Comment Netflix tente de gommer ses imperfections

11/04/17 à 12:20 - Mise à jour à 12:36

Fier de 93 millions d'utilisateurs conquis en moins de 10 ans, Netflix est "le" service de vidéo à la demande en streaming. Il reste que tout n'est pas parfait: erreur dans les sous-titres et doublages, système de notation peu crédible... Le géant américain passe à l'action.

Comment Netflix tente de gommer ses imperfections

Reed Hastings et Ted Sarandos, les deux cofondateurs de Netflix. © REUTERS/Kim Hong-Ji

Il y a 10 ans, le service de vidéo à la demande Netflix glissait le streaming dans son offre. La plateforme se répand alors rapidement au-delà de ses frontières américaines, connaissant une croissance fulgurante loin de toute concurrence. Aujourd'hui, le service est sur le point de franchir le cap des 100 millions d'abonnés. En 2016, le nombre d'abonnés payants atteint au total 93,8 millions, dont 49 millions aux Etats-Unis. Cette communauté, provenant de 190 pays, bénéficie d'environ 125 millions d'heures d'émissions télévisées et de films, dont des productions originales signées Netflix. Initialement lancé aux Etats-Unis, seuls 3 pays résistent encore à l'envahisseur: La Chine, la Syrie et la Corée du Nord. En ce qui concerne son chiffre d'affaires, Netflix vit de beaux jours avec 2,477 milliards de billets verts récoltés fin 2016.

Cette nouvelle forme de consommation fait désormais partie du quotidien de nombreux Belges et pourtant, plusieurs inconvénients peuvent perturber leurs soirées Netflix. Le tout puissant américain a décidé de prendre les choses en main.

Des sous-titres et doublages douteux

Qui n'est pas déjà passé à côté d'une blague de Barney Stinson dans la sériée How I Met Your Mother à cause d'une traduction ratée dans les sous-titres? Même si certaines erreurs sont parfois drôles, des fautes plus importantes peuvent nous faire perdre le fil de la lecture en cours du programme, voire le goût même de la série ou du film.

Quant au doublage, il est parfois impossible d'éviter de sourire jusqu'à, dans certains cas, succomber à l'éclat de rire. Le doublage français du film Dumbbells, anciennement sur la plateforme de streaming, avait de quoi faire rire ou pleurer. Un extrait du film sur YouTube a d'ailleurs fait le buzz. Considéré comme "le pire doublage au monde", il a rapidement été supprimé des offres par l'entreprise américaine. Le film reste toutefois disponible en VOSTFR.

Conscient de la douleur auditive et cérébrale endurée par certains de ses abonnés, le valeureux Netflix vient à leur rescousse en lançant une nouvelle plateforme: Hermès. Les équipes souhaitent assurer une qualité de traduction pour satisfaire l'ensemble des nationalités. Il y a à peine cinq ans, le service de SVOD n'offrait que l'anglais, l'espagnol et le portugais. Aujourd'hui, il dépasse les 20 langues dont le coréen, l'arabe et le polonais.

Accessible à tous, ce test vise à recruter de nouveaux traducteurs en herbe. Le candidat est soumis à des épreuves présentées sous la forme de QCM. S'il réussit le test, il travaillera au compte de Netflix et puisque tout travail mérite salaire, une grille tarifaire pour toute traduction a été publiée sur le site. Pour améliorer la qualité des sous-titres, cette plateforme est plus que nécessaire selon Netflix: "Le besoin croissant de qualité à l'échelle locale nous a incité à construire et lancer Hermès". L'objectif de cette interface est que "les sous-titres soient fidèles à l'intention créative, tout en étant attentifs aux différences culturelles". Décliné en cinq étapes, ce test prétend donc être capable d'identifier si un traducteur maîtrise bien les subtilités de la langue originale du programme.

"Avant cela, il n'y avait pas de test standard pour les professionnels de la traduction de ces contenus, alors que leur travail concerne quotidiennement la vie de millions de personnes", réalise Netflix. Sur son blog, le service à la demande avoue ignorer le nombre exact de traducteurs qui travaillent pour lui. Il reconnait cependant que, dans certains pays, le nombre de traducteurs professionnels disponibles est très faible. Sur le long terme, la firme américaine souhaite que l'interface valide d'elle-même le contenu des traducteurs afin de gagner du temps et de ne plus faire appel à des prestataires.

Une armée de pousses se lèvent

Le système de notation actuel de Netflix, qui consiste à attribuer une à cinq étoiles aux films et séries disponibles sur la plateforme, n'est pas suffisamment efficace pour la compagnie. Certains classiques à succès, voire des productions originales signées Netflix, sont très mal évalués. Noté une étoile sur cinq, le film produit par Netflix The Ridiculous 6 d'Adam Sandler est pourtant le film le plus vu sur la plate-forme. Après un an d'enquête, l'entreprise s'est rendu compte que "certains utilisateurs étaient déroutés par cette méthode de suggestion personnalisée". Beaucoup l'ignorent d'ailleurs, mais les étoiles ne reflètent pas la note moyenne des utilisateurs. C'est un score qui recommande personnellement le film ou la série en fonction des autres contenus déjà regardés.

Le système d'étoiles disparait donc au profit de pouces orientés vers le bas ou vers le haut, dans la même lignée que Youtube.

D'après un test réalisé l'année dernière sur un nombre limité d'utilisateurs, cette nouvelle manière de noter les contenus serait deux fois plus utilisée que le système d'étoiles. Netflix espère ainsi encourager ses abonnés à donner davantage leur avis sur les films et séries qu'ils visionnent pour leur recommander encore plus de contenu.

Le système de notation à base d'étoiles est remplacé par un système de pousses, plus efficace selon Netflix.

Le système de notation à base d'étoiles est remplacé par un système de pousses, plus efficace selon Netflix. © igeneration.fr

Dans le même esprit que les étoiles, un nouveau système affiche désormais un pourcentage de compatibilité, indiquant les chances qu'un utilisateur apprécie un film ou une série sur base de ses précédentes notations. Cette approche beaucoup plus personnalisée devrait logiquement en satisfaire plus d'un, au grand bonheur de Netflix.

Dans un contexte concurrentiel toujours plus effréné

La plateforme de streaming est confrontée aux caprices des studios. Certaines séries ou films disparaissent du catalogue comme Buffy contre les Vampires ou Nashville qui ne sont déjà plus disponibles. Netflix est confrontée à un casse-tête face aux programmes qu'elle n'a pas produit. Les renégociations entre Netflix et les studios, comme 20th Century Fox, ne sont plus garanties, pour cause: une concurrence de plus en plus forte et organisée. En cinq ans, le service de vidéo à la demande a perdu la moitié de son catalogue. Cette nouvelle donne explique pourquoi Netflix investit de plus en plus dans l'autoproduction.

Il veut passer de simple distributeur de contenus tiers à véritable producteur de contenus exclusifs. Si l'on apprécie les productions originales de Netflix comme Stranger Things, Orange Is the New Black ou House of Cards, il faut s'attendre à voir de plus en plus de contenus exclusifs envahir son catalogue. L'entreprise de Reed Hastings devrait proposer cette année environ 600 heures de programmes originaux, et a l'intention de redoubler ses efforts pour mettre l'année prochaine 1000 heures de contenus originaux en ligne. Pour atteindre cet objectif et continuer d'étoffer son catalogue, le service de streaming prévoit d'investir 6 milliards de dollars dans les contenus et dans les droits de diffusion, soit une hausse d'un milliard par rapport au budget 2016.

Entre Netflix, Amazon, Hulu ou Youtube, le secteur foisonne et rivalise de créativité, ce qui ne peut être finalement que positif du point de vue des consommateurs.

La société californienne n'est définitivement pas prête de s'effacer de nos écrans. Parmi les clients qui se désabonnent de son service, entre 33% à 50% d'entre eux finissent par s'inscrire à nouveau à Netflix.

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