D'Apocalypse Now à American Crime, 12 immanquables à la télé cette semaine

En télé, sur Netflix, en Blu-ray ou en VOD, voici douze films, documentaires et séries à ne pas rater dans la petite lucarne, du 16 au 22 septembre.

D'Apocalypse Now à American Crime, 12 immanquables à la télé cette semaine

American Crime (saison 3) © ABC

1. À la télé

AMERICAN CRIME III

Série policière créée par John Ridley. Avec Felicity Huffman, Timothy Hutton, Lily Taylor, Connor Jessup. ****(*)

Samedi 16/9, 20h30, Be Series.

Une jeune mineure prostituée par son boyfriend. Une assistance sociale percluse de dettes qui tente de faire passer des ados du trottoir à une vie un peu meilleure. Un immigrant mexicain passé illégalement aux États-Unis, à la recherche de son fils fugueur, disparu en Caroline du Nord dans une plantation de tomates gorgée de pesticides. Un autre fugueur accro aux opiacés enrôlé dans la même exploitation par un rabatteur peu scrupuleux. Au-dessus, des CEO de l'agroalimentaire en quête de la plus grande marge de profit, des contremaîtres qui rançonnent les illégaux, des macs, un système policier et judiciaire broyeur ou débordé, un fermier et sa femme qui tentent de trouver le moindre déséquilibre entre le bien et le mal, quelques rares reflets de solidarité dans une quête sombre et individuelle de survie... L'enquête sur un crime perpétré en bordure des champs va révéler, à la manière du vase brisé de Freud, les structures de cette exploitation de l'homme et de la femme par l'homme. Dans une veine semblable à Narcos ou True Detective, American Crime se décline depuis 2015 comme une série d'anthologie: chaque saison développe une histoire et des personnages différents autour d'un même casting de base (Felicity Huffman, Timothy Hutton, Lily Taylor, Connor Jessup...). Ce dispositif qui reboote littéralement le genre choral est l'oeuvre de John Ridley, le scénariste de 12 Years a Slave. Il réussit à faire mûrir sa série, bonifier les imperfections et le volontarisme des deux premiers volets pour les transformer en points de force d'une troisième saison ambitieuse et d'un humanisme sincère, décrivant avec réalisme l'impitoyable dureté qui frappe de plein fouet ces vies échouées dans les rigoles du rêve américain. Par ses thématiques et son ton résolument audacieux pour une série produite par un grand network (ABC), American Crime, qui évoque une version XXIe siècle des Misérables, réussit à rendre palpable ce "pays réel", celui des petites gens, des écrasés, des invisibles, des inaudibles, des "hard working Americans" à qui l'actuel président des USA a prétendu rendre la voix. Celle que leur offre John Ridley et son casting cinq étoiles porte tellement plus loin. Au plus profond de notre humanité. (N.B.)

SCIENTASTIK

Émission scientifique d'Alex Goude. Avec Bruce Benamran, Marion Seclin, Dycosh. **(*)

Samedi 16/9, 20h55, France 4.

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© DR

Le sémillant Alex Goude est aux commandes de cette tentative de vulgarisation scientifique à destination des djeun's. Le regard tourné vers le futur, les thèmes qui vont de l'humain augmenté au tourisme spatial sont présentés comme d'évidents et indiscutables signes de progrès. Bien ancrée dans son déterminisme scientiste, l'émission tente de rallier la jeunesse par l'intervention de trois éminents YouTubeurs: le vulgarisateur Bruce Benamran (800 000 abonnés), le comique Dycosh (100 000 abonnés) et Marion Seclin (Studio Bagel). S'ils font autorité sur la Toile, la greffe du ton de leurs vidéos sur le petit écran ne prend pas et ce qui passe pour de l'autodérision ou de la pertinence en ligne est ici au mieux source de gêne, y compris dans le regard de Marion Seclin, qu'on a pourtant vu beaucoup plus percutante, pédago et passionnante sur ses propres chaînes et sur d'autres questions (celle du genre, où elle excelle notamment). Faudrait peut-être voir à ne pas prendre les jeunes pour plus bêtes qu'ils ne sont... (N.B.)

APOCALYPSE NOW REDUX

Film de guerre de Francis Coppola. Avec Marlon Brando, Martin Sheen, Robert Duvall. 2001. *****

Dimanche 17/9, 20h55, Arte.

"I love the smell of napalm in the morning..." Prononcée par le lieutenant-colonel Bill Kilgore (Robert Duvall), la phrase est une des répliques les plus fameuses de l'Histoire du cinéma. Elle fait partie des moments forts d'Apocalypse Now, avec la charge des hélicoptères sur La Chevauchée des Walkyries de Wagner et le dialogue dans les ténèbres du capitaine Willard (Martin Sheen) avec le mystérieux colonel Kurtz (Marlon Brando). Sorti en 1979 après un tournage épique, Palme d'Or au Festival de Cannes, le film fou de Francis Coppola est un chef-d'oeuvre absolu. Cette plongée dans la guerre du Viêt Nam nous fait épouser la quête d'un militaire en mission pour retrouver un officier disparu, dont on dit qu'il s'est créé une armée personnelle et qu'il fait sa propre guerre avec une cruauté extrême. Son réalisateur avait dû en limiter la durée à un (relativement) sage 2 h 21, considérations commerciales obligent. Mais en 2001, Coppola en sortait une version rallongée de 53 minutes, intitulée Apocalypse Now Redux. C'est ce montage définitif que programme ce soir Arte, avec dans la foulée (à 0.10) le formidable documentaire de 1991 Au coeur des ténèbres, l'apocalypse d'un metteur en scène. Coréalisée par George Hickenlooper, Fax Bahr et l'épouse du cinéaste Eleanor Coppola, cette chronique d'un tournage hallucinant s'alimente notamment d'images du journal filmé tenu par cette dernière. Rien n'en est absent, même l'épisode très discuté de l'accident cardiaque qui frappa Martin Sheen en pleine prise, la gueulante de Coppola pour avoir "ses" hélicos envoyés par l'armée philippine dans de vrais combats, ou le sacré moment qui vit Dennis Hopper rejoindre le film pour un cachet à base de cocaïne... Un docu à ne pas manquer, après avoir vécu ou revécu l'expérience d'un des films les plus extraordinaires jamais réalisés. (L.D.)

ANIMAL KINGDOM

Drame de David Michôd. Avec Guy Pearce, James Frecheville, Jacki Weaver. 2011. ****

Lundi 18/9, 22h40, Arte.

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La famille Cody vit en banlieue de Melbourne, dans une rue comme tant d'autres. Mais les Cody ne sont pas une famille comme les autres. Le crime est leur profession... Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur australien David Michôd a voulu "comprendre comment des gens font pour vivre une existence où les enjeux sont si énormes, où faire une erreur peut vous coûter la vie ou vous conduire en prison." Le moins qu'on puisse écrire est qu'il a réussi dans son entreprise. Servi par une distribution d'enfer (avec entre autres la révélation de Joel Edgerton), Animal Kingdom nous emmène sur le fil du rasoir, aux confins de la société, de la morale et d'une marge sauvage prête à exploser. C'est intense, captivant, remarquablement filmé par celui qui signera ensuite l'à peine moins formidable et implacable The Rover. (L.D.)

VIETNAM

Série documentaire de Ken Burns et Lynn Novick. ****

Mardi 19/9, 20h50, Arte.

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Dix années de travail. Un documentaire à épisodes d'au total neuf heures pour Arte et de 18 heures pour le circuit américain. Saisissante et passionnante plongée dans l'Histoire du XXe siècle, Vietnam est une oeuvre titanesque aux allures de fresque militaire, politique et sociale. Il fallait bien ça (surtout aussi solidement traité) pour raconter le plus grand bourbier dans lequel les États-Unis se sont un jour enlisés. Une décennie d'atrocités qui a divisé l'Amérique et remis en question ses valeurs. Bilan: 58 000 morts côté Américains et trois millions de disparus, soit 10% de la population, chez les Vietnamiens. Dans un conflit armé, il n'y a jamais de vainqueur. Il y a par contre, toujours, différents points de vue et sons de cloche. Si dans une guerre, on ne peut être un témoin neutre ("la neutralité et l'objectivité sont impossibles tellement ça vous prend par les tripes" commente l'un des nombreux intervenants), les réalisateurs Ken Burns et Lynn Novick (The War) ont veillé à aborder celle du Vietnam sous tous ses angles. Mêlant la grande et les petites histoires. L'épique et l'intime. Les décisions politiques et les tragédies humaines. On ne parle pas ici que du fiasco états-unien. Du conflit coûteux, interminable et lointain. D'un Kennedy très mal conseillé. De traductions erronées (qui débouchent sur certains épisodes dramatiques). De bombes qui tombent au mauvais endroit et d'erreurs couvertes par l'orgueil. Outre tous les témoins américains (du journaliste de terrain -200 reporters et photographes sont morts en Asie du Sud-Est- à l'activiste anti-guerre, du déserteur au soldat décoré), Burns et Novick ont interviewé des Sud- mais aussi des Nord-Vietnamiens, civils et militaires. Ils ont même eu accès aux archives nationales grâce à leur producteur asiatique et ont pu, via une agence de presse, exploiter des photos, des films et des reportages radio réalisés là-bas pendant la guerre. Destins humains de part et d'autre des deux camps. On découvre le parachutiste Denton "Mogie" Crocker. Gringalet, passionné d'Histoire et de héros américains, qui fugue en piquant la tirelire de sa soeur et ne revient qu'avec l'autorisation de s'engager signée par ses parents. Ou encore une conductrice de camion du leader communiste Ho Chi Minh... Incroyablement monté, accompagné d'une formidable bande son (à laquelle a participé Trent Reznor), Vietnam se suit comme un Apocalypse Now ou un Voyage au bout de l'enfer. Incontournable. (J.B.)

ANGELA MERKEL, DAME DE FER ET MÈRE BIENVEILLANTE

Documentaire de Torsten Körner et Matthias Schmidt. ***(*)

Mardi 19/9, 22h20, La Une.

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Le 22 novembre 2005, Angela Merkel devient la première chancelière d'Allemagne. Trois mandats plus tard, celle que ses compatriotes ont surnommé "Mutti" (pour maman) reste l'une des personnalités politiques les plus influentes sur l'échiquier mondial. Mais qui est-elle au juste? Quelle vie a-t-elle laissée derrière elle? Droite et authentique, la jeune physicienne est-allemande incarne cette nouvelle génération catapultée dans un pays déchiré auquel elle ne s'identifie plus. Ces années de plomb sculpteront son approche de la diplomatie, elle qui sait mieux que quiconque que chaque traumatisme porte en lui les germes d'un renouveau. Méthodique, prudente et implacablement pragmatique, cette force tranquille passe pour la championne toutes catégories de la gestion de crise. Lorsqu'à l'été 2015, la question des réfugiés accentue la pression sur les épaules de l'Europe, elle s'expose frontalement, s'engageant plus que jamais. Sa retenue et son assurance seront fragilisées par cette épreuve, dont l'issue demeure l'un des plus lourds défis de notre ère. Agrémenté de la présence de la chancelière et saupoudré d'interventions de ceux et celles qui ont fait le lit de sa carrière politique, le documentaire de Körner et Schmidt sonde, en filigrane et dans un va-et-vient incessant entre passé et présent, les coulisses d'un futur assurément imprévisible. (M.U.)

SUMMER OF LOVE

Documentaire de Lyndy Saville. ***(*)

Vendredi 22/9, 23h00, Arte.

D'Apocalypse Now à American Crime, 12 immanquables à la télé cette semaine

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Il a 50 ans mais plus vraiment toutes ses dents. L'idéal s'est délité, le monde n'a cessé de mal tourner. Pourtant, le Summer of love a vu fleurir partout des hommages à son demi-siècle. Le documentaire de Lyndy Saville raconte cette espèce de mini-utopie qui a effrayé tant de familles américaines. Ces jeunes qui se laissaient pousser les cheveux, portaient de drôles de vêtements et montaient dans un van pour Haight- Ashbury, à San Francisco. Cette génération qui, aux États-Unis, risquait d'être embarquée dans la guerre du Vietnam. Cette grande idée que la jeunesse pouvait changer les choses. Musique, politique, drogue, mode (un petit tour au Bus Stop et au Biba pour aller se rhabiller psychédélique), cinéma (des extraits de Reflections in a Golden Eye et Dans la chaleur de la nuit, notamment)... Saville brosse le portrait de l'été 67 de part et d'autre de l'Atlantique. Des rues de San Francisco au UFO Club, le berceau du Summer of love londonien, en passant par le festival de Monterey. On croise brièvement le Jefferson Airplane, les Kinks, Brigitte Bardot, Twiggy, Hendrix, les Supremes et Marvin Gaye. James Brown, les Beatles, les Doors, Otis Redding, les Who, les Animals, Janis Joplin et ce Mohamed Ali qui refuse d'aller au Vietnam avec un discours très articulé faisant sens auprès des jeunes... Un docu succinct et transversal rythmé par un animateur de Radio Caroline (Johnnie Walker), le producteur Joe Boyd, l'auteure Bonnie Greer ou encore le critique de théâtre Neil Norman. (J.B.)

2. En DVD/Blu-ray/VOD...

I AM NOT YOUR NEGRO

De Raoul Peck. 1h33. ****

Dist: Dalton.

Un texte de l'écrivain James Baldwin porte ce film dénonciateur d'une injustice encore douloureuse.

D'Apocalypse Now à American Crime, 12 immanquables à la télé cette semaine

À voir les images récentes d'émeutes et d'affrontements avec la police incluses dans le montage du film, on se dit que le pessimisme affiché par James Baldwin(1) sur le plateau du très populaire Dick Cavett Show en 1968 n'a pas été totalement démenti depuis un demi-siècle. Même si les États-Unis ont fini par élire un président afro-américain en la personne de Barack Obama... L'idée de I Am Not Your Negro est venue d'un texte inédit de Baldwin, une trentaine de pages titrées Remember This House et rédigé suite aux assassinats de trois amis de l'écrivain, trois figures de la lutte pour les droits civiques et pour la cause des Noirs américains: Medgar Evers (tué en 1963), Malcolm X (abattu en 1964) et Martin Luther King (tombé en 1968). James Baldwin avait quitté les États-Unis pour la France à la fin des années 40, frustré par les discriminations visant les Américains "de couleur". Il y était revenu en 1957 pour s'investir dans une militance qui lui avait fait côtoyer les trois héros auxquels son texte rend hommage, tout en reprenant le flambeau d'une révolte toujours bien vivante. Le réalisateur Raoul Peck a voulu exhumer la parole de l'écrivain dans un film rassemblant de nombreuses images d'archives et auquel Samuel L. Jackson prête sa voix unique pour un "off" terriblement éloquent.

La parole de Baldwin est forte, qu'elle passe par l'écrit ou lors de débats dont Peck intègre à son documentaire de nombreux extraits, lumineux d'intelligence et vibrant d'une colère contenue des plus impressionnantes. Le cinéaste haïtien, à la filmographie politiquement engagée (on lui doit notamment un remarquable Lumumba sur le leader révolutionnaire congolais assassiné en 1961), fait résonner ces mots avec une singulière puissance. Avec aussi, tristement, une pertinence qui reste grande un demi-siècle plus tard. Baldwin affirme que le plus grave n'est pas le racisme de certains Blancs mais l'ignorance et l'indifférence d'une majorité d'entre eux vis-à-vis de ces Noirs qui vivent en marge d'un rêve américain trompeur, parce qu'uniquement consumériste et basé sur des chiffres plutôt que sur l'humain. L'actualité toujours grande de cet amer constat invite à replacer le combat contre l'injustice raciale dans un contexte social plus large, où il continue aujourd'hui encore à faire tache, à déranger. Alors quand Dick Cavett demande à James Baldwin pourquoi les Noirs ne sont pas plus optimistes, la réponse d'un écrivain sidéré par cette interrogation garde son tranchant aujourd'hui encore. Et invite à une réflexion que I Am Not Your Negro alimente d'arguments abondants. (L.D.)

(1) Né en 1924 à Harlem, New York, mort en 1987 à Saint-Paul-de-Vence, James Baldwin se révéla en 1953 avec un premier roman semi-autobiographique intitulé La Conversion. Son oeuvre multiple (romans, nouvelles, poésie, essais) exprimera la pression sociale visant les Noirs mais aussi celle vécue par les homosexuels.

KIKI, EL AMOR SE HACE

De et avec Paco León. Avec Àlex García, Natalia de Molina, Candela Peña. 1h38. ***

Dist: Twin Pics.

"Plus d'un million de spectateurs en Espagne!", précise la jaquette du DVD. Troisième long métrage de l'acteur/réalisateur Paco León, Kiki a connu un succès aussi fulgurant que surprenant au box-office ibérique. Sorte de version light d'un Almodóvar période Movida, le film entremêle dans l'été madrilène cinq histoires d'amour dont les protagonistes se découvrent des tendances sexuelles insolites -somnophilie ou autre harpaxophilie par exemple-, et s'emploient à réinventer leur vie de couple en conséquence. Soit la matière d'une comédie érotique gentiment épicée se jouant des tabous mais que son manque de chair (si l'on peut dire) cantonne au rang de divertissement plaisant. Pas de bonus. (J.F. PL.)

BILLIONS (SAISON 1)

Une série Showtime créée par Brian Koppelman, David Levien et Andrew Ross Sorkin. Avec Paul Giamatti, Damian Lewis. Coffret 6 DVD. ***

Dist: Universal.

Guidé par une logique de surenchère totale dans la confrontation, ce House of Cards boursier fonctionne à la manière d'un long combat de boxe dégénéré, le monde de la haute finance new-yorkaise tenant lieu de ring à des personnages aux appétits (un peu trop) carnassiers, monstres d'ego et de manipulation avides d'un pouvoir fétichisé jusque dans ses travers les plus déshumanisants. En résulte un divertissement parfois jubilatoire, à l'outrance aussi assumée que sa vulgarité crasse, dont la quête de la formule tranchante gonflée à la testostérone culmine dans des dialogues bouffons largement sur-écrits. (N.C.)

ATYPICAL (SAISON 1)

Une série Netflix créée par Robia Rashid. Avec Keir Gilchrist, Jennifer Jason Leigh, Michael Rapaport. **(*)

Disponible sur Netflix.

Focalisée sur le quotidien d'un jeune autiste de 18 ans en quête d'indépendance (épatant Keir Gilchrist, vu dans le film It Follows), la série évite l'air grave sans pour autant prendre son sujet par-dessus la jambe. Mais s'il interroge la notion même de normalité à travers une galerie de personnages attachants, ce portrait craché d'une famille tout sauf modèle souffre d'une écriture un peu simpliste qui le rapproche des standards d'une sitcom basique. La mise en chantier d'une deuxième saison n'a toujours pas été confirmée par Netflix et, à dire vrai, ces huit épisodes d'une demi-heure donnent, in fine, le sentiment d'avoir fait le tour de la question. (N.C.)

HARMONIUM

De Kôji Fukada. Avec Tadanobu Asano, Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi. 1h55. ****

Dist: Coming Soon.

Révélé sous nos latitudes par un Au revoir l'été à l'humeur subtilement rohmérienne, le cinéaste japonais Kôji Fukada signe avec Harmonium un portrait de famille insolite, doublé d'un drame d'une noirceur assumée. Menant une existence terne selon toute apparence avec sa femme Akié et leur petite fille Hotaru, Toshio a la surprise de voir apparaître un jour à l'entrée de son atelier un homme ou plutôt un fantôme, chemise blanche immaculée sur pantalon noir. Un échange laconique plus tard -"cela faisait longtemps..."-, et voilà Yasaka, puisque c'est son nom, engagé dans la petite entreprise et, tant qu'à faire, invité à s'établir dans la maison familiale. Avec lui, c'est aussi le malaise qui s'installe, à quoi l'étrange individu tente de remédier en se montrant toujours plus prévenant, aidant la fillette à maîtriser les finesses de l'harmonium tout en se rapprochant insensiblement de sa mère...

Évoquant, dans un premier temps, quelque déclinaison nipponne du Théorème de Pasolini, Harmonium adopte ensuite une architecture sinueuse, récit sur le fil du rasoir faisant méthodiquement craquer le vernis familial. Soit, mêlant violence sourde et émotions contenues, une tragédie intime cruelle dont l'intensité va crescendo au gré de son articulation en deux temps. Et, porté par une écriture millimétrée, un sens de l'ellipse aiguisé et une mise en scène à l'économie affûtée, un film que chaque nouvelle vision vient enrichir, non sans souligner l'immense talent de Fukada. Lequel livre là une oeuvre aussi fascinante que dérangeante, culminant dans un final troublant jusqu'au vertige. À découvrir absolument. Pas de bonus. (J.F.PL.)

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