, et que ceux qui mettent en place le dispositif ont l'impression de faire une fleur à leurs cobayes. On ne dévoilera pas l'issue de la compétition, mais on soulignera qu'elle est tout à fait ahurissante. D'un sujet a priori anodin (la recherche d'emploi), Didier Cros fait un film haletant et brillant. Qui pose de passionnantes questions sur la soumission, la standardisation des comportements, l'instrumentalisation de l'humain et l'imposture. Une claque, à s'administrer obligatoirement.

Myriam Leroy

LA GUEULE DE L'EMPLOI, DOCUMENTAIRE DE DIDIER CROS. *****

Ce lundi 19 septembre à 22h00 sur La Une.

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